La meilleure méthode pour arrêter de fumer - la cigarette électronique ? [2/3]

Temps de lecture
12 min

Arrêter de fumer et bannir à jamais le paquet de cigarettes traditionnelles de sa vie. Voici l’une des actions les plus positives et salutaires qu’un fumeur puisse engager dans sa vie personnelle. Cet acte, bon pour la santé, est aussi important pour le fumeur lui-même que pour son entourage. En effet, les conséquences de l’épidémie de tabagisme atteignent une ampleur considérable et touche toutes les sphères de la vie d’un humain.

Le constat est dramatique. Selon l’OMS, dans le monde, « le tabac tue jusqu’à la moitié de ceux qui en consomment », et « fait plus de 8 millions de morts chaque année », dont « 7 millions d’entre eux sont des consommateurs ou d’anciens consommateurs, et environ 1,2 million des non-fumeurs involontairement exposés à la fumée ». [1]

Malgré une surveillance constante, par le développement de nouvelles stratégies en santé publique, en France, le nombre de fumeurs ne semble pas s’enrayer si facilement. Effectivement, « en 2020, plus de trois adultes de 18-75 ans sur dix déclaraient fumer (31,8%) et un quart déclaraient fumer quotidiennement (25,5%). Pour l'ensemble de la période couverte en 2020, la prévalence du tabagisme et du tabagisme quotidien ne varie pas significativement par rapport à 2019 ». [2]

Bien que la solution préférable soit de ne jamais commencer à fumer, trouver la meilleure méthode pour arrêter de fumer (substituts nicotiniques,…) semble exister. Par contre, cette étape, de combat contre le besoin d'une cigarette, et pour devenir un futur ancien fumeur, demande le plus souvent au fumeur d’être courageux et soutenu. Quel que soit le nombre de cigarettes par jour, le sevrage tabagique est souvent difficile, et certaines personnes s’orientent vers des substituts nicotiniques comme les e-cigarettes.

Depuis leur arrivée sur le marché, les cigarettes électroniques (appelées aussi « e-cigarette », « vapoteuse », « vaporette », « vaporisateur personnel ») ont été présentées comme une alternative sûre au traditionnel paquet de cigarettes de tabac pour les fumeurs adultes. Inventée en 2003 par le pharmacien chinois Hon Lik, l'e-cigarette a été initialement développée uniquement pour servir d'alternative au tabagisme conventionnel. [3]

Jeune femme qui vapote une e-cigarette

La vapoteuse (comme le patch de nicotine) est a priori un soutient pour arrêter de fumer la cigarette classique, « sans prendre de risques pour la santé à court terme. […] D’après les connaissances scientifiques actuelles, il semblerait que vapoter soit bien moins dangereux pour la santé que de fumer du tabac ». [4]

Cependant, certaines recherches ont commencé à suggérer le contraire, ou à mettre en avant des effets indésirables possibles sur le long terme. De plus, il semblerait qu’un grand nombre de vapoteurs sont des « utilisateurs doubles » qui fument également des cigarettes classiques, ou n’avaient pas d’antécédents de tabagisme.

En réalité, ce dispositif électronique, qui génère un aérosol voué à être inhalé, est à la fois une mode grandissante et un véritable sujet de santé publique qui n’est peut-être pas la panacée contre le besoin d'une cigarette lors du sevrage tabagique.

Qu’est-ce qu’une e-cigarette ? Où acheter une cigarette électronique ?

La mode des magasins de cigarettes électroniques et e-liquides

Cigarette électronique avec accus, atomiseur reconstructible, contrôle de la quantité de vapeurs (débit de vapeur moindre,…) ou contrôle de température, le fonctionnement d'une cigarette électronique correspond parfois plus à l’univers de l’informatique et de l’aérospatial - même si dans le "monde de la vape" il existe des cigarettes électroniques simples à l’usage.

Les cigarettes électroniques se présentent sous de nombreuses formes et tailles. La plupart ont une batterie, un élément chauffant (atomiseur) et un endroit pour contenir un liquide.

Les cigarettes électroniques produisent un aérosol en chauffant un liquide (e-liquide composé de glycérine végétale, propylène glycol,….) qui contient généralement de la nicotine (taux de nicotine variables), la drogue addictive des cigarettes, cigares et autres produits du tabac ordinaires, ainsi que des arômes et d'autres produits chimiques qui contribuent à la fabrication de l'aérosol.

D’autre part, les e-cigarettes ont un attrait universel qui est très à la mode et attire autant les non-fumeurs que les fumeurs de tabac qui souhaitent arrêter de fumer.

Ces types de dispositifs électroniques sont fabriqués par plusieurs marques dans le but d’imiter la sensation d'utiliser une cigarette, et comme substituts nicotiniques.

