Dépendance à la nourriture : symptômes, causes et traitements d'une addiction

Temps de lecture
6 min

La dépendance à la nourriture, ou addiction à la nourriture, est un terme « apparu pour la première fois en 1956 » [1], qui correspond à un trouble de l’alimentation caractérisé par une consommation excessive et incontrôlée de nourriture. Les personnes atteintes de ce trouble ont souvent un rapport conflictuel avec la nourriture et peuvent souffrir de problèmes de santé mentale et physique.

« Le concept d’addiction à l’alimentation fait référence aux critères diagnostiques DSM de dépendance à une substance. Ce concept d’apparition récente vise à décrire les difficultés cliniques que rencontrent certains patients dans leurs relations à l’alimentation : la perte de contrôle sur la consommation alimentaire, une incapacité à réduire leur consommation malgré le désir de le faire ou encore la poursuite de comportement malgré la connaissance des effets négatifs de cette consommation alimentaire sur leur santé. » [2]

En effet, la dépendance alimentaire est liée à des apports incontrôlés associés à l'obésité et aux troubles du comportement alimentaire. Il s'agit d'un trouble cérébral complexe, chronique et multifactoriel qui résulte de l'interaction de plusieurs gènes et facteurs environnementaux. Sa prévalence augmente dans le monde et il n'existe aucun traitement totalement efficace.

Les effets de certains aliments sur le cerveau rendent parfois certaines personnes dépendantes, de la même façon que les autres dépendances, ce qui explique pourquoi elles ne peuvent pas se contrôler face à certains aliments. Cette dépendance à la nourriture amène les personnes à manger de grandes quantités d'aliments malsains, tout en sachant que cela peut leur causer des dommages à court et long terme.

Rarement possible à résoudre tout seul, la dépendance alimentaire est un problème qui nécessite de demander de l'aide auprès d'un professionnel de santé. Bien que certaines étapes pour surmonter la dépendance soient simples à mettre en place, un médecin pourra aider à identifier les aliments déclencheurs, à trouver des alternatives alimentaires plus saines et un traitement adapté selon l’âge et l'état de santé d'un patient.

Femme souffrant de dépendance à la nourriture

Qu'est-ce que la dépendance alimentaire ?

La dépendance alimentaire peut se définir comme une dépendance à la malbouffe et est comparable à la toxicomanie. Ce terme ou concept d'addiction à l’alimentation est récent et parfois controversé. La dépendance alimentaire est similaire à plusieurs autres troubles, notamment la boulimie, l'hyperphagie boulimique, et la suralimentation compulsive. [3]

Selon un article publié en 2016 dans la revue La Presse Médicale [4], « Les addictions, qui se caractérisent par une impossibilité à contrôler un comportement malgré la connaissance de ses conséquences négatives, ont des déterminants biologiques, psychologiques et sociaux. »

« S’il est désormais bien démontré qu’il est possible de développer une addiction vis-à-vis de certaines substances psychoactives (alcool, tabac, cannabis) et de la pratique des jeux de hasard et d’argent (jeu pathologique) la possibilité de développer une addiction sans drogue (ou addiction comportementale) vis-à-vis d’autres comportements sources de plaisir (alimentation, conduites sexuelles, achats) est encore débattue. »

« Le concept d’addiction à l’alimentation, qui fait référence à une relation de dépendance d’un individu vis-à-vis de certains aliments riches en graisse ou en sucre, a été récemment proposé en appliquant au comportement alimentaire les critères DSM de dépendance à une substance. »

« Pour mesurer l’addiction à l’alimentation, la Yale Food Addiction Scale est actuellement l’auto-questionnaire de référence (diagnostic d’addiction à l’alimentation et évaluation du nombre de symptômes d’addiction à l’alimentation). L’addiction à l’alimentation est plus fréquente chez les patients obèses, chez les patients présentant certaines caractéristiques psychopathologiques (dépression, trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité, forte impulsivité), célibataires ou encore, qui présentent certaines altérations neurobiologiques du système de la récompense. Il n’est par contre pas démontré à l’heure actuelle que ce trouble soit systématiquement responsable d’une prise de poids et/ou d’une obésité. »

Symptômes liés au problème d'addiction à la nourriture

Les principaux symptômes de la dépendance alimentaire sont ;

  • envie et consommation excessive d'aliments malsains sans avoir une sensation de faim ;
  • incapacité à résister et à contrôler l'envie de manger ;
  • désirs fréquents de certains aliments ;
  • manger au point de se sentir ballonné ;
  • trouver des excuses pour justifier les envies ;
  • mentir à son entourage sur la consommation d'aliments malsains (manger et stocker de la nourriture en cachette) ;
  • stress et sentiment d'incapacité à contrôler la consommation d'aliments malsains ;
  • etc.

