L'hypnose pour alléger la douleur dans les maladies chroniques graves et douloureuses

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Arrêt du tabac, soutien dans le cadre d'une cure d'amaigrissement, amélioration du sommeil, réduction du stress et de l'anxiété, douleur amoindrie, augmentation des niveaux de performances et de motivation,…. L’hypnose médicale soigne de nombreux maux.

Pour en savoir plus, voici deux interviews, de Maryline Pilorge (hypnothérapeute à Paris), et du Dr Christelle Chantalat-Auger Marzano, médecin interniste, référente pour les adultes pour les syndromes drépanocytaires majeurs et des pathologies du globule rouge rare, Groupe hospitalo-universitaire de l'AP-HP Paris-Saclay (site Hôpital Bicêtre).

Personne en séance d'hypnose chez un médecin

L’hypnose dans la prise en charge de la douleur : l’exemple des patients drépanocytaires

Pourquoi les patients drépanocytaires sont-ils particulièrement réceptifs à l’hypnose ?

Hypnothérapie : définition et principe de l'hypnose

Étymologiquement, le mot hypnose, dérivé de « hypnotisme », vient du grec « Hypnos » en honneur au dieu du sommeil.

De nombreuses définitions de l’hypnose coexistent. La plus souvent citée évoque « un état et/ou un processus de conscience modifié, produit par une induction directe, indirecte ou contextuelle, ressemblant parfois au sommeil, mais physiologiquement distinct, caractérisé par une élévation de la suggestibilité et qui produit à son tour certains phénomènes sensoriels et perceptuels ».

L’hypnose peut se définir aussi comme un état de fonctionnement psychologique par lequel un sujet, en relation avec un praticien, fait l’expérience d’un champ de conscience élargie.

Qu'est-ce que l'hypnose Ericksonienne et quelles sont les autres formes ?

Dans les années 1930, la pratique de l’hypnose est remodelée par l’américain Milton Hyland Erickson (1901-1980), psychiatre à Phoenix (Arizona, États-Unis).

Selon lui, les patients ont, dans leur propre histoire, toutes les ressources nécessaires pour surpasser leurs problèmes.

Milton Hyland Erickson définit l’hypnose, comme « une relation qui a lieu à l’intérieur d’une personne et qui est suscitée par la chaleur d’une autre ».

L’hypnose Eriksonienne est formelle, permissive et catalysatrice. Elle utilise des suggestions indirectes. Le thérapeute se contente de guider le sujet. La transe est profonde. Milton H. Erickson créa le fondement des thérapies brèves.

Pour lui, l’inconscient est un immense réservoir de ressources et il est aisé, en comprenant les stratégies et croyances d’une personne, de l’amener à changer rapidement. Il utilisait ainsi des histoires symboliques pour faire des suggestions hypnotiques, afin de permettre une ouverture au changement, la possibilité d’apprentissages nouveaux, une modification et un renforcement du moi.

Plusieurs autres formes d’hypnose coexistent :

  • L’hypnose traditionnelle (conversationnelle) : l’induction est directive et plutôt autoritaire. Elle utilise des suggestions directes. La transe est légère. Le but est d’atteindre un objectif fixé.
  • L’autohypnose : elle permet au patient d’induire lui-même la transe, d’être autonome. C’est un véritable apprentissage invitant le patient à prendre du temps pour lui, à utiliser ses ressources et les techniques hypnotiques enseignées.
  • L’hypnoanalgésie : elle a pour but de modifier et donc de soulager une douleur. Elle s’avère très efficace dans la prise en charge des douleurs liées aux soins particulièrement et des douleurs chroniques.
  • L'hypnothérapie : elle est utilisée dans le traitement médical ou psychologique d’une personne.

Toutes ces formes constituent une procédure (hypnotique) qui peut-être un adjuvant aux thérapies médicales et psychologiques, augmentant ainsi leur efficacité (Elkins et al, 2015).

Quel est le principe de l'autohypnose ?

L’autohypnose consiste à pratiquer l’hypnose sur soi-même, en s’appropriant des techniques et pratiquant des exercices, seule ou en se faisant accompagner ou autonomiser par des praticiens ou des infirmières formées.