On peut les trouver facilement dans de nombreux magasins et sur Internet.

D'ailleurs, on remarque un nombre croissant de magasins spécialisés dans le "monde de la vape" depuis plusieurs années dans les villes du monde entier.

Recharge de cigarette électronique, clearomiseur luxe, Ecig,…

A ce jour, il existe une offre d'options très large de cigarettes électroniques, soit en ligne (Internet), soit dans les commerces traditionnels. Elles sont majoritairement toutes en provenance de Chine, sauf pour certaines marques fabriquées en Europe, comme en France (La Box française, Alliancetech Vapor, Titanide, J Well, Ed Sylver,…).

Connus sous de nombreux noms différents, les e-cigarettes sont parfois appelés « e-cigs », « e-narguilés », «  chicha électroniques »,« stylos à vape », « vapes »,« vapoteuses » et ou encore « cigarette électronique Box Mod ». Certaines e-cigarettes sont conçues pour ressembler à des cigarettes, des cigares ou des pipes ordinaires. D’autres ressemblent à des stylos, des clés USB et d'autres objets du quotidien parfois farfelus. Les appareils plus gros tels que les « Mods », ne ressemblent pas aux autres modèles de cigarettes électroniques, et sont très perfectionnés.

Certains modèles de cigarettes électroniques sont préremplis (avec une partie jetable) et d'autres rechargeables. Dans ce large éventail, il existe plusieurs nouvelles tendances, comme les cigarettes électroniques modifiées (cigarette électronique Box Mod ou cigarette électronique Box Vape, cigarette Box Mod mécanique,…). Ces appareillages proposent une liste d’options (carte électronique, sécurité, réglage, quantité de vapeur réglable pour un débit de vapeur moindre ou supérieur,…), et peuvent se customiser.

Mais attention, ce foisonnement « d'innovations » révèle aussi un marché « juteux » et sans scrupules, comme le montre la récente condamnation de l’entreprise phare dans l’industrie du tabac Philip Morris France, condamnée à « 75.000 euros d'amende pour publicité illégale » [5] sur son dispositif nommé IQOS (dispositif de tabac chauffé). Il s’agit d’un format différent de la cigarette électronique, un dispositif où le tabac est chauffé et préalablement « mélangé avec de l'eau et de la glycérine ». Ce mélange chimique crée une certaine quantité de vapeurs de tabac sans combustion, et avec une odeur pestilentielle particulièrement reconnaissable. Certaines technologies permettent peut-être d’éviter le tabac et d’aider au sevrage tabagique, mais elles ne doivent pas faire oublier le but premier : arrêter de fumer et ne pas entretenir cette dépendance psycho-comportementale.

 

e-cigarette dans la bouche d'un fumeur

La meilleure cigarette électronique (Eleaf, Vape,…)

Comment choisir sa cigarette électronique ?

Au même titre que les nombreuses variétés de la cigarette classique, les différents modèles de cigarettes électroniques correspondent en partie à des tendances de marché et des types de consommation en fonction du profil de vapoteur (petits vapoteurs débutants, experts,…).

En matière de qualité, c’est surtout le prix d’achat des cigarettes électroniques qui fera la différence. Ensuite, lors d’un achat de cigarettes électroniques (cigarette électronique simple ou élaborée, Box Mods,…), en dehors du prix et du design, les critères sont variés. Ils sont essentiellement basés sur l'autonomie de la batterie (faible puissance, longévité,…), le clearomiseur (pièce de recharge, ou cartouche pod), et le niveau de difficulté d’utilisation. (les fonctionnalités, les réglages et les options de personnalisation sont parfois peu intuitives). Comment trouver une e-cigarette idéale ? Pas de soucis ! L’Internet est inondé de conseils et de guides complets, généralement liés à des boutiques d'e-commerce. La démarche est donc très facile.

Prix d’une cigarette électronique : combien coûte une e-cigarette ?

Les prix d’achat d’une cigarette électronique (qui est un type de dispositif électronique aérosol parfois complexe) ne sont bien entendu pas les mêmes que ceux de la cigarette classique. Que ce soit lors d’un achat de cigarette électronique simple ou élaborée, sur Internet ou dans un commerce traditionnel, le prix d’achat est très variable.

Effectivement, le prix d’achat d’une cigarette électronique peut être lié à différentes choses comme : la notoriété de la marque ; le modèle de cigarette électronique ; la simplicité d’utilisation ; la qualité du clearomiseur ; aux options (réglage de puissance pour la quantité de vapeurs et avoir un débit de vapeur moindre ou supérieur, etc.) ; aux accessoires.

Dans la majorité des cas, les cigarettes électroniques sont vendues sous forme de petit coffret (clearomiseur, guide complet, câble de recharge,…).

