Ostéopathie : définition et interview de Jean-Pierre Marguaritte, kinésithérapeute-ostéopathe

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L’ostéopathie (formé à partir d’ostéo‑ et de ‑pathie, tiré du grec ostéon « os », et pathos, « ce qu’on éprouve ») fut créée aux États-Unis à la fin du XIXe siècle par le médecin Andrew Taylor Still (1828-1917) et fait son apparition en France dans les années 1960. Médecine non conventionnelle, l'ostéopathie fonde son traitement sur le lien étroit entre la structure du corps humain et ses fonctions.

Par conséquent, le bien-être d'une personne est défini par l'harmonie entre ses systèmes neurologiques, viscéraux et musculo-squelettiques. L'ostéopathie est une démarche thérapeutique avec une approche holistique du patient. [1]

Personne en séance d'ostéopathie

Quelle est la définition de l'ostéopathie ?

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) donne la définition suivante de l'ostéopathie :

« L’ostéopathie (également dénommée médecine ostéopathique) repose sur l’utilisation du contact manuel pour le diagnostic et le traitement. Elle prend en compte les relations entre le corps, l’esprit, la raison, la santé et la maladie. Elle place l’accent sur l’intégrité structurelle et fonctionnelle du corps et la tendance intrinsèque de l’organisme à s’auto-guérir.

Les ostéopathes utilisent une grande variété de techniques thérapeutiques manuelles pour améliorer les fonctions physiologiques et/ou soutenir l’homéostasie altérées par des dysfonctions somatiques (les structures du corps), c’est à dire une altération ou une dégradation de la fonction des composantes concernées du système somatique : les structures squelettiques, articulaires, et myofasciales, ainsi que les éléments vasculaires, lymphatiques et neurologiques corrélés.

Les ostéopathes utilisent leur connaissance des relations entre la structure et la fonction pour optimiser les capacités du corps à s’auto-réguler et à s’auto-guérir. Cette approche holistique de la prise en charge du patient est fondée sur le concept que l’être humain constitue une unité fonctionnelle dynamique, dans laquelle toutes les parties sont reliées entre elles. » [2]

Les études scientifiques reconnues en ostéopathie

De plus en plus d'études scientifiques sont réalisées pour vérifier l'efficacité de l'ostéopathie.

En 2012, l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) publie un rapport à la demande du ministère de la santé nommé "évaluation de l'efficacité de la pratique de l'ostéopathie".

Dans cette analyse et quoique les études soient hétérogènes, les effets bénéfiques de l'ostéopathie sont encourageants dans le cadre de douleurs vertébrales, sans supériorité prouvée par rapport aux alternatives des traitements classiques (médicaments, chirurgie,...).

Concernant d'autres indications potentielles, il est noté que l'on ne peut conclure à une efficacité probante de l'ostéopathie.

De plus, il est précisé que "des événements indésirables rares mais graves peuvent survenir lors de manipulations des vertèbres cervicales." [3]

Pourquoi aller voir un ostéopathe ?

L'ostéopathe répond a une demande croissante de la population.

Le professionnel traite le patient avec une vision globale et travaille sur les différents systèmes :

  • le système musculo-squelettique : douleurs aigües ou chroniques des régions autour de la colonne vertébrale, du genou, de la cheville, la lombalgie, etc.,
  • le système nerveux : troubles du sommeil, de l'attention, maux de tête, vertiges, etc.,
  • le système digestif : constipation, diarrhées, ballonnements, etc.,
  • le système génito-urinaire : douleurs pelviennes,
  • le système ORL (oto-rhino-laryngologique) : rhinites, rhinopharyngite, sinusites,
  • le système vasculaire : troubles circulatoires, syndrome des jambes sans repos, etc. [2]
Massage du poignet par un ostéopathe

Comment se déroule une séance d'ostéopathie ?

Quel est son prix ?

Lors d'un rendez-vous pour une séance d'ostéopathie, l'ostéopathe commence par un interrogatoire avec son patient, puis, il procède à des tests, suivi du traitement et enfin la vérification et les conseils au patient.

