Jeûne pré-opératoire : règles de bonne conduite et recommandations

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Une opération chirurgicale est une situation à risques qui requiert la pleine collaboration entre le patient, les médecins anesthésistes-réanimateurs et les chirurgiens.

En dehors de la gestion des traitements en périopératoire, le médecin anesthésiste distribue toutes les informations relatives au bon déroulement d’une anesthésie et d’une opération lors de la consultation d’anesthésie.

Cette consultation obligatoire avant toute chirurgie, plusieurs jours avant l’opération, permet notamment au médecin anesthésiste-réanimateur d’informer le patient des modalités du jeûne pré-opératoire.

Patient en consultation pour un jeûne pré-opératoire

Définition et origine du jeûne pré-opératoire

Lors d’une intervention chirurgicale, la pratique d’une anesthésie générale provoque une perte de conscience, but recherché par l’administration des médicaments hypnotiques, mais entraine également en parallèle une perte de la protection des voies aériennes supérieures. Ce moment est critique, car il expose le patient au passage du contenu de l’estomac vers les voies aériennes supérieures et donc vers les poumons.

Appelé syndrome de Mendelson [1], cette complication de l’anesthésie générale ou d’un état de coma profond peut avoir des répercussions importantes comme une pneumopathie (pneumopathie d’inhalation) ou même un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA).

Des règles de jeûne pré-opératoire ont donc été émises pour diminuer le risque d’inhalation. A contrario, le maintien à jeun prolongé peut entrainer un inconfort patent et des atteintes organiques (insuffisance rénale aiguë fonctionnelle).

Dans nos structures hospitalières, il est fréquent que des patients hospitalisés pour une urgence relative (fracture du col du fémur par exemple) subissent des jeûnes prolongés pendant plusieurs jours en attente d’une prise en charge chirurgicale.

Afin de combattre ce fléau, les chirurgiens, anesthésistes, infirmiers et aides-soignants travaillent conjointement à optimiser au mieux la prise en charge des patients malgré des conditions souvent difficiles.

Pourquoi faut-il être à jeun même lors d’une anesthésie loco-régionale ?

L’anesthésie loco-régionale est de plus en plus fréquemment pratiquée au bloc opératoire car elle réduit les durées de séjour à l’hôpital [2], favorise les parcours de réhabilitation améliorée après chirurgie (RAAC), optimise la prise en charge de la douleur [3] et évite le plus souvent de réaliser une anesthésie générale.

Lors de la consultation d’anesthésie, les patients se voient donc expliquer les règles de jeûne alors que la technique anesthésique proposée est l’anesthésie loco-régionale. Ces informations sont indispensables et obligatoires devant la possibilité théorique d’échec ou de complications de l’anesthésie loco-régionale.

Bien que les données concernant la réussite de ces pratiques d’anesthésie loco-régionales soient extrêmement satisfaisantes, de rares cas d’échecs sont décrits dans la littérature scientifique avec une incidence globale estimée autour de 5% lors d’une anesthésie loco-régionale réalisée par un opérateur entrainé.

Les règles du jeûne pré-opératoire

Les règles du jeune pré opératoire sont consensuelles et font l’objet de recommandations par les sociétés savantes d’anesthésie et de réanimation (4).

Afin de minimiser le risque d’inhalation, il est donc recommandé de respecter un délai de 2 heures entre la prise de liquides clairs et le début de l’opération. Le terme « liquides clairs » comprend un liquide sans alcool, sans particule et sans protéine.

Typiquement nous pouvons citer l’eau, le thé, le café ou le jus de fruit sans pulpe (jus de pomme). Il est possible d’ajouter du sucre en petite quantité. Le risque d’inhalation augmente lorsque le repas est fait d’aliments solides.

Ainsi, après un repas, non riche, il est recommandé de maintenir un jeûne pré opératoire de 6 heures avant l’intervention. De manière schématique, pour un patient est opéré en ambulatoire d’un canal carpien à 9 heures le matin, il est proposé au patient de prendre son repas habituel la veille au soir puis de prendre un petit déjeuner liquide exclusivement entre 6 heures et 7 heures le matin de l’intervention.

Après un repas riche (viande, aliments frits,…), il est probablement nécessaire de prolonger le jeune jusqu’à 8 heures avant l’opération. Lors de la consultation pré anesthésie, il est du rôle du médecin anesthésiste d’insister sur la nécessité d’un arrêt du tabac en péri-opératoire pour diminuer le risque anesthésique et favoriser la cicatrisation.