Ces kits complets de cigarette électronique coûtent à ce jour, en moyenne, environ entre 30€ et 200€, selon la qualité des dispositifs.

Néanmoins, les tarifs varient selon les pays, autant pour le coût d'achat de l'e-cigarette que celui des produits consommables (e-liquides, drip tip, clearomiseurs, résistances, batteries,…), qui dépend de chaque vapoteur.

Réglementation : cigarette électronique en avion

Les passagers aériens sont généralement autorisés à apporter leurs appareils à bord. Toutefois, ces appareils électroniques pour fumeurs ne sont autorisés que dans les bagages à main. De plus, ils doivent être emballés soigneusement et de manière appropriée.

En effet, les cigarettes électroniques et les batteries au lithium de rechange doivent être placés dans les bagages à main uniquement.

D’autre part, les passagers aériens sont tenus de prendre des mesures efficaces pour bloquer l'activation accidentelle de l'élément chauffant de l'appareil lors du transport des vapoteuses.

Dans la majorité des cas, chaque batterie lithium-ion ne doit pas dépasser une puissance nominale en watts-heure (Wh) de 100 Wh, ou pour les batteries au lithium métal, une teneur en lithium de 2 grammes.

L’idéal est de vérifier, auprès des compagnies aériennes empruntées, les conditions et limites du nombre d'appareils pouvant être transportés pour un usage personnel par un passager.

Pour finir, de même que les passagers aériens ne sont pas autorisés à assouvir leur besoin d'une cigarette et à fumer des cigarettes de tabac à bord d'un avion, ils ne doivent jamais utiliser leur e-cigarette à bord d'un avion.

Que ce soit des e-liquides sans nicotine (taux de nicotine faible ou nul) ou des e-liquides au CBD (cannabidiol) [6], l’usage d’une e-cigarette est totalement proscrit.

Cigarette électronique sans nicotine

Beaucoup de fumeurs se tournent vers les cigarettes électroniques dans le but d’arrêter de fumer du tabac. Les cigarettes électroniques sans nicotine (avec un taux de nicotine nul) sont donc l'un des produits-phares proposés sur le marché pour un profil de vapoteur spécifique.  

En passant par la cigarette électronique, il peut être possible de faciliter l’arrêt du tabac, puisque globalement les e-liquides semblent moins nocifs que la fumée de cigarette.

Lorsqu’un fumeur devient un vapoteur, c’est-à-dire qu’il ne consomme plus de cigarettes, il diminuerait, selon certains experts, les risques de développer des maladies en lien avec le tabac.

Toutefois, si une personne non fumeuse débute une consommation régulière de e-liquide, ce « petit vapoteur » risque de s’habituer au geste ou au goût, et peut potentiellement développer une addiction psycho-comportementale (en plus du potentiel danger de la vapeur dans les poumons).

De la sorte, la cigarette électronique peut être selon les cas un outil avantageux pour les fumeurs qui ont l’objectif de réduire certains risques. Cependant, ce dispositif peut avoir l’effet inverse chez les personnes non fumeuses.

Enfin, ce type de sevrage peut aussi être coûteux, car à l'inverse des patchs de nicotine par exemple, « la vapoteuse et les liquides ne sont pas vendus en pharmacie et ne sont pas remboursés. Il est conseillé de choisir des produits certifiés par l’AFNOR et de se fournir auprès de vendeurs de confiance. » [4]

Le danger de la cigarette électronique

Quelle maladie peut-on avoir avec la cigarette électronique ?

Il n’est pas rare de lire et d’entendre que les cigarettes électroniques peuvent être un atout, notamment contre le besoin d'une cigarette (cigarette traditionnelle de tabac). Les e-cigarettes seraient bénéfiques pour les adultes qui fument, et les personnes qui ne sont pas enceintes, si elles sont utilisées comme un substitut nicotinique complet aux cigarettes ordinaires et aux autres produits du tabac fumés.

Cependant, les cigarettes électroniques ne sont pas sûres pour les jeunes, les jeunes adultes, les femmes adultes enceintes, ainsi que les adultes qui ne consomment pas actuellement de produits du tabac.

Alors que les e-cigarettes ont le potentiel de profiter à certaines personnes (quel que soit le nombre de cigarettes par jour fumées en moins) et de nuire à d’autres (rechute lors du sevrage tabagique,…), les scientifiques ont encore beaucoup à apprendre pour savoir si les cigarettes électroniques sont efficaces pour aider les adultes à arrêter de fumer.

Quoi qu’il en soit, si une personne n’a jamais fumé ou utilisé d'autres produits du tabac ou des cigarettes électroniques, il est recommandé de ne pas commencer. Assurément, les effets à long terme sur la santé des cigarettes électroniques sont encore trop imprécis.