Selon Isabelle Célestin-Lhopiteau, directrice de l’Institut Français des Pratiques Psychocorporelles et Pascale Wanquet-Thibault, cadre de santé et puéricultrice, il existe plusieurs types d’autohypnose :

  • des séances d’autohypnose pour faire face à une douleur ou à un stress quand ils se présentent : il s’agit de faire l’expérience pendant la séance d’une technique qui va diminuer la douleur et le stress et de proposer au patient de refaire seul ce qui a été proposé par l’hypnopraticien. Il s’agit par exemple d’un exercice de respiration ou une réification explorée pendant la séance associée à un ancrage sensoriel (la main qui devient chaude ou lourde) permettra à la personne d’atteindre plus vite un état hypnotique. A la séance suivante, le praticien évaluera avec le patient comment l’exercice a pu être réalisé seul, qui à procéder à des réajustements.
  • des séances d’autohypnose pour savoir se ressourcer, savoir s’équilibrer, savoir se détendre.

Quant à choisir quel type d’autohypnose, le conseil des deux expertes, en premier lieu, est de « se situer ». La technique de la « météo intérieure » empruntée aux TOP (techniques d’optimisation du potentiel), créée par le Dr Édith Perreaut-Pierre montre son utilité. Dans une courbe qui a des hauts et des bas, il s’agit de se situer, se demander si l’on est dans la partie centrale, celle de l’équilibre, ou dans la partie haute, à savoir très stressé, ou encore dans la partie basse, en ressentant une grande fatigue.

Selon l’état où la personne va se trouver, la technique d’autohypnose variera. Pour un stress, il s’agira de choisir des techniques respiratoires notamment pour revenir dans la partie centrale de l’équilibre.

Dans le cas d’une grande fatigue ou pour revenir à un niveau d’énergie permettant l’action, il s’agira de porter son attention sur la respiration du moment, puis inspirer profondément, expirer de façon rapide et énergique.

Un conseil : répéter ce mouvement d’inspiration/d’expiration trois fois puis revenir à une respiration normale.

Enfin, pour entretenir et nourrir son équilibre, une personne pourra recourir à des séances courtes d’hypnose telle que la métaphore de l’arbre ou le maintien de l’équilibre même en cas de turbulences dans sa vie.

Interview de Maryline Pilorge

Maryline Pilorge est hypnothérapeute à Paris 15, diplômée de l’école France Hypnose Formation et A.R.C.H.E.

« L’hypnose permet de mobiliser les potentialités d’une personne pour mieux gérer ses émotions, améliorer son bien-être, accéder à son inconscient pour trouver des solutions par elle-même. » – Maryline Pilorge (osezlhypnose.fr)

À quoi sert l'hypnose ?

L’hypnose permettait de s’enrichir personnellement, de prendre conscience de ses propres ressources, potentialités, pour certaines jusqu’alors inexploitées et très souvent insoupçonnées. C’est à la fois un état et une technique.

Nous sommes régulièrement dans un état hypnotique, lorsque nous sommes absorbés, concentrés, focalisés sur une tâche, notamment en pratiquant un hobby sans nous en rendre compte. Chacun a ainsi pu faire l’expérience d’un roman dont la lecture permet de s’évader, ou celle d’une suspension hors du temps à contempler le mouvement des vagues, un feu de cheminée, le paysage qui défile lors d’un voyage en train. L’état hypnotique est précisément ce moment de conscience où les choses sont perçues autrement. Cela n’a rien à voir avec le sommeil, c’est un état modifié de conscience, différent de l’état de veille habituelle. Cet état rend disponible pour réorganiser ses représentations.

L’hypnose est également une technique qui modifie l’état de conscience et permet de ce fait à une personne d’accéder à son inconscient (où sont stockées des milliers de données qui contrôlent une grande partie de son existence) pour faciliter les transformations nécessaires à son bien-être. Sous hypnose, le patient invente une nouvelle façon de percevoir, de se positionner vis-à-vis de son motif de consultation. Il garde son libre arbitre, rien ne peut lui être imposé sans son accord. Il reste connecté et réceptif uniquement à ce qui est bénéfique pour lui.