En France, le prix d'une séance est compris en moyenne entre 50 et 60 euros pouvant aller jusqu'à 85 euros ou plus selon le temps passé et le mode de pratique. Les séances à domicile ou les week-ends sont majorés.

Quel remboursement santé pour des séances d'ostéopathie ?

Le prix d'une séance d'ostéopathie est entièrement à la charge du patient.

Cependant, aujourd'hui, de nombreuses mutuelles de santé remboursent en partie pour certaines ou entièrement (avec un nombre de séances limitées par an) les séances d'ostéopathie.

Quelle formation faut-il suivre pour être ostéopathe ?

Les étudiants entrant à l'école d'ostéopathie peuvent être diplômés en médecine ou en masso-kinésithérapie ou choisir cette voie directement après un baccalauréat général.

Suite à de nombreuses dérives sur la formation des ostéopathes, l'arrêté du 29 septembre 2014 a permis d'encadrer la formation en ostéopathie.

À la suite de l'avis de la commission consultative nationale d’agrément (CCNA), les établissements agréés pour dispenser la formation en ostéopathie devront enseigner 4 860 heures de cours aux étudiants sur 5 ans et ces enseignements seront répartis en 7 grands domaines.

À la rentrée de septembre 2021, 31 écoles ont été agréées dont 9 à titre provisoire. [4] En réponse à ces études reconnues par le Gouvernement, l'étudiant obtient un titre d'ostéopathe grâce à un diplôme d'ostéopathe.

C'est quoi la différence entre un kiné et un ostéopathe ?

Cette question est redondante et appelle à quelques éclaircissements. La première différence est administrative.

Un kinésithérapeute travaille sur prescription médicale et ses soins sont pris en charge par la sécurité sociale au contraire de l'ostéopathie qui est à la charge exclusive du patient (de nombreuses mutuelles remboursent les soins).

Ensuite, les différences se font dans l'approche du patient et de la pathologie. Le kinésithérapeute a une approche fonctionnelle (troubles de l'appareil locomoteur, problèmes musculaires et articulaires, les suites d'un accident, problèmes respiratoires) et c'est un professionnel de la rééducation, il donne des conseils d'hygiène de vie et collabore sur plusieurs séances avec son patient.

De plus, il peut choisir de se former en Thérapie Manuelle Orthopédique afin d'améliorer sa prise en charge et qu'elle soit plus globale. L'ostéopathie s'occupe de l'état général et de prévenir la survenue d'autres complications. Elle prend en compte la notion d'organes et a une approche plus globale avec la prise en charge de l'anxiété, du stress, des troubles du sommeil par exemple.

Qu'est-ce qu'un ostéopathe animalier ?

A l'image de l'ostéopathie pour humains, les animaux ont eux aussi besoin de profiter des effets bénéfiques de cette discipline.

L'ostéopathe animalier permet d'améliorer les dysfonctionnements physiologiques et musculaires des animaux. Ils interviennent souvent sur les chevaux, les chiens et les chats mais peuvent être amenés à s'occuper des bovins ou des poules.

Les études sont elles aussi de 5 ans suivies d'un examen encadré par l'ordre des vétérinaires et octroyant l'autorisation d'exercice.

Le mot du professionnel : interview de Jean-Pierre Marguaritte

Interview de Jean-Pierre Marguaritte, kinesithérapeute-ostéopathe et membre du comité scientifique de la plateforme Le Guide Santé.

Jean-Pierre Marguaritte est également président de l'association Europromostéo, expert pour la Cour d’Appel de Versailles, et membre de la Commission ostéopathie de l'AFNOR (Association française de normalisation).

 

Interview de Jean-Pierre Marguaritte : ostéopathe

 

Comment devenir ostéopathe ?

Le titre d’ostéopathe est accessible à tous les professionnels de santé, médecin kinésithérapeute, sage-femme… au terme d’un cursus complémentaire variable en fonction du programme et du nombre d’heures de formation. Il peut également être accessible après une formation de 5 années minimums dans des écoles privées ayant reçu un agrément délivré par la DGOS après validation par la Commission Consultative Nationale d’Agrément constituée de représentants de professionnels ostéopathes professionnels de santé et non professionnels de santé. Contrairement aux professionnels de santé ostéopathes qui figurent dans le code de la santé publique, les ostéopathes qui ont suivi une formation dans les écoles privées ne sont pas considérés comme des professionnels de santé.

