Tout savoir sur l'anesthésie : types, effets et risques

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« Anesthésie » est un terme provenant des racines grecques « an » (priver) et « aisthesis » (sensibilité). L’anesthésie permet la réalisation d’un acte chirurgical, médical ou obstétrical sans douleur. Elle peut être locale, loco-régionale ou générale selon le motif de l’opération ou de l’acte médical à réaliser.

Le médecin et poète américain Oliver Wendell Holmes (1809-1894), remarqué pour ses recherches et ses enseignements médicaux, a popularisé le mot « anesthésie » en l'utilisant pour décrire l'insensibilité, et plus particulièrement celle liée aux objets du toucher, telle que produite par l'éther diéthylique. Autrefois, le mot avait été utilisé pour décrire seulement tout manque de sensation, comme par exemple celui dû à un problème nerveux.

L'ère de l'anesthésie moderne date de la fin du XIXe siècle, par le développement de nouveaux médicaments ainsi que par la disponibilité de nouvelles techniques et équipements de surveillance des patients. L'anesthésie réussie et sans douleur pour la chirurgie a été démontrée pour la première fois en 1846 à Boston (États-Unis). Il s'agit d'une anesthésie à l'éther (éther diéthylique), réalisée par le dentiste et chirurgien américain Dr William T. G. Morton (1819-1868). Auparavant, les quelques opérations chirurgicales possibles étaient effectuées soit sans soulagement de la douleur, ou après une dose d'opium (psychotrope extrait de la plante Papaver somniferum) ou d'alcool. [1]

En effet, il y a eu de nombreuses tentatives au cours des siècles passés par les professionnels de santé pour soulager la douleur des patients. Notamment, les premiers exemples retrouvés dans l'histoire, parfois surprenants et inconcevables aujourd'hui, incluent la perte de conscience produite par des coups à la tête du patient, ou par la compression des artères carotides au niveau du cou. Au cours du Moyen Âge (Ve au XVe siècle), les médications élaborées comprenaient entre autres de l'alcool et divers extraits de plantes (racine de mandragore officinale, etc.). En Asie, et plus particulièrement en Chine, c'est l'opium qui fut largement utilisé lors des opérations chirurgicales, où la première injection intraveineuse d'opium a été réalisé au XVIIe siècle. Concernant le soulagement de la douleur, au niveau d'un bras ou d'une jambe d'un patient, il était obtenu en comprimant les nerfs de la partie supérieure du membre. Mais, il était également fait en appliquant de l'eau froide, de la glace ou de la neige selon les régions.

Lors des XVIIe et XIVe siècles, la médecine et les sciences ont été marquées par une forte progression des connaissances générales, une augmentation rapide des notions de physiologie. Ainsi, il a été possible d'accéder à une meilleure compréhension de l'utilisation de certaines familles de composés organiques et de certains gaz (oxyde nitreux, dioxyde de carbone, éther diéthylique, etc.), pour produire un soulagement de la douleur chez la plupart des patients. D'autre part, l'hypnotisme (hypnose) est devenu populaire comme moyen de soulagement de la douleur et de traitement médical à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle.

De la sorte, la fin du XXe siècle a vu des bonds importants dans tous les domaines de la médecine, avec des avancées majeures dans l'anesthésie, ce qui la rend désormais plus sûre, et plus adaptée à chaque patient, quel que soient leur sexe, leur âge et leur état de santé.

Chirurgien opérant un patient malade

Comment se passe une anesthésie générale ?

Parmi les techniques utilisées quotidiennement au bloc opératoire, l’anesthésie générale est la plus connue. L’objectif est d’atteindre un état comparable au sommeil. L’anesthésie générale est composée de 3 phases. La première phase dite d’induction correspond à l’injection de médicaments pour obtenir l’endormissement du patient. Il existe deux molécules indispensables que sont les hypnotiques provoquant le sommeil et les analgésiques le plus souvent dérivés des opioïdes.

Selon le type de chirurgie réalisé, il peut être indiqué d’injecter des curares qui permettent de paralyser transitoirement les muscles. Contrairement à de fausses croyances, l’induction de l’anesthésie générale dite au masque à base d’éther n’est maintenant réservée qu’aux enfants en bas âge. La deuxième phase de l’anesthésie générale correspond à l’entretien du sommeil.

Pour maintenir un état de sommeil compatible avec une opération chirurgicale, des médicaments hypnotiques sont administrés au patient en continu de manière intraveineuse ou par inhalation de gaz.

La dernière phase d’une anesthésie générale correspond au réveil du patient à l’arrêt des médicaments hypnotiques.

Le réveil s’effectue le plus souvent en salle d’opération ou plus rarement en salle de réveil appelée aussi salle de surveillance post interventionnelle.

Combien de temps pour se réveiller d'une anesthésie générale ?

Le délai pour un réveil d’une anesthésie générale dépend de plusieurs facteurs. Les médicaments utilisés pour induire l’hypnose et les produits analgésiques ont des biodisponibilités et des éliminations différentes selon la molécule utilisée.