L’hypnothérapeute est un guide mais le patient participe pleinement à la séance. C’est au patient de mettre à profit l’état hypnotique pour accéder à ses ressources intérieures, trop souvent inexploitées. La technique de l’hypnose est orientée solution, sans chercher le pourquoi d’une difficulté mais comment la surmonter. Et en 2 ou 3 séances, souvent se produit un déclic, modifiant ensuite la façon de réagir de la personne hypnotisée face à certaines problématiques. Ce sont parfois de petits détails qui produisent de grands changements. En outre, certaines personnes viennent me voir pour régler une problématique spécifique, perdre du poids par exemple et elles en résolvent en même temps une autre comme leur déficit de confiance en soi.

Arrêt du tabac, maigrir, mieux dormir, atténuer la douleur, ... : que peut soigner l'hypnose ?

L’hypnose vient en complément de l’accompagnement par un médecin ou d’un spécialiste comme un psychiatre. Ses indications sont multiples et s’inscrivent dans chaque domaine de la vie : personnel, familial, amoureux, professionnel. Cette technique aide à mieux gérer son stress, contrôler son poids, se libérer de la dépendance au tabac ou à l’alcool, diminuer la douleur, gérer efficacement ses émotions, faire son deuil ainsi que développer la confiance et estime de soi.

Elle contribue également à améliorer son sommeil, vaincre une phobie ou des tocs de même que surmonter un traumatisme et soigner l’énurésie. Je m’occupe de cas très divers, ce qui est fabuleux dans mon métier. Ainsi, je traite par exemple une jeune fille pour une dyspareunie (douleurs pendant les relations sexuelles), une autre personne pour sa peur de prendre les transports, de voir du monde, qui est apparue depuis le premier confinement et la pandémie de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19).

L’état hypnotique permet d’aller plus loin dans l’introspection de la personne et d’adopter de nouveaux comportements orientés solutions et de réagir différemment face à certaines problématiques. L’hypnose ouvre une porte et vient régler d’autres difficultés de la personne.

L’hypnose est-elle efficace pour les sportifs de haut niveau ?

Oui, c’est une technique très efficace et de plus en plus répandue dans l’accompagnement des sportifs de haut niveau. Elle est différente de l’hypnose classique exercée en cabinet car elle se pratique par induction rapide pendant l’entraînement ou juste avant la compétition. Elle peut les aider à franchir des obstacles, à améliorer leurs performances et à atteindre l’excellence. Elle représente une aide précieuse et déterminante notamment pour :

  • la préparation mentale,
  • la motivation,
  • la récupération,
  • la gestion des troubles psycho-émotionnels (anxiété, stress),
  • l’optimisation de la performance,
  • la gestion de la douleur, des blessures et l’accélération de la réathlétisation,
  • la réduction de l’impact émotionnel des souvenirs traumatisants liés à la performance sportive,
  • l’augmentation du niveau de confiance chez les athlètes,
  • le traitement des phobies spécifiques au monde sportif notamment la peur de l’échec.

Le praticien est au centre de deux démarches. La première est plutôt orientée sur l’analyse du passé de l’athlète. Celui-ci tente de comprendre le « pourquoi » de ses blocages. La seconde a pour but de développer les qualités mentales nécessaires à la pratique de la compétition. Elle est principalement orientée vers le présent et le futur dans la perspective de rendez-vous compétitifs et permet d’acquérir des moyens concrets pour gérer l’avant compétition, la compétition elle-même et l’après. Le praticien s’intéresse alors au « comment » de la performance. Par ailleurs, l’autohypnose peut être enseignée aux sportifs pour leur permettre une plus grande autonomie.

Tout le monde est-il réceptif à l’hypnose ?

Oui, même si certaines personnes se laissent davantage aller et sont plus réceptives. L’état hypnotique peut être plus ou moins profond. Il faut créer une alliance thérapeutique entre le praticien et la personne hypnotisée.

Lors d’une première prise de contact, je m’entretiens avec la personne pour déceler quelles sont ses émotions, ses sensations, ses comportements, ses pensées face au motif de sa consultation et pour établir un lien de confiance avec elle. Ma première vraie séance d’hypnose commence au second rendez-vous.

