Bientraitance des personnes âgées :

où en est-on ?

Depuis plusieurs années, la bientraitance des séniors en EHPAD ou à l’hôpital fait partie des priorités nationales. Des lois, des labels et des chartes sont crés, des formations sont proposées aux soignants et autres personnels des lieux de vie médicalisés des personnes âgées. De là est né le concept d'humanitude dans les années 1980 sous la plume d'un écrivain suisse puis d'Albert Jacquard, célèbre scientifique humaniste.

L'humanitude en philosophie

Le mot humanitude né d'un constat : les êtres humains sont souvent violents entre eux, qu'il s'agisse de violence verbale ou physique. Pourtant, la violence est délétère pour chacun d'entre