De plus, les caractéristiques propres du patient (insuffisance rénale, obésité,…) peuvent modifier l’absorption et l’élimination des médicaments.

Ainsi plus une chirurgie est longue, plus la dose de médicament hypnotique ou analgésique administrée est élevée, plus il existe un risque de réveil retardé.

Habituellement, un réveil s’effectue entre quelques minutes et plusieurs dizaines de minutes après l’arrêt des sédations.

En salle de réveil, le patient bénéficie d’une surveillance accrue avant de rejoindre son service s’il est hospitalisé ou son domicile si la chirurgie est ambulatoire.

Pourquoi intuber lors de l'anesthésie générale ?

Une intubation dite oro-trachéale consiste à positionner une sonde (tube) dans la trachée du patient avec l’aide d’un laryngoscope.

La figure 1 ci-dessous permet une représentation de cette procédure.

 

Intubation d'un patient
Figure 1. Source : BMJ [2]

 

L’objectif de positionner ce type de dispositif est double. D’une part, la sonde d’intubation permet la sécurisation des voies aériennes supérieures en empêchant le phénomène d’inhalation du contenu gastrique dans les poumons.

D’autre part, elle permet l’administration d’oxygène pendant toute la durée de l’intervention. L’oxygène est apporté par un respirateur qui délivre un certain volume (6 à 8ml/kg) à une fréquence déterminée. La mise en place de ce type de dispositif est indispensable lors d’une chirurgie en urgence, lorsque le jeûne de 6 heures demandé n’a pas été respecté ou lorsqu’il existe un facteur de risque d’inhalation (reflux gastro-œsophagien sévère, chirurgie par cœlioscopie).

Afin de faciliter l’introduction de la sonde, l’injection de curare (substance extraite de certaines lianes d'Amazonie) est recommandée. Dans de nombreux cas, la sonde d’intubation peut être remplacée par un dispositif supra-glottique (figure 2) appelé aussi masque laryngé moins traumatisant, très efficace mais qui procure une sécurisation imparfaite des voies aériennes supérieures. Les techniques utilisées sont renseignées dans la feuille d’anesthésie, puis incorporées dans le dossier médical du patient.

 

Sonde intubation en anesthésie
Figure 2. Source : site web intersurgical [3]

Anesthésie locale : c'est quoi ?

L’anesthésie locale consiste à injecter ou apposer un produit anesthésiant sur une petite surface corporelle. Par exemple, avant de réaliser une suture d’une plaie de l’arcade sourcilière, le médecin doit auparavant réaliser une anesthésie locale (le plus souvent en utilisant de la xylocaïne).

L’anesthésie locale est aussi utilisée lors des soins dentaires ou pour des interventions de chirurgie micro-invasive (chirurgies mini-invasive) comme l’opération de la cataracte en chirurgie ophtalmologique.

A tort, l’anesthésie locale est souvent confondue avec l’anesthésie loco-régionale. Elle consiste à n’endormir que la partie du corps intéressée par la chirurgie. Le patient restera conscient pendant toute la durée de la chirurgie mais ne présentera aucune douleur.

A titre d’exemple, nous pouvons citer les anesthésies péridurales qui permettent aux femmes d’accoucher confortablement et en toute sécurité, mais également de soulager les douleurs post opératoires de chirurgie lourde (thoracique ou digestive). Plus qu’une réelle anesthésie, la péridurale apporte une analgésie (diminution de la douleur en préservant au maximum les fonctions motrices).

A contrario, l’anesthésie rachidienne ou rachianesthésie est une technique qui consiste à administrer un produit anesthésique dans le liquide céphalo-rachidien lors d’une ponction au niveau de la colonne vertébrale. La rachianesthésie entraine une paralysie des membres inférieurs pouvant remonter jusqu’à l’abdomen.

Les « blocs » réalisés sous échographie consistent à anesthésier un ou plusieurs nerfs par l’injection d’un produit anesthésique proche des nerfs. Par exemple, le bloc axillaire permettant l’anesthésie du coude jusqu’au bout des doigts est largement utilisé pour les fractures, plaies, panaris ou autres phlegmons. Les « blocs » peuvent intéresser les nerfs des membres supérieurs ou inférieurs, du tronc et même de la face. Souvent, des paresthésies à type de fourmillements sont décrits par les patients et peuvent mimer des sensations douloureuses. Afin de prévenir ce risque, l’information au préalable du patient est indispensable.

Types d'anesthésies et risques : quels sont les risques d’une anesthésie générale ou locale ?

Anesthésie loco-régionale, dentaire, péridurale,...

L’anesthésie est l’une des disciplines médicales ayant fait le plus de progrès au cours des trois dernières décennies si bien que les complications graves sont devenues rares.

Médecins anesthésistes-réanimateurs, infirmier-anesthésistes,... : des équipes au service des patients au long cours de la prise en charge (RDV de consultation,...)