Quand je me suis installée, j’ai créé mon réseau et suis allée me présenter aux médecins généralistes et aux professionnels de santé avec lesquels je peux travailler notamment les psychiatres et les ostéopathes. En effet, je précise toujours que je ne suis pas médecin et que je ne peux m’y substituer. Par ailleurs, je ne traite pas les mêmes maux qu’à l’hôpital.

Combien de séances d’hypnose sont-elles nécessaires ?

L’hypnose fait partie des thérapies brèves. Il suffit généralement de quelques séances pour atteindre son objectif. Par exemple, l’énurésie d’une patiente adulte s’est traitée en quatre rendez-vous.

Cependant si l’hypnose est un outil extrêmement efficace, elle nécessite qu’au préalable le patient soit complètement impliqué et déterminé dans sa démarche de changement. C’est lui qui est à l’origine de son évolution et acteur de sa réussite.

Quel est le prix d'une séance d'hypnose ?

Selon l’Institut Français d’hypnose, les tarifs d’une séance sont variables d’un thérapeute à l’autre, allant de 45 à 65 € hors métropoles et de 60 à plus de 100 € dans les grandes villes. Aussi, recommande-t-il de contacter les thérapeutes afin de leur demander leurs tarifs.

Mon cabinet est à Paris et mon tarif est de 80 euros l’heure quelle que soit l’indication. Mais je passe toujours plus de temps avec mes patients. Certaines mutuelles prennent en charge une partie des séances d’hypnose.

Comment devenir hypnothérapeute ou hypnotiseur ?

La pratique de l’hypnose n’est pas reconnue par l’état. J’ai effectué ma formation dans une école de formation à l’hypnose : technicien en hypnose puis praticien et enfin, maître praticien, et j’ai passé ces trois échelons, en présentiel.

Je continue d’être supervisée en permanence : régulièrement, je participe à des formations en groupe avec des études de cas et je suis suivie par un hypnothérapeute/formateur/superviseur.

L’idée est de partager, d’être aiguillée, soutenue, entourée et de suivre une formation continue. Tous les hypnothérapeutes ne le font pas et certains suivent uniquement une formation en ligne, ce qui me paraît insuffisant.

Quant aux médecins et professionnels de santé, ils peuvent passer un Diplôme Universitaire (DU) d’hypnose. J’aimerais, comme d’autres hypnothérapeutes, que la profession soit reconnue par l’État.

Est-ce que l’hypnose peut être dangereuse ?

Non, cette technique ne peut pas être dangereuse car, dans l’état d’hypnose, le patient est maître de sa séance, il entend tout, est conscient et ne dort pas. Il peut donc ouvrir les yeux quand il le souhaite.

Le seul bémol pour moi réside dans la pratique de l’hypnose sur des patients avec des troubles psychologiques importants comme la schizophrénie, la paranoïa…, lesquels doivent être pris en charge par un psychiatre.

Cela dit, comme partout, certains praticiens peuvent être des personnes malveillantes mais heureusement ce n’est pas le cas de la plupart des hypnothérapeutes.

Interview du Dr Christelle Chantalat-Auger Marzano

Interview du Dr Christelle Chantalat-Auger Marzano, médecin interniste, référente pour les adultes pour les syndromes drépanocytaires majeurs et des pathologies du globule rouge rare, Groupe Hospitalier Universitaire AP-HP Paris-Saclay, site Hôpital Bicêtre, Centre référent national, site constitutif de la filière Maladies Constitutionnelles rares du Globule Rouge et de l’Érythropoïèse (MCGRE).

Hypnose et médecine, les deux sont-elles compatibles ?

En France, aucun cadre précis n’encadre la pratique de l’hypnose. Les DU (diplôme universitaire) d’hypnose ne sont pas reconnus par le Conseil National de l'Ordre des Médecins. L’hypnose, qui n’est pas règlementée, peut toutefois être utilisée dans le cadre du décret de compétences du praticien. Toutefois, nous médecins ne devons en faire mention ni sur nos cartes de visites, ni sur nos plaques professionnelles.