Est-ce que la cigarette électronique est dangereuse pour la santé et pour les poumons  ?

Les cigarettes électroniques sont un produit relativement nouveau qui est vendu actuellement presque partout dans le monde depuis la première décennie du XXIe siècle. Bien qu'il reste beaucoup à déterminer sur les conséquences durables de ces produits sur la santé, l'évolution des preuves de l'impact des e-cigarettes sur les poumons est troublante et peu rassurante.

Rappelons que l’inhalation de produits chimiques nocifs (inhalation directe ou indirecte), qui entre dans la fabrication des e-liquides (glycérine végétale, propylène glycol,…) peut causer des dommages irréversibles aux poumons et des maladies pulmonaires.

« Actuellement, les liquides placés dans les e-cigarettes contiennent tous du propylène glycol et/ou du glycérol. Ils peuvent également contenir de la nicotine, des arômes, des colorants, parfois un peu d'eau et un peu d’éthanol ». [7]

Aussi, les utilisateurs qui inhalent l’aérosol des e-cigarettes dans leurs poumons diffusent aussi cet aérosol aux personnes de leur entourage qui le respirent à leur tour. Toutefois, notons que l'usage d'une e-cigarette (inhalation directe ou indirecte) n’exposerait pas le vapoteur aux goudrons, ni au monoxyde de carbone, puisqu’il y a une absence de combustion de tabac dans ce dispositif.

Un rapport à propos d’une méta-analyse passant en revue plus de 800 études, publié en 2018 dans la revue de The National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine, précise clairement que l'utilisation de cigarettes électroniques entraîne des risques pour la santé. De surcroît, il ajoute que les e-cigarettes contiennent et émettent un certain nombre de substances potentiellement toxiques.

Aussi, ce rapport indique également qu'il existe des preuves modérées que les jeunes qui utilisent des cigarettes électroniques courent un risque accru de toux et de respiration sifflante et une augmentation des exacerbations de l’asthme. [8]

Effectivement, aucune cigarette électronique n’est sûre ni efficace pour aider les fumeurs à arrêter de fumer lors de leur sevrage tabagique. Si les fumeurs sont prêts à arrêter de fumer pour de bon, ils doivent en priorité se faire aider par des professionnels de la santé (tabacologue, médecin addictologue,…) en cabinet de ville ou en établissement de santé (hôpital, clinique,…). L’objectif est de trouver la meilleure façon d'arrêter de fumer en utilisant des méthodes éprouvées, et des traitements et des conseils approuvés par les professionnels de la santé.

Le vapotage est associé à des changements dans la régulation des gènes

Depuis l’avènement des e-cigarettes, comme une alternative aux cigarettes de tabac, le marché est aujourd’hui en pleine ébullition, et dépasse le sevrage tabagique. « Rétrospectivement, on observe une accélération de la croissance du marché à partir de 2017, année au cours de laquelle les ventes de produits de vapotage ont augmenté de presque 15%, puis 2018, avec une croissance de 21%. » [9]

Dès lors que des recherches scientifiques ont commencé à suggérer les possibles dangers de l’utilisation des e-cigarettes, de nombreuses études se sont développées afin de mieux comprendre les avantages et inconvénients.

Dans une étude publiée en novembre 2021, dans la revue Scientific Reports, une équipe de chercheurs de la Keck School of Medicine (Californie, USA) a démontré que, indépendamment des effets du tabagisme antérieur, l'utilisation des e-cigarettes est liée à des changements biologiques indésirables pouvant provoquer des maladies.

En effet, l’étude a révélé que les vapoteurs subissent un schéma similaire de changements dans la régulation des gènes que les fumeurs de tabac, bien que les changements soient plus importants chez les fumeurs de produits du tabac. [10]

Les auteurs soulignent que cette étude examine pour la première fois les effets biologiques du vapotage chez les utilisateurs adultes de cigarettes électroniques, tout en tenant compte de leur exposition passée au tabagisme.

En outre, les données indiquent que le vapotage, tout comme le tabagisme, est associé à une dérégulation du génome mitochondrial (mitochondries) et à une perturbation des voies moléculaires impliquées dans l'immunité et la réponse inflammatoire, qui régissent la santé par rapport à l'état pathologique.

Le vapotage analysé grâce au séquençage de nouvelle génération

Pour réaliser cette étude, les chercheurs ont recruté un groupe diversifié de 82 adultes en bonne santé. Ensuite, ils ont séparé les participants en 3 catégories : les vapoteurs actuels, avec et sans antécédents de tabagisme ; les personnes qui fument exclusivement des cigarettes ; et un groupe témoin n'ayant jamais fumé et n'ayant jamais vapoté.

