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Certains antioxydants doperaient le cancer du poumon

Les antioxydants sont servis à toutes les sauces. Dès qu’il s’agit de prendre soin de sa santé, tant par l’alimentation que par les soins du corps, il n’est pas rare de voir apparaître que tels ou tels antioxydants pour favoriser notre santé. Cependant, une étude récente suggère que des suppléments tels que la vitamine E peuvent promouvoir la croissance tumorale.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette étude vient semer le doute et insister sur le fait qu’il ne faut prendre pour argent comptant tous les arguments de marketing développés par les fabricants. Cette étude, réalisée sur des souris, a montré que deux antioxydants couramment utilisés, la vitamine E et un composé appelé N- acétylcystéine (NAC), pourraient accélérer la croissance du cancer du poumon plutôt que de la freiner.

Antioxydants et cancer : un lien négatif selon une étude suédoise

Les résultats d’une nouvelle étude sur les antioxydants publiés le 29 Janvier 2014 dans la revue Science Translational Medicine, vont sans doute créer des débats tumultueux. Ces résultats peuvent être contraires aux attentes des millions de personnes qui avalent quotidiennement ou par cure régulière des suppléments de vitamine E pour améliorer leur santé et bien-être (et contraire aux fabricants qui vivent de cette production de compléments alimentaires). Une enquête publiée en 2005 révélait qu'environ 11 % des adultes américains ont pris des suppléments de vitamine E, à des doses de 400 unités internationales (UI) ou plus. L'apport quotidien recommandé est de 22,4 UI. Une autre étude publiée en 2012, réalisée par l’ANSES, révélait que « 15,7% des adultes et 5,6% des enfants français ont consommé des compléments alimentaires au cours des 12 derniers mois de l’étude ».

La raison de cette consommation de compléments alimentaires était que la vitamine E et d'autres antioxydants pourrait prévenir certains composés réactifs dans le corps à partir de composants cellulaires néfastes, y compris l'ADN. Parce que les dommages de l'ADN ont été lié au cancer, il allait de soi que la réduction des dommages de l'ADN pourrait empêcher ou ralentir la maladie. Les études à partir d’expérimentation animale et de petits essais cliniques chez l'homme appuyaient cette conclusion, mais des essais plus importants n’existent pas à ce jour. Lorsque des antioxydants comme la vitamine E et β -carotène ont été rigoureusement testés dans des essais contrôlés par une étude randomisée réalisée en double aveugle et contre placebo, les résultats étaient pour le moins ambigus. Une étude sur 29 133 sujets fumeurs de sexe masculin en 1994 a même trouvé une incidence plus élevée de cancer du poumon chez ceux qui ont reçu des suppléments β-carotène.

Les résultats de cette nouvelle étude sur les antioxydants ont été mitigés indiquent les chercheurs de l'Université de Göteborg en Suède. Le message à retenir, est qu'ils ne diminuent pas le risque de cancer et peuvent même augmenter le risque de certains cancers dans certaines populations, soulignent-ils. L'équipe a mené des expériences indépendantes sur des souris qui ont été génétiquement modifiées pour développer un cancer du poumon, et il a été décidé le NAC (N- acétylcystéine) comme témoin. Les chercheurs pensaient que le NAC pourrait ralentir légèrement les tumeurs. Au lieu de cela, les tumeurs témoins ont augmenté trois fois plus rapidement que prévu. L’expérience s'est avéré être une déception, mais le contrôle a été très intéressant, ajoutent les chercheurs suédois.

Une supplémentation ne se prend pas à la légère

L'équipe a décidé de creuser plus profondément les résultats, et a élargi son étude pour y inclure un autre antioxydant très commun auprès du grand public, la vitamine E. Les chercheurs ont utilisé des doses de 5 ou 50 fois plus élevées que la quantité quotidienne recommandée pour les souris. Notamment car les compléments alimentaires « humains » sont souvent 4 à 20 fois plus « forts » que l'apport quotidien recommandé en vitamine E pour l’homme, indiquent les chercheurs. Les résultats pour les deux antioxydants étaient similaires : les tumeurs ont augmenté d'environ trois fois plus vite que ceux des animaux qui n'ont pas reçu de supplémentation. Les souris traitées sont également décédées de leur cancer deux fois plus rapidement que les souris non traitées. Le traitement avec ces supplémentations de vitamines a également stimulé la croissance des cellules du cancer du poumon « humain » en culture. Dans les deux modèles de souris et les cellules humaines, les antioxydants semblent protéger les cellules cancéreuses, en réduisant la quantité de lésions de l'ADN. Cela, à son tour, réduit l'expression d'une protéine appelée p53. Connue comme la « gardienne du génome » , p53 est une protéine qui supprime normalement la croissance de la tumeur et est activée par l'ADN endommagé.

Les chercheurs suédois à l’origine de cette étude tiennent à souligner que tous les résultats sont basés sur des expériences réalisées sur des souris et pourraient ne pas se traduire identiquement sur des humains. L'étude suédoise n'aborde pas la prévention du cancer : les gènes qui ont déclenché les tumeurs chez les souris avaient déjà été activé lorsque les antioxydants ont été ajoutés à leur régime alimentaire. « Notre étude ne dit rien sur la façon dont la supplémentation en antioxydants affecte le risque de cancer chez les personnes apparemment en bonne santé » ajoutent-ils.

Cependant, ils soulignent le travail ne remet pas en cause l’importance de regarder de plus près les effets des antioxydants chez les fumeurs, qui sont à risque élevé de cancer du poumon ; ainsi que sur les personnes ayant une maladie pulmonaire obstructive chronique.

Enfin, cette nouvelle étude montre qu’il ne peut y avoir aucune explication simple pour le rôle des antioxydants dans le cancer. Les antioxydants pourraient aider à prévenir la formation de tumeurs, mais une fois que les tumeurs sont là, les suppléments pourraient être néfastes pour la santé. Les chercheurs concluent par le fait qu’il peut maintenant résider une grande confusion, et qu’il est nécessaire d’admettre que ces effets dépendent du contexte.

Sources

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