En fait, il n’existe aucune contre-indication, à l’utilisation de l’hypnose tant que le praticien reste dans son champ de savoir, d’expérience et de compétence, hormis les « états d’expression délirante active ». Selon Hammond, l’éthique nous impose de n’utiliser l’hypnose que pour traiter des problèmes que nous sommes qualifiés à traiter avec des techniques non hypnotiques.

L’hypnose a-t-elle été utilisée depuis longtemps en médecine ?

Elle est décrite depuis des millénaires. Ces pratiques figuraient, tant dans la médecine égyptienne (qui pratiquait un rituel particulier envisageant l’hypnose comme une force de guérison ou magique), que romaine, arabe, dans la médecine chinoise et ayurvédique.

En Afrique, certaines tribus particulièrement d’Afrique de l’Ouest, connaissent et pratiquent cet enseignement depuis des siècles, dansant autour du feu, au rythme des tambours Djembé (instrument de percussion des musiques africaines), développant des mouvements répétitifs avec le corps les gestes, ralentissant l’activité mentale et conduisant à un état de transe naturelle et spontanée. Les Bushmen du désert du Kalahari, transmettent ses pratiques hypnotiques, ces techniques de guérison naturelles.

Ces dernières années, le terme l’hypnose va apparaître pour désigner une pratique systématique et structurée d’états de conscience modifiée.

L’hypnose relève de différents courants de pensées de Franz Anton Mesmer (1734-181), en passant par Jean-Martin Charcot (1895,1893), fondateur de l’École de la Salpêtrière, le Professeur Hippolyte Bernheim (1840-1919) qui donne naissance au terme Psychothérapie désignant une méthode basée sur « la suggestion hypnotique ». Ensuite, plusieurs auteurs ont suivi, d’Émile Coué et sa « Méthode Coué, en passant par Pierre Janet et le phénomène de « la régression » jusqu’en 1937 et par Milton Hyland Erickson (1901-1980), qui développera la forme connue à ce jour « l’Hypnose Ericksonienne ».

L’hypnose relève donc des techniques différentes et de différents états naturels du fonctionnement cérébral.

Si l’hypnose n’a cessé de disparaître et de réapparaître, au cours de l’histoire, elle a toujours fini par refaire surface. Elle est devenue avec l’imagerie cérébrale qui en a montré les bienfaits, l’élément qui permet de ne plus remettre en question sa scientificité. L’hypnose, au contraire de nombreuses autres thérapies se concentrant sur les problèmes, aborde les difficultés par l’activation des forces et des ressources du patient. Elle trouve de plus en plus sa place parmi les outils thérapeutiques complémentaires, dans le monde du soin.

Pourquoi une médecin interniste comme vous s’est-elle intéressée à l’hypnose ?

Tout d’abord, cette pratique de plus en plus prégnante chez mes confrères a suscité mon attention. Puis une citation d’Erickson a éveillé mon intérêt balayant ma défiance initiale, mon incroyance de la réalité des bienfaits de l’hypnose en médecine et de façon générale.

Erickson prêche que : « l’hypnose, c’est une relation pleine de vie qui a lieu dans une personne et est suscitée par la chaleur d’une autre personne ». Et d’ajouter que l’hypnose est un phénomène naturel. Chacun a donc la faculté d’y accéder. L’hypnose est bien une alliance de confiance, une connivence entre deux personnes et notamment en médecine celle du patient et du soignant. C’est le lien fondamental, absolu pour la bonne prise en charge des patients. Il m’est alors devenu une évidence de me lancer dans cette aventure.

Je suis référente médicale, pour les patients drépanocytaires adultes au sein du centre national rare (CNR) des syndromes drépanocytaires majeurs et des pathologies rares du globule rouge, à l’Hôpital Bicêtre (AP-HP). Confrontée quotidiennement à la douleur aiguë ou chronique chez mes patients, j’ai trop souvent un sentiment d’impuissance à de ne pouvoir les soulager totalement malgré une analgésie multimodale qui semble optimale.

Je me suis autorisée à penser que l’hypnose pouvait être un allié thérapeutique dans la prise en charge de la douleur et d’autres symptômes chez mes patients, et particulièrement dans la prise en charge de la douleur induite lors de la réfection du pansement des ulcères. J’ai donc suivi et obtenu un Diplôme universitaire (DU) d’hypnose en 2020-2022.