Mon conseil avant de s’engager sur une formation à la pratique de l’ostéopathie, serait en premier d’inviter le futur étudiant à observer un ostéopathe pendant qu’il traite un patient ou bien avoir l’occasion de se faire soigner lui-même. Le mode de raisonnement ostéopathique est particulier.

L’ostéopathe a un contact manuel direct avec la peau de ses patients avec lequel il doit être à l’aise. D’autre part, son esprit doit être ouvert à une approche logique et systémique dans le but de recherche la cause du trouble et non pas se limiter à une approche symptomatique qui se concrétise par de simples manipulations articulaires non conforme aux principes fondamentaux.

Dirigeant un organisme de formation professionnelle continue, j’ai pu constater que les ostéopathes femmes abandonnent souvent les techniques structurelles plus fatigantes ce qui peut, outre l’approche intellectuelle qui est différente, orienter le choix de l’établissement de formation.

Enfin, je conseillerai avant faire le choix d’une école dont l’accès est coûteux, de se renseigner sur l’expérience des enseignants en prenant contact avec des anciens élèves, sur le nombre d’heures de clinique et le nombre d’étudiants participants, et si possible, sur leur activité dans les premières années d’installation.

Qu'avez-vous trouvé dans la pratique de l'ostéopathie qui vous a manqué dans la kinésithérapie ?

La manque d’efficacité dans le traitement des pathologies fonctionnelles chroniques qui représente la grande majorité des demandes de consultations, la répétition des séances de rééducation qui s’échelonnent parfois sur plusieurs mois, de ne pas disposer des connaissances suffisantes pour comprendre la cause des échecs, mais aussi l’absence d’indépendance, les actes de kinésithérapie étant prescrit par le médecin.

Quels sont les principes fondamentaux de l'ostéopathie selon vous ?

Les principes fondamentaux de l’ostéopathie ont été clairement définis par son fondateur ainsi :

1. L’Être Humain est un tout.

En conséquence de quoi, la pratique de l’ostéopathie est basée sur la systémique considérant que les parties du corps sont en relation réciproque. Il prend en compte les interactions entre les différents systèmes du corps en intégrant les liens qui existent entre la structure, l’organique et le métabolique. L’anamnèse, conduite à partir de l’historique du patient, inclut les facteurs épi-génétiques et acquis, qu’ils soient d’ordre physiologique, traumatique ou émotionnel.

2. La mobilité de la structure gouverne sa fonction.

Toutes les structures du corps sont en mouvement permanent. L’ostéopathe apprécie le manque de mobilité d’une structure corporelle et sa relation avec la dégradation de sa fonction. Par exemple, si la mobilité d’un rein est modifiée, la filtration du sang ne se fera pas correctement. Son travail consistera à relancer le mouvement du rein pour que celui-ci puisse fonctionner correctement et pour cela, il doit prendre en compte l’acidose corporelle dont la source peut être hépatique et/ou nutritionnelle.

La formulation de ce principe fait encore l'objet d’une interprétation ambigüe qui a conduit les ostéopathes à accorder à la structure plus d’attention que nécessaire. Le terme « gouverner » devant être entendu comme « orienter » et non pas comme l’application d’une force qui se traduit par des manipulations articulaires.

La véritable interprétation de ce principe conduit à considérer les lésions et les douleurs tendino-musculo-squelettiques d’origine non traumatique, comme des indicateurs de l’existence d’un trouble fonctionnel souvent à bas bruit.

3. L’ostéopathie stimule les mécanismes d’auto-régulation.

L’être humain est conçu pour être en bonne santé et le rester, c’est pourquoi le corps possède les moyens nécessaires pour lutter contre les maladies : c’est ce que l’on appelle les mécanismes d’auto-régulation. L’ostéopathie s'est inspirée de la pensée évolutionniste de Hubert Spencer (1820-1903) « L’individu est un tout concret possédant une structure qui lui permet, lorsqu’il se trouve dans les conditions convenables, d’accommoder constamment ses relations internes et externes, de manière à conserver l’équilibre de ses fonctions ».