Aussi, ils ont mené des entretiens complets en personne pour obtenir un historique détaillé de vapotage et de tabagisme de chaque participant. L'équipe a vérifié les antécédents en effectuant des analyses biochimiques sur le sang des participants pour mesurer la concentration de cotinine. La cotinine (alcaloïde) est un produit de la dégradation de la nicotine (présent dans le tabac et métabolite prédominant de la nicotine).

À l'aide du séquençage de nouvelle génération (NGS ; qui sont de nouvelles méthodes de séquençage de l'ADN et de l'ARN rapides) et de l'analyse des données bio-informatiques, les scientifiques ont ensuite mené une recherche à l'échelle du génome, des changements dans la régulation des gènes dans les cellules sanguines de chacun des participants. Lorsque la régulation normale des gènes est perturbée et que les gènes deviennent dérégulés, ce dérèglement peut interférer avec la fonction des gènes, entraînant une maladie.

Pour les vapoteurs actuels, ils ont en outre effectué une modélisation informatique pour déterminer si le dérèglement génétique détecté était associé à l'intensité et à la durée de leur vapotage actuel, ou à l'intensité et à la durée de leur tabagisme passé.

De la sorte, ils ont constaté que plus de 80 % de la dérégulation des gènes chez les vapoteurs était corrélée à l'intensité et à la durée du vapotage actuel. Alors qu'aucun des dérèglements géniques détectés chez les vapoteurs n'est corrélé à l'intensité ou à la durée de leur tabagisme antérieur.

Vapotage et tabagisme : fumée ou vapeur dans les poumons,  même combat ?

Dans des recherches antérieures, les mêmes auteurs ont montré que les utilisateurs de cigarettes électroniques développent certains des mêmes changements moléculaires liés au cancer dans les tissus buccaux que les fumeurs de cigarettes traditionnelles. Ils ont également découvert que les vapoteurs présentaient le même type de modifications chimiques liées au cancer dans leur génome que les fumeurs.

Enfin, dans cette étude, les auteurs ont découvert en premier temps que, tant chez les vapoteurs que chez les fumeurs, le génome mitochondrial humain est l’une des cibles préférentielles de la dérégulation des gènes. Ils ont également découvert que les vapoteurs et les fumeurs de tabac présentaient un dérèglement important des gènes de la réponse du système immunitaire humain.

Ces résultats sont non seulement nouveaux et importants, mais ils sont également interdépendants, car l'augmentation des preuves montrent que les mitochondries jouent un rôle essentiel dans l'immunité et l’inflammation.

Effectivement, lorsque les mitochondries deviennent dysfonctionnelles, elles libèrent des molécules clés. Les molécules libérées peuvent fonctionner comme des signaux pour le système immunitaire, déclenchant une réponse immunitaire qui conduit à une inflammation. Cette réponse immunitaire est non seulement importante pour le maintien de la santé, mais joue également un rôle essentiel dans le développement de diverses maladies (maladies cardiovasculaires et respiratoires, maladies métaboliques, cancer,…).

Pour conclure, compte tenu de la popularité grandissante des e-cigarettes chez les jeunes n'ayant jamais fumé, les scientifiques pensent que leurs conclusions seront importantes pour les organismes de réglementation et de sécurité en santé publique.

e-cigarettes : aident-elles vraiment les fumeurs à arrêter le tabac ?

Les fumeurs de cigarettes qui arrêtent de fumer (sevrage tabagique) mais les remplacent par les cigarettes électroniques ou d'autres produits du tabac sont plus susceptibles de rechuter. Telles sont les conclusions d’une étude publiée en octobre 2021 dans la revue scientifique JAMA Network Open. [11]

De nombreux organismes, et des centres de prévention et de lutte contre le tabagisme [12]  ont suggéré que les fumeurs incapables d'arrêter de fumer pourraient bénéficier du passage de la cigarette au vapotage grâce aux cigarettes électroniques. Bien entendu, uniquement s'ils arrêtent complètement les produits du tabac et s’ils sont capables d'éviter de retomber dans le cercle vicieux de la cigarette.

Cependant, à ce jour, il y a eu peu d'études pour savoir si les fumeurs sont capables de passer aux e-cigarettes lors de leur sevrage tabagique. Rappelons que ces appareils à batterie rechargeable chauffent un liquide composé le plus souvent de nicotine, d'arômes et d'autres produits chimiques pour fabriquer un aérosol que les utilisateurs inhalent dans leurs poumons. Les composants les plus utilisés pour élaborer un e-liquide sont le propylène glycol (PG ; nommé aussi « 1,2-dihydroxypropane » ou « méthyl glycol ») et la glycérine végétale (VG ; un liquide incolore et visqueux utilisé dans une multitude de compositions pharmaceutiques), en association avec de la nicotine.