Comment se déroule une séance d'hypnose ?

Une séance d’hypnose se décompose en 5 temps : l’induction, la confusion, la dissociation, l’appropriation et le retour.

Il existe trois formes de communication qui s’articulent entre elles :

  1. Le canal non verbal : représenté par les postures, gestes, attitudes, position du corps, apparence de la personne. Premier langage utilisé dans la vie, le mirroring très présent en hypnose.
  2. Le canal para verbal : le timbre plutôt grave, rythme plutôt lent de la voix, discours monocorde, doux posé… entrecoupé de pauses.
  3. Le canal verbal : utilisation d’expressions, de mots, en rapport avec le vécu, un discours positif, réassurant. La métaphore y est souvent présente.

La communication hypnotique est un état d’être. Elle représente une première approche du monde hypnotique. Et, lorsqu’un patient est en souffrance, elle aura pour objectif de réussir à passer du cerveau gauche (critique et analytique) au cerveau droit (imaginaire et virtuel).

Afin de guider le patient, le thérapeute peut utiliser différentes techniques spécifiques de la communication : la voix, les truismes, les métaphores, les suggestions, la confusion, la catalepsie, la lévitation, la dissociation….

Quelle est la place de l’hypnose en milieu hospitalier ?

L’hypnose est de plus en plus utilisée en médecine et à l’hôpital. L’hypnose Ericksonienne y est la plus fréquente. Cette technique est centrée sur la personne dans laquelle la technique de communication est particulièrement affinée, singulière. Ce sont les suggestions verbales qui induisent la transe hypnotique.

Les bénéfices de cette approche thérapeutique paraissent fort intéressants, et l’hypnose peut être appliquée chez les patients drépanocytaires :

  • pour la prise en charge des ulcères chez le patient drépanocytaire avec le souhait d’évaluer cette approche dans une étude pilote hypnose versus « standard of care » (cas témoin) avec un questionnaire de satisfaction et une évaluation de la douleur,
  • pour la prise en charge d’autres gestes douloureux (ponctions veineuses, etc.) ;
  • pour la prise en charge la douleur aiguë tout particulièrement lors de la crise vaso-occlusive ;
  • pour la gestion de la douleur chronique et d'autres symptômes comme l'anxiété, la dépression, les troubles du sommeil, etc ;
  • pour améliorer le confort du soignant lors des soins, diminuer les situations de conflit dans la relation patients et soignants.

L’hypnose dans la prise en charge de la douleur : l’exemple des patients drépanocytaires

Le Dr Benhaiem, hypnopraticien propose une définition de l’hypnose davantage centrée sur la douleur « l’hypnose thérapeutique est une expérience relationnelle mettant en jeu des mécanismes physiologiques et psychologiques permettant à l’individu de mieux vivre, d’atténuer ou de supprimer une pathologie douloureuse aiguë ou chronique ».

L’hypnose a largement prouvé son efficacité dans des indications telles que l’hypnoanalgésie ou l’hypnosédation dans les douleurs nociceptives et neuropathiques dans des pathologies chroniques.

Elle a montré aussi dans diverses études son efficacité sur l’anxiété. Or celui-ci est important chez les patients drépanocytaires, source de déclenchement de la douleur, d’accentuation du ressenti douloureux, de la chronicisation de la douleur. L’hypnose est un outil précieux pour aider à la gestion du stress et de l’anxiété avec un bénéfice sur la douleur.

Les résultats scientifiques sont suffisants pour prouver que l’analgésie sous l’hypnose existe. Dans de nombreuses études, l’autohypnose a montré son efficacité pour diminuer la douleur, et aussi la réduction d’antalgiques, la réduction de l’anxiété, l’augmentation du confort pendant les soins, et notamment lors de la réalisation de pansements.

Hormis, les traitements antalgiques, l’hypnose seule ou en association peut s’avérer très utile dans la prise en charge de la douleur induite (hypnoanalgésie) et se pratique de plus en plus couramment. De nombreuses études et travaux ont montré son efficacité.