A noter, qu'il n'y a pas de test sanguin (comme par exemple pour la gamma GT, le taux de chlore, le taux de monocytes, les IST, etc.) pour diagnostiquer la dépendance alimentaire. Comme pour les autres dépendances, elle est essentiellement basée sur des symptômes comportementaux.

Quelles sont les causes et comment fonctionne la dépendance alimentaire ?

Quels sont les effets et conséquences sur le cerveau ?

La dépendance alimentaire concerne les mêmes zones du cerveau humain que la toxicomanie et les mêmes neurotransmetteurs (composés chimiques libérés par les neurones) sont impliqués et de nombreux symptômes sont identiques.

Un régime alimentaire néfaste, composé de malbouffe (produits ultra-transformés) a un effet puissant sur le circuit de récompense du cerveau (système hédonique). Ces effets sont causés par des neurotransmetteurs cérébraux comme la dopamine, un neurotransmetteur crucial du cerveau agissant sur la motivation, la productivité, et la concentration d'une personne.

Effectivement, les scientifiques pensent que la dépendance alimentaire n'est pas causée par un manque de volonté, mais par un signal de dopamine qui affecte la biochimie du cerveau (neurobiochimie).

Les aliments les plus problématiques sont en particulier les produits ultra-transformés (bonbons, sodas sucrés, aliments frits riches en matières grasses, substituts de viandes, pâtisseries industrielles,...).

Quoique le terme de dépendance soit communément employé à la légère, la dépendance alimentaire est une maladie grave qui nécessite généralement une prise en charge avec un traitement afin que le patient soit soigné et puise surmonté son addiction.

Similaires à la toxicomanie, les symptômes et les processus associés à la dépendance alimentaire peuvent causer des dommages physiques et provoquer des problèmes de santé, comme certaines maladies chroniques (obésité, diabète de type 2,...).

En outre, cette dépendance peut avoir un impact négatif sur le plan psychologique (estime de soi et image de soi), et modifier les perceptions de l'image corporelle. Enfin, tout comme dans le cas des autres dépendances, l'addiction alimentaire peut avoir un fort impact émotionnel et augmenter les causes et risques de décès prématuré.

Comment soigner et vaincre une addiction à la nourriture ?

Comment se libérer et ne plus être addict à la nourriture ?

En plus d'envisager de demander de l'aide auprès d'un professionnel de santé, quelques étapes initiales peuvent être appliquées afin de vaincre l'addiction alimentaire

De prime abord, le plus gros défi est qu'il faut éviter totalement la malbouffe et en particulier s'abstenir complètement des aliments déclencheurs. Lorsque la décision de combattre l'addiction est prise, il est recommandé de rédiger une liste des avantages (perdre du poids, vivre plus longtemps et en meilleure santé,...), et des inconvénients pour réfléchir à la décision. Ensuite, il peut être judicieux de rédiger une liste des comportements et des aliments problématiques et essayer de trouver des alternatives.

Aussi, comme le souligne le Dr Pascale Modaï (nutritionniste et vice-présidente de SOS Addictions), « ce n’est pas votre estomac qui réclame, c’est votre cerveau », et « on n’est pas accro à la substance dans l’aliment, on est accro à notre propre dopamine ». [5]

Les options de traitement pour la dépendance alimentaire sont nécessairement multiples, et peuvent passer notamment par une approche psychologique comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), l'hypnose, la médecine chinoise, ou des traitements médicamenteux qui ciblent directement certaines des voies cérébrales impliquées dans le caractère addictif des aliments.