D’entrée, précisons que la ligne directrice de l’étude insiste sur le fait que l'utilisation de la cigarette électronique, même quotidiennement, n’a pas aidé les fumeurs à ne pas fumer de produits du tabac avec succès.

En effet, les scientifiques expliquent que leurs résultats suggèrent que les personnes qui ont arrêté de fumer et sont passées aux cigarettes électroniques ou à d'autres produits du tabac ont en fait augmenté leur risque de rechute au tabac au cours de la prochaine année de « 8,5 points de pourcentage par rapport à celles qui ont cessé de consommer tous les produits du tabac ».

D’autre part, les auteurs indiquent que le fait d’arrêter de fumer est la chose la plus importante qu'un fumeur puisse faire pour améliorer sa santé. Cependant, les preuves indiquent que le passage aux cigarettes électroniques l'a rendu moins susceptible, et non plus susceptible, de ne pas fumer.

13604 fumeurs identifiés entre 2013 et 2015

Pour obtenir leurs résultats, les chercheurs ont utilisé les données d’une étude longitudinale américaine représentative à l'échelle nationale des États-Unis, intitulée The Population Assessment of Tobacco and Health (PATH). [13]

L'équipe de scientifiques a identifié 13604 fumeurs entre 2013 et 2015 qui ont été suivis au cours de deux enquêtes annuelles séquentielles pour explorer les changements dans l'utilisation de 12 produits du tabac.

« Au premier suivi annuel, 9,4 % de ces fumeurs établis avaient cessé de fumer. Considérés désormais comme « anciens fumeurs », 62,9 % de ces personnes sont restées sans tabac, tandis que 37,1 % sont passées à une autre forme de consommation de tabac. Parmi ces fumeurs récents qui sont passés à un autre produit, 22,8 % utilisaient des cigarettes électroniques, 17,6 % des fumeurs utilisant des cigarettes électroniques quotidiennement. »

« Les anciens fumeurs récents qui sont passés aux e-cigarettes étaient plus susceptibles d'être de race blanche non hispanique, d'avoir des revenus plus élevés, d'avoir des scores de dépendance au tabac plus élevés et de considérer les cigarettes électroniques comme moins nocives que les cigarettes traditionnelles. »

Enfin, l’objectif de cette étude était d'évaluer si les anciens fumeurs récents qui étaient passés à la cigarette électronique ou à un autre produit du tabac étaient moins susceptibles de retomber dans la cigarette par rapport à ceux qui sont restés sans tabac.

Lors du deuxième suivi annuel, les auteurs ont comparé les anciens fumeurs qui étaient sans tabac à ceux qui étaient passés à la cigarette électronique ou à d'autres produits du tabac. Les personnes qui sont passées à une autre forme de consommation de tabac, y compris les cigarettes électroniques, étaient plus susceptibles de rechuter que les anciens fumeurs qui avaient cessé de fumer. « Parmi les anciens fumeurs récents qui se sont abstenus de tous les produits du tabac, 50 % avaient cessé de fumer pendant 12 mois ou plus lors du deuxième suivi et étaient considérés comme ayant réussi à arrêter de fumer ; cela contre 41,5% des anciens fumeurs récents qui sont passés à toute autre forme de consommation de tabac, y compris les cigarettes électroniques. »

 

Jeune femme qui tient une e-cigarette dans la main

Vapoter peut augmenter les niveaux de stress oxydatif

Le risque que le tabac et les e-cigarettes peuvent présenter pour la santé des fumeurs réguliers commence à être bien documenté. Pour enrichir la littérature scientifique sur ce sujet de santé publique, une étude de l’UCLA (Université de Californie à Los Angeles, USA) publiée en août 2021 dans la revue JAMA Pediatrics illustre à quel point le vapotage peut rapidement affecter les cellules de jeunes non-fumeurs en bonne santé. [14]

En effet, les résultats montrent qu'une seule séance de vapotage d’une demi-heure peut augmenter considérablement le stress oxydatif cellulaire (agression des constituants de la cellule), qui se produit lorsque le corps présente un déséquilibre entre les radicaux libres. Les radicaux libres sont des molécules pouvant endommager les cellules et les antioxydants qui combattent les radicaux libres.

D’autre part, au fil du temps, ce déséquilibre peut jouer un rôle important dans l'apparition de certaines maladies (maladies cardiovasculaires, maladies pulmonaires, maladies neurologiques, cancer).