Les équipes d’anesthésistes et d’infirmiers-anesthésistes travaillent conjointement pour diminuer au maximum ce risque. Les complications imprévisibles de type arrêt cardiaque ou allergie grave (les curares sont principalement incriminés) sont exceptionnelles.

Les complications les plus fréquentes retrouvées lors d’une anesthésie générale sont les nausées et vomissements, les maux de gorge secondaire à la mise en place des dispositifs de ventilation, les bris dentaires et les compressions cutanées ou nerveuses lors d’interventions prolongées.

Dans de rares cas, des effets indésirables de type "baisse des facultés cognitives" en post opératoire immédiat sont décrits. Concernant l’anesthésie loco-régionale, les complications là aussi sont rares. Le risque d’intoxication aux anesthésiques locaux (passage d’un anesthésique dans la circulation sanguine) a été largement diminué par l’utilisation de l’échographie. Une intoxication peut survenir lorsque les doses d’anesthésiques locaux administrées sont trop élevées.

La figure 3 représente un bloc supra claviculaire avec la proximité des vaisseaux pouvant amener à un passage intravasculaire des anesthésiques locaux.

 

Échographie : Pointe de l’aiguille placée entre l’artère sous-clavière
Figure 3. Région sous claviculaire visualisée en échographie Source : [4]

 

Quelle anesthésie pour une biopsie de la prostate ?

La biopsie prostatique est un examen réalisé dans le cadre du diagnostic de cancer de la prostate.

Le prélèvement de tissu prostatique s’effectue grâce à une aiguille par abord transrectal le plus souvent au cabinet du médecin urologue. L’acte est peu douloureux et ne nécessite pas d’anesthésie.

D’autres techniques ont été récemment publiées. De ce fait, certaines équipes proposent des ponctions biopsiques prostatique par abord trans périnéal sous anesthésie locale lorsqu’elle est réalisée au cabinet du chirurgien ou sous anesthésie générale lorsqu’elle est pratiquée au bloc opératoire.

Quelle type d'anesthésie pour une coloscopie ?

La coloscopie est l’acte médico-chirurgical le plus fréquemment réalisé au bloc opératoire en France avec plus de 800 000 interventions en 2016 [5]. Elle peut être indiquée pour le dépistage ou le suivi des cancers colorectaux mais aussi des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI).

Bien que pratiquée dans de nombreux pays sans anesthésie, en France la coloscopie est effectuée le plus souvent sous sédation simple. Une sédation permet une perte de conscience et de sensibilité avec préservation de la respiration du patient.

Ainsi, habituellement il n’est pas nécessaire de mettre en place un dispositif de ventilation (sonde d’intubation oro-trachéale ou masque laryngé) si les consignes de jeûne sont bien respectées.

Quelle anesthésie pour une arthroscopie du genou ?


L’arthroscopie du genou est une opération fréquente qui consiste à explorer puis traiter des pathologies du genou comme des ruptures des ligaments, des atteintes méniscales ou cartilagineuses. Pour réaliser cet examen douloureux, l’anesthésie est indispensable. Elle peut être générale et/ou loco-régionale.

Pendant la durée opératoire, le patient peut être sédaté sous anesthésie générale ou opéré sous anesthésie rachidienne. Les arthroscopies sont des opérations le plus souvent courtes mais douloureuses. La douleur provoquée par l’injection de liquide dans la capsule articulaire non extensible persiste après l’opération.

En plus des traitements analgésiques habituellement prescrits, il est recommandé d’adjoindre un « bloc du canal des adducteurs ». Ce bloc permet d’insensibiliser toute la face antérieure du genou pour une durée prolongée (jusqu’à 24 heures) grâce à une piqure dans la cuisse proche du nerf saphène. Ce type de bloc est communément réalisé avant l’intervention dans une salle de réveil ou une salle spécifique dite d’induction.

L’anesthésiologie est une discipline vaste qui s’intéresse à toute la médecine péri-opératoire. Générale, locale ou loco-régionale l’anesthésie est un prérequis indispensable à toute opération. Afin de minimiser les risques, le respect des consignes de jeûne (6 heures avant l’anesthésie pour les aliments solides et 2 heures avant pour les liquides clairs) et des recommandations préconisées par le médecin anesthésiste-réanimateur sont indispensables.

Sources

  1. Medical Milestones : Discovery of Anesthesia & Timeline. Scott Harrah, 2015. https://www.umhs-sk.org/
  2. Gwinnutt CL. Should we intubate patients during cardiopulmonary resuscitation? BMJ. 18 avril 2017;357:j1772.
  3. A propos de l’i-gel [Internet]. [cité 1 juillet 2022]. Disponible sur : https://fr.intersurgical.com/
  4. Kusre S, McEwen A, Matthew G. Bloc écho-guidé du plexus brachial supra-claviculaire. 2018;9. https://resources.wfsahq.org/
  5. État des lieux de la gastro-entérologie en France. Rapport synthétique (PDF). [Internet]. [cité 6 juillet 2022]. Disponible sur: https://www.cnp-hge.fr/

Le guide des hôpitaux et cliniques de France.

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