« L’aspect multidimensionnel de l’addiction à l’alimentation souligne l’intérêt d’une prise en charge intégrative qui ne se limite pas à sa dimension biologique ou psychologique stricte. Du point de vue thérapeutique, trois axes d’intervention sont possibles : psychothérapeutique, pharmacologique et social. »

« En ce qui concerne l’axe psychothérapeutique, on retrouve l’intérêt des approches motivationnelles et des psychothérapies, notamment celles centrées sur les facteurs de vulnérabilité psychopathologiques du patient (ex., impulsivité, comorbidités psychiatriques, régulation émotionnelle, alexithymie). Pour ce qui est de l’axe pharmacologique, certains traitements efficaces dans le champ des addictions (traitements ciblant le système de la récompense et les circuits opioïdes, GABAergiques, glutamatergiques ou dopaminergiques) pourraient être efficaces pour prendre en charge l’addiction à l’alimentation. Rappelons néanmoins qu’à ce jour, cette hypothèse est purement spéculative et qu’aucun traitement médicamenteux n’a d’Autorisation de Mise sur le Marché dans l’indication « addiction à l’alimentation ». Enfin, dans l’axe social, on retrouve l’intérêt d’une prise en charge de groupe (groupes d’entraide) et d’une approche préventive, avec un objectif de réduction des risques. En proposant une vision biopsychosociale de l’addiction à l’alimentation, il est également possible de contribuer à une déstigmatisation de ces patients, qui présentent souvent une culpabilité importante associée à leur comportement alimentaire. » [2]

Identification des marqueurs épigénétiques clés dans la dépendance alimentaire

Vers de nouvelles thérapies et traitements ?

Une étude publiée en 2022 dans la revue Journal of Clinical Investigation [6], une équipe de chercheurs a identifié chez les rongeurs et les humains des mécanismes épigénétiques communs liés à la dépendance alimentaire.

En effet, les chercheurs ont identifié les mécanismes neurobiologiques qui permettent le développement de comportements de dépendance alimentaire. En fait, ils ont identifié l'implication de certaines zones corticales du cerveau (zones du cerveau situées dans le cortex cérébral) dans la perte de contrôle de la prise alimentaire. Suite à l'identification de ce mécanisme, les chercheurs ont souhaité savoir pourquoi certaines personnes sont résilientes, tandis que d'autres sont dépendantes.

Pour répondre à leurs questionnements, les scientifiques ont sélectionné des populations de rongeurs dépendants et non dépendants de la nourriture. Ensuite, ils ont particulièrement recherché des marqueurs épigénétiques dans les zones du cortex cérébral liées à cette dépendance. Ils se sont concentrés en particulier sur les microARN (μARN) [7], qui sont des petites molécules d'ARN régulant l'expression des gènes de manière complexe.

De plus, les chercheurs ont examiné les microARN circulants chez des volontaires sains. Aussi, ces participants ont répondu à un questionnaire pour mesurer leur degré d'addiction à la nourriture. Les auteurs soulignent qu'ils ont découvert que les mêmes microARN qui étaient affectés dans le cerveau de la souris étaient également modifiés dans le plasma des participants.

Les auteurs expliquent que les principaux microARN identifiés sont « impliqués dans des processus pertinents à la dépendance alimentaire, comme la digestion des lipides et des glucides, les modifications morphologiques du cerveau, la résistance à l'insuline ou encore la dépendance à certaines substances, comme les méthamphétamines ».

Enfin, les chercheurs ont identifié deux composantes principales de l'altération du comportement (une forte motivation à se nourrir et une recherche compulsive), malgré les effets négatifs d'un tel comportement.

Ils concluent en expliquant qu'ils ont vu que deux changements épigénétiques spécifiques semblent être responsables de ces caractéristiques comportementales de la maladie. « Les similitudes entre les résultats de la souris et de l'homme confèrent une valeur translationnelle significative à l'étude. Le rôle de l'épigénétique dans la vulnérabilité à la dépendance alimentaire ouvre la porte à l'identification de biomarqueurs pour le diagnostic précoce de la maladie et la recherche de thérapies futures en modifiant l'expression des microARN. ».

Ressources utiles sur l'addiction à la nourriture

Existe-t-il un test ?

Les chercheurs et professionnels de santé utilisent plusieurs méthodes pour définir le niveau de dépendance d'un patient. Certaines méthodes et certains tests sont parfois controversés. Toutefois, il est possible de trouver des tests assez fiables en introduction à une prise en charge.