Les cigarettes électroniques sont des appareils qui libèrent de la nicotine avec des arômes et d'autres produits chimiques dans une vapeur plutôt que de la fumée. Actuellement, elles sont considérées par beaucoup comme une alternative plus sûre aux cigarettes ordinaires, mais les recherches démontrent de plus en plus que le vapotage est associé à un certain nombre de changements indésirables dans le corps - et qui peut présager de futurs problèmes de santé à moyen et long terme.

Dans l’objectif de réaliser cette étude, les auteurs ont invité 32 participants (féminins et masculins) âgés de 21 à 33 ans. Ces participants ont été divisés en trois groupes (11 non-fumeurs, 9 fumeurs réguliers de cigarettes, 12 fumeurs réguliers de cigarettes électroniques).

Ensuite, les chercheurs ont collecté des cellules immunitaires de chaque individu avant et après une séance de vapotage (vapeur dans les poumons) d'une demi-heure pour mesurer et comparer les changements du stress oxydatif entre les groupes.

Ils ont effectué le même processus lors d'une session de contrôle au cours de laquelle les participants ont passé 30 minutes à vapoter de manière fictive ou à souffler sur une paille vide.

Ainsi, ils ont découvert que chez les non-fumeurs, les niveaux de stress oxydatif étaient deux à quatre fois plus élevés après la session de vapotage qu’avant. La même exposition de 30 minutes n'a pas entraîné d'augmentation du stress oxydatif chez les fumeurs réguliers de cigarettes et de cigarettes électroniques, ont noté les chercheurs, très probablement parce que leurs niveaux de base de stress oxydatif étaient déjà élevés.

La gravité de l'effet d'une séance de vapotage chez les jeunes sujets

En conclusion, les scientifiques ont été surpris par la gravité de l'effet qu'une séance de vapotage peut avoir sur des jeunes en bonne santé. Cette brève session de vapotage n'était pas différente de ce qu'ils peuvent vivre lors d'une fête, par exemple, mais les effets ont été dramatiques.

Enfin, les résultats sont particulièrement troublants, car la popularité du vapotage continue d'augmenter, en particulier chez les adolescents et les jeunes adultes dans de nombreux pays, des États-Unis, en passant par la France, et jusqu’au Japon.

Bien qu’il reste encore beaucoup à comprendre sur les causes exactes des changements dans les niveaux de stress oxydatif, qu'il s'agisse des éléments nicotiniques ou non nicotiniques, dans les e-cigarettes et d'autres dispositifs comme l'IQOS (tabac chauffé par Philip Morris), selon les chercheurs, ces résultats montrent clairement et définitivement qu'il n'y a pas de niveau de vapotage sûr.

Le conseil à retenir, en priorité, et sans plus attendre de nouvelles études scientifiques - qui pourraient être manipulées par le lobby du tabac, notamment « très actif au sein de la Communauté Européenne » [15] - est de ne pas consommer de tabac (paquet de cigarettes, tabac à rouler, tabac à chiquer, tabac à priser, etc.) ni de e-cigarettes (e-liquide) ou de dispositifs de tabac chauffé (IQOS, Ploom,...).

Même si l’achat d'une cigarette électronique peut être très tentant, et totalement inoffensif en apparence, pour de nombreux profils de vapoteurs (vapoteurs débutants, occasionnels,…), la réalité semblerait moins rose que prévue.

La durée de vie du fumeur (quel que soit le nombre de cigarettes par jour) n’est finalement peut être pas beaucoup plus courte que celle du vapoteur avec ses « puffs » de vapeur (en inhalation directe ou indirecte).

Insistons sur le fait que la cigarette électronique n’est pas un gadget anodin, et se destine surtout à être une possible aide en période de sevrage tabagique. Cet objet, potentiellement à risques, ne doit pas être proposé ni laissée à la portée des jeunes enfants, des jeunes adolescents et des personnes fragiles. En effet, en plus des risques lors d'un usage de l'e-cigarette, les cas d’intoxication nicotinique grave (par une ingestion accidentelle d’e-liquide) sont une réalité, et les conséquences peuvent être dramatiques.

"Nécessité de s’attaquer aux menaces que représentent les nouveaux produits du tabac et à base de nicotine"

Dans un rapport publié en juillet 2021, l'OMS « présente de nouvelles données sur les inhalateurs électroniques de nicotine, tels que les cigarettes électroniques. L’industrie du tabac et les industries connexes qui fabriquent ces produits les commercialisent souvent auprès des enfants et des adolescents en ayant recours à des milliers de saveurs attrayantes et en invoquant des arguments fallacieux à leur sujet. »