En revanche, les recommandations actuelles ne préconisent pas de respecter un quelconque jeune concernant le fait de vapoter.

Le jeûne pré-opératoire chez l'enfant et la personne âgée

Le jeûne pré opératoire chez l’enfant est situation délicate à gérer. Par exemple, le délai entre deux tétées ou biberons chez un nourrisson n’excède rarement quelques heures.

Chez l’enfant, la consommation de liquide clair en petite quantité (eau) est tolérée jusqu’à 1 heure avant le début de l’opération. La consommation de lait maternel ou en poudre chez un bébé âgé de moins de 3 mois est tolérée jusqu’à 4 heures avant le début de l’intervention chirurgicale.

Lorsque l’enfant a plus de 3 mois, alors les recommandations suivent le modèle du patient adulte et il est recommandé de repousser le jeûne jusqu’à 6 heures après un biberon (lait maternisé) ou un repas composé d’aliments solides. Le lait est donc considéré comme un aliment solide.

Chez la personne âgée, le jeûne pré-opératoire respecte les recommandations habituelles de 2 heures pour des liquides clairs et de 6 heures avant l’intervention pour un repas léger.

Dans quels cas le jeûne pré-opératoire n’est pas validé ?

Dans certaines situations, le jeûne pré-opératoire est mis en défaut par une mauvaise vidange du tube digestif.

En sus du cas caricatural du syndrome occlusif, cette situation de ralentissement ou d’arrêt du transit gastrique peut se retrouver lors d’une douleur aiguë, d’un reflux gastro-œsophagien (RGO) marqué, d’une gastroparésie (dans le cadre d’un diabète évolué), d’un antécédent de chirurgie œsophagienne ou gastrique (notamment chirurgie bariatrique) ou d’une grossesse (à partir du 3e trimestre).

L’échographie gastrique réalisée avant l’anesthésie permet d’évaluer finement le contenu de l’estomac et donc d’estimer le risque d’inhalation.

Rappel sur le jeûne avant une opération : que se passe-t-il lorsque l’on n’est pas à jeun ?

Le jeûne pré opératoire est obligatoire lors d’une opération programmée. Un patient se présentant pour une opération sans avoir respecté le jeûne nécessaire sera reconvoqué ultérieurement pour une nouvelle intervention.

Dans le cas d’une urgence vitale, il est nécessaire de réaliser l’intervention sans attente du jeûne de 2 heures pour les liquides clairs et de 6 heures pour les solides. Dans ce cas présent, le risque d’une inhalation est inférieur au bénéfice de l’intervention chirurgicale.

Cette prise en charge impose donc une stratégie anesthésique différente avec des médicaments possédants un délai d’action plus rapide mais dotés d’un risque allergique supérieur. De plus, cette stratégie comporte une augmentation des risques d’intubation difficile et d’inhalation.


Le respect du jeûne pré-opératoire est un prérequis indispensable à toute intervention chirurgicale afin de diminuer le risque d’inhalation.

Bien que contraignante, la bonne compréhension des règles imposant un délai avant l’intervention chirurgicale de 6 heures pour un repas solide et de 2 heures pour un liquide clair permet de limiter la durée du jeûne, de le rendre plus confortable tout en assurant une sécurité maximale lors de l’intervention.

Sources 

  1. Auboyer C, Bouletreau P, Brinquin L, Lepape A, Motin J. [Mendelson’s syndrome]. Poumon Cœur. 1977;33(6):365‑73.
  2. Nishi T, Maeda T, Imatoh T, Babazono A. Comparison of regional with general anesthesia on mortality and perioperative length of stay in older patients after hip fracture surgery. Int J Qual Health Care. 30 nov 2019;31(9):669‑75. https://academic.oup.com/
  3. Häusler G, van der Vet PCR, Beeres FJP, Kaufman T, Kusen JQ, Poblete B. The impact of loco-regional anaesthesia on postoperative opioid use in elderly hip fracture patients: an observational study. Eur J Trauma Emerg Surg. août 2022;48(4):2943‑52. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
  4. Jeûne pré-opératoire - La SFAR [Internet]. Société Française d’Anesthésie et de Réanimation. [cité 5 sept 2022]. Disponible sur: https://sfar.org/

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