  • Test EAT (ou EAT-26), disponible sur le site de Psychologie Genève ou Clinique de psychologie des troubles alimentaires. « L'EAT est une mesure des comportements et attitudes alimentaires c'est-à-dire la boulimie et l'anorexie. Il est l'un des tests les plus utilisés dans la clinique des troubles alimentaires. » [8]
  • Test disponible sur le site Auvergne Addictions. [9]
  • La version française de la Yale Food Addiction Scale (critères DSM-IV-TR). Le testYale Food Addiction Scale correspond à une échelle de dépendance alimentaire au travers d'un questionnaire en 25 points. Ce test est basé sur les codes DSM-IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) pour les critères de dépendance aux substances afin d'évaluer la dépendance alimentaire chez les individus. [10]

Comment trouver de l'aide ?

Il existe dans chaque régions des associations sur les addictions qui viennent en aide aux personnes afin de les soutenir dans leurs démarches et les accompagner dans leur combat.

Ces associations (SOS Addictions, FFAB, Outremangeurs Anonymes, ARTTA, etc.) sont disponibles souvent via des sites internet et les réseaux sociaux.

Enfin, pour trouver toutes les ressources, l'idéal est d'en parler avec un professionnel de santé (médecin traitant, nutritionniste,...) en cabinet médical de ville ou en établissement de santé (hôpitaux, cliniques).

Sources

  1. L’addiction à la nourriture. Loïc Locatelli, Jorge César Correia, Alain Golay. Revue Médicale Suisse. 2015. https://www.revmed.ch/
  2. L’addiction à l’alimentation : définition, mesure et limites du concept, facteurs associés et implications cliniques et thérapeutiques. https://hal.archives-ouvertes.fr/
  3. Boulimie et hyperphagie boulimique : Repérage et éléments généraux de prise en charge. Recommandation de bonne pratique - Mis en ligne le 12 sept. 2019. HAS (Hautre autorité de santé). https://www.has-sante.fr/
  4. Sarah Cathelain, Paul Brunault, Nicolas Ballon, Christian Réveillère, Robert Courtois. L'addiction à l'alimentation : définition, mesure et limites du concept, facteurs associés et implications cliniques et thérapeutiques. La Presse Médicale, Elsevier Masson, 2016, ⟨10.1016/j.lpm.2016.03.014⟩. ⟨hal-01379564⟩
  5. Les addictions alimentaires. SOS Addictions. http://sos-addictions.org/
  6. Alejandra García-Blanco, Laura Domingo-Rodriguez, Judit Cabana-Domínguez, Noèlia Fernández-Castillo, Laura Pineda-Cirera, Jordi Mayneris-Perxachs, Aurelijus Burokas, Jose Espinosa-Carrasco, Silvia Arboleya, Jessica Latorre, Catherine Stanton, Bru Cormand, Jose-Manuel Fernández-Real, Elena Martín-García, Rafael Maldonado. miRNA signatures associated with vulnerability to food addiction in mice and humans. Journal of Clinical Investigation, 2022; 132 (10) DOI: 10.1172/JCI156281, https://www.jci.org/
  7. Les microARN circulants, une nouvelle classe de biomarqueurs pour la médecine. Med Sci (Paris). 2014 March; 30(3): 289–296. doi: 10.1051/medsci/20143003017. https://www.ipubli.inserm.fr/
  8. Psychologie Genève : http://psychologie-ge.ch/Tests3.html ; Clinique PTA, https://www.cliniquepta.com/questionnaire-de-depistage/ ; Garner DM, Olmsted MP, Bohr Y, Garfinkel PE. The eating attitudes test: psychometric features and clinical correlates. Psychol Med. 1982 Nov;12(4):871-8. doi: 10.1017/s0033291700049163. PMID: 6961471.
  9. Addictions Auvergne. http://www.addictions-auvergne.fr/
  10. Yale Food Addiction Scale. PDF. http://bariaddict-limoges.fr/ ; The Yale Food Addiction Scale (YFAS; Gearhardt, Corbin, & Brownell, 2009), https://sites.lsa.umich.edu/
  • Crédits photo d'entête : ©pexels.com

Le guide des hôpitaux et cliniques de France.

Recherchez parmi les 1335 établissements