Pour l’ostéopathe, le manque de mobilité d’une partie du corps empêche ces mécanismes de s’exprimer. C’est en relançant le mouvement en agissant sur la structure qu’il stimule les processus d’auto-régulation à partir de deux principes, la mécanique des forces et la dynamique des fluides, considérant le corps humain comme une mécanique. Cette machine est constituée à partir d’un squelette supporté par des muscles et des ligaments qui obéit à des lois mécaniques et par conséquent sujet à des forces de tension et de contrainte.

4.  La règle de l’artère est absolue.

Pour A. Taylor Still, les fonctions correctes des systèmes nerveux et circulatoires sont d’une importance primordiale pour la santé et la maladie. Ainsi, en levant les tensions et les contraintes mécaniques, l’ostéopathe libère les voies de passages sanguines mais aussi nerveuses. Les tensions musculaires étant à l’origine des contraintes squelettiques à l’origine des compressions vasculaires et nerveuses ne pouvant être levées qu’en rétablissant un flux artériel correct. Les zones de compressons vasculaires majeures se situent au niveau des gros troncs artériels ce qui impose une attention particulière au couple foie-diaphragme et au bon fonctionnement des viscères abdominaux. Raison pour laquelle les notions de diététique faisaient initialement partie intégrante de l’enseignement

Malheureusement, si ce dernier principe est évoqué lors des enseignements, il n’est pas développé alors que son application me paraît essentielle pour traiter avec efficacité et sur le long terme les troubles fonctionnels chroniques et récidivants.

Quel est le rôle de l'ostéopathe ?

Son rôle est essentiellement préventif. En traitant les nombreux troubles fonctionnels y compris chroniques, elle évite leur évolution vers les pathologies métaboliques et invalidantes. Ses indications sont les « pathologies dites légères » qui touchent les personnes dont l’état se situe entre la santé et la maladie. On peut considérer qu’elle comble en partie le décalage existant entre les besoins d’une grande partie de la population et le service de santé rendu car elle s’intéresse à la cause et pas seulement à ses effets. L’ostéopathe n’est pas médecin et le médecin n’est pas un ostéopathe. Si les matières fondamentales enseignées sont communes, leur mode de diagnostic est différent du fait même que le patient n’est pas malade au sens médical du terme.

Outre le fait de pouvoir obtenir un soulagement immédiat, son rôle est de déclencher une prise de conscience de l’impact de son mode vie sur le trouble qui a motivé sa consultation, condition indispensable pour un changement de comportement. Pour cela, l’ostéopathe dispose d’un raisonnement simple, logique et rationnel qui permet d’expliquer par exemple le lien entre une douleur sacro-iliaque gauche et une colopathie fonctionnelle.

Quelles maladies soignez-vous dans votre activité d'ostéopathe ?

L’ostéopathie traite avec efficacité les troubles fonctionnels essentiellement liés aux modes de vie, qu’il soit d’ordre squelettique, digestif, métabolique, circulatoire, respiratoire, gynécologique, neurologique, etc. Par voie de conséquence, la normalisation des fonctions notamment digestives, métaboliques et endocriniennes, favorise les troubles de l’humeur et le sommeil. Elle facilite également les abords chirurgicaux, prévient des risques d’algoneurodystrophie et facilite la rééducation fonctionnelle post-traumatique.

Quels sont les effets bénéfiques de l'ostéopathie pour les bébés ?

En premier lieu, les troubles digestifs qui conditionnent les troubles du sommeil et du comportement, les troubles de la sphère ORL, mais aussi les séquelles de l’accouchement comme les torticolis congénitaux, les plagiocéphalies.

 

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Sources

  1. Histoire de l'ostéopathie. https://www.osteopathie.org/
  2. L’ostéopathie, définition selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). https://www.osteopathe-syndicat.fr/
  3. Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'ostéopathie - 2012. https://www.inserm.fr/
  4. Ostéopathie: le point sur la formation. https://solidarites-sante.gouv.fr/
  • Crédits photos d'entête et corps : ©Ryutaro Tsukata pexels.com

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