Gilles Bonnefond, président de l’USPO (Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine)
Les pharmaciens sont-ils bien placés pour vacciner les Français contre la Covid-19 ?
C’était pour nous une évidence. Ne pas s’appuyer sur les pharmacies pour vacciner contre la Covid -19 a représenté une erreur stratégique.
Céder au départ au lobby des médecins qui considéraient que ni les pharmaciens, ni les infirmières ne pouvaient injecter des doses a retardé la mise en route de la vaccination.
Pour apporter les vaccins à proximité des patients, il aurait été plus judicieux d’utiliser le réseau officinal.
Le pharmacien est légitime pour vacciner et largement plébiscité par ses patients, y compris contre la pandémie.
Et pourtant les pharmaciens ont finalement pu vacciner…
Nous n’avons obtenu les premières doses qu’en mars. Nous n’avons pu vacciner qu’entre 300 000 et 350 000 personnes ce mois-là alors que nous aurions pu injecter entre 4 et 5 millions de doses si nous en avions reçu suffisamment. Aussi, nous n’avons pas pu obtenir, jusqu’à présent, de vaccins à ARN messager.
En revanche, pour vacciner les personnes âgées dans les zones rurales, des bus ont été envoyés dans des villages, avec un chauffeur, un infirmier, un médecin, parcourant parfois même à plus de 50 km, pour se garer sur la place du village… devant la pharmacie. Un véritable non-sens. L’organisation aurait pu être optimisée en impliquant d’avantage les officines dès le début de la campagne.
D’ailleurs, nos patients ne comprennent pas pourquoi, leurs pharmaciens qui les connaissent bien et les ont vaccinés contre la grippe ne peuvent pas leur injecter le vaccin contre la Covid-19.
Quelle est votre marge de manœuvre pour que la situation évolue ?
Nous devrions avoir accès aux doses de vaccin à ARN messager. Une expérimentation est menée en Moselle avec le vaccin de Moderna et nous espérons qu’elle s’étendra à toute la France.
Mais la quantité de doses de cet ARN messager n’est pas aussi importante que celle de son très proche, également à ARN messager, Pfizer BioNTech.
Si nous n’obtenons pas ce vaccin en pharmacie, la campagne prendra beaucoup de retard.
D’autant que ce sérum peut désormais être conservé à -20 degrés, le circuit grossiste pouvant le transporter dans un congélateur et à partir du moment où l’officine serait livrée, elle aurait cinq jours pour l’injecter.
Quand prévoyez-vous un inversement de tendance ?
Dès lors que les "vaccinodromes" vont être tendus, les pharmaciens, professionnels de santé pourront prendre le relais. Il est assez cocasse que les pompiers, les médecins et les pharmaciens à la retraite puissent vacciner contre le Covid-19, à l’inverse des pharmaciens en activité.
Les freins à la vaccination en officine reposent sur des aprioris s’agissant de la logistique alors que les grossistes-répartiteurs contrôlent parfaitement la chaîne de froid pour livrer tous les vaccins en officines.
Finalement, le bon sens devrait l’emporter. Certes, les pharmaciens ne sont pas la solution à tout mais s’ils injectent 4 millions de doses par mois, cela permettra de tenir les objectifs. Sur le plan de sécurité des données, il est d’ailleurs préférable de passer via nos pharmaciens qui bénéficient de liaisons sécurisées. Il en va également de leur responsabilité de professionnel de santé.
Nous sommes prêts à apporter notre pierre à l’édifice à condition qu’on nous le demande et qu’on nous fasse confiance. Si tous les plus de 55 ans et les personnes âgées étaient vaccinés par les vaccins disponibles, nous nous trouverions en pannes de doses pour pouvoir vacciner les jeunes, surtout si nous n’avons pas accès aux doses de Pfizer BioNTech.
Pour toute la prévention, tous les types de vaccination, tous les types de dépistage, la pharmacie est un espace de santé de proximité unique.