La pratique de l’hypnose chez les patients drépanocytaires a débuté dans les années 80 et avec Zelter et al. Dingues et al. publie la première étude aux États-Unis, en 1997, démontrant l’efficacité de l’hypnose chez les patients drépanocytaires. Et, indique que la pratique de l’autohypnose était associée à une réduction significative des jours de douleur et des troubles du sommeil. Ces résultats furent confirmés par d’autres notamment par Wallen et al qui montrent l’amélioration de la douleur pendant les crises par l’autohypnose et aussi une diminution de l’anxiété, et de la dépression, une amélioration des troubles du sommeil et une diminution des soins médicaux.

Il a été démontré dans une étude française, la seule, l’intérêt de l’hypnose et de l’autohypnose sur l’amélioration de la qualité des vies des patients : des troubles du sommeil, du stress, de la douleur et une diminution ou une modification de la consommation des antalgiques.

Pourquoi les patients drépanocytaires sont-ils particulièrement réceptifs à l’hypnose ?

Le patient drépanocytaire semblerait avoir un imaginaire propice à l’hypnose, de par une relation avec sa douleur. En effet, il a tendance à personnifier la douleur en lui attribuant des émotions, des caractéristiques humaines.

Il a été démontré qu’une des ressources internes chez les patients drépanocytaires était la spiritualité et plus précisément le sens de la vie de paix, lesquels semblaient étroitement et positivement associés à une meilleure qualité de vie.

Le recours à l’hypnose, peut ainsi être facilité par cette grande capacité à imaginer, à personnifier la douleur et par les ressources des patients et dont tout particulièrement celle de la spiritualité.

Comme le disait Erickson, « les patients sont vraiment un réservoir de ressources et nous sommes simplement là pour les aider à les faire émerger ».

Par ailleurs, celui-ci insistait sur l’une des caractéristiques qui définissent la relation thérapeutique, sur le fait que chaque personne a plusieurs contextes de vie : individuel, familial, social, culturel, traditionnel, auxquels vient se rajouter le contexte thérapeutique.

Une étude s’est intéressée à la dynamique identitaire et à la particularité traumatogène des crises chez les patients atteints de drépanocytose en essayant d’appréhender l’importance de la relation hypnothérapeutique, sur ces deux dimensions.

D’autres travaux ont montré l’intérêt de l’hypnose dans la prise en charge de la douleur chez les patients drépanocytaires. L’hypnose permet de donner préventivement une attention particulière aux patients et ainsi de réduire leur anxiété anticipatoire, et de leur offrir l’occasion de s’impliquer activement dans leur traitement, ce qui peut augmenter leur satisfaction, leur impression de contrôle. Certaines études ont montré que l’apprentissage d’une nouvelle façon de gérer la douleur pourrait leur insuffler une confiance en leur capacité, les rendant moins dépendants aux soins médicaux, et pouvant écourter les séjours hospitaliers.

L’hypoanalgésie, par la modulation de la douleur et de l’anxiété lors des soins à potentialité douloureuse, va permettre de diminuer l’anticipation douloureuse, améliorer les ressentis du patient et lui permettre de vivre le moment du soin différemment. L’objectif est de sortir le patient de sa transe négative afin d’éviter l’amplification de celle-ci ou sa chronicité. Plutôt que transe négative, il s’agit un état de focalisation du patient sur des symptômes qui provoquent un inconfort, une douleur.

Ainsi, l’hypnothérapie prend toute sa dimension dans la prise en charge de la douleur aiguë ou chronique et aussi pour diminuer la consommation des antalgiques et réduire ainsi l’iatrogénie et les phénomènes d’addictions. Et ce, toujours dans l’objectif permanent d’améliorer le confort, et la qualité de vie des patients et celui des soignants. Le soin est avant tout une relation à deux voire à plus.

Sources

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  2. Isabelle Célestin-Lhopiteau et Pascale Wanquet-Thibault Hypnose et pratique paramédicale, Optimiser sa clinique, améliorer sa communication et prendre soin de soi, Édition Lamarre.
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  9. Zeltzer L, Dash J, Holland JP. Hypnotically induced pain control in sickle cell anemia. Pediatrics. 1979;64(4):533–536. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
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