« Or, l’OMS s’inquiète de constater que les enfants qui recourent à ces produits sont jusqu’à trois fois plus susceptibles de consommer des produits du tabac par la suite. L’Organisation recommande aux gouvernements de mettre en œuvre des règlements visant à empêcher les non-fumeurs de commencer à les utiliser, de contrer une nouvelle banalisation du tabagisme au sein de la population et de protéger les générations futures. [...] Les garde-fous permettant de se protéger de la prolifération anarchique des inhalateurs électroniques de nicotine font défaut dans 84 pays [...] ». [16]

Sources

  1. Tabac. OMS (Organisation Mondiale de la Santé). https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/tobacco
  2. Consommation de tabac parmi les adultes en 2020 : résultats du Baromètre de Santé publique France. 2021. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/tabac/documents/article/consommation-de-tabac-parmi-les-adultes-en-2020-resultats-du-barometre-de-sante-publique-france
  3. e-cigarette (inhalation device). Définition du Britannica en anglais. https://www.britannica.com/topic/e-cigarette
  4. Je choisis la vapoteuse. Tabac Info Service. 2020.  https://www.tabac-info-service.fr/j-arrete-de-fumer/je-choisis-la-vapoteuse
  5. Enfumage : Tabac chauffé : Philip Morris condamné pour avoir fait la pub d’un calumet électronique en France. Novembre 2021. https://www.liberation.fr/societe/sante/tabac-chauffe-philip-morris-condamne-pour-avoir-fait-la-pub-dun-calumet-electronique-en-france-20211203_OC2CX6HNLVA2TE2YSGWUSENKH4/ ; Cigarette électronique : Philip Morris France condamné à 75000 Euros d'amende pour publicité mensongère. OC avec AFP. Décembre 2021. https://www.bfmtv.com/economie/consommation/cigarette-electronique-philip-morris-france-condamne-a-75-000-euros-d-amende-pour-publicite-illegale_AD-202112030351.html
  6. Cannabidiol (CBD) le point sur la législation;. 2020.  https://www.drogues.gouv.fr/actualites/cannabidiol-cbd-point-legislation
  7. La cigarette électronique est-elle moins nocive que la cigarette classique ? 2019. https://culturesciences.chimie.ens.fr/thematiques/chimie-organique/methodes-et-outils/la-cigarette-electronique-est-elle-moins-nocive-que
  8. Public Health Consequences of E-Cigarettes, an expert committee of the National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine presents 47 conclusions related to outcomes of e-cigarettes. 2018. Document PDF. https://www.nap.edu/resource/24952/012318ecigaretteConclusionsbyEvidence.pdf
  9. Le marché de la cigarette électronique en 2021. Un marché mature et en pleine croissance. Octobre 2021. https://www.toute-la-franchise.com/vie-de-la-franchise-A32577-le-marche-de-la-cigarette-electronique-en-2021.html
  10. Stella Tommasi, Niccolo Pabustan, Meng Li, Yibu Chen, Kimberly D. Siegmund, Ahmad Besaratinia. A novel role for vaping in mitochondrial gene dysregulation and inflammation fundamental to disease development. Scientific Reports, 2021; 11 (1) DOI: 10.1038/s41598-021-01965-1
  11. John P. Pierce, Ruifeng Chen, Sheila Kealey, Eric C. Leas, Martha M. White, Matthew D. Stone, Sara B. McMenamin, Dennis R. Trinidad, David R. Strong, Tarik Benmarhnia, Karen Messer. Incidence of Cigarette Smoking Relapse Among Individuals Who Switched to e-Cigarettes or Other Tobacco Products. JAMA Network Open, Oct. 19, 2021; DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2021.28810
  12. Dispositif d’accompagnement à l’arrêt du tabac; https://solidarites-sante.gouv.fr/prevention-en-sante/addictions/article/dispositif-d-accompagnement-a-l-arret-du-tabac
  13. The Population Assessment of Tobacco and Health (PATH), https://pathstudyinfo.nih.gov/
  14. Theodoros Kelesidis, Elizabeth Tran, Randy Nguyen, Yuyan Zhang, Grace Sosa, Holly R. Middlekauff. Association of 1 Vaping Session With Cellular Oxidative Stress in Otherwise Healthy Young People With No History of Smoking or Vaping. JAMA Pediatrics, 2021; DOI: 10.1001/jamapediatrics.2021.2351
  15. Le lobby du tabac très actif au sein de la Commission Européenne. Génération sans tabac. Mars 2021. https://www.generationsanstabac.org/article/lobby-du-tabac-tres-actif-au-sein-de-la-commission-europeenne/
  16. L’OMS fait état de progrès dans la lutte contre l’épidémie de tabagisme. Juillet 2021. https://www.who.int/fr/news/item/27-07-2021-who-reports-progress-in-the-fight-against-tobacco-epidemic

Le guide des hôpitaux et cliniques de France.

Recherchez parmi les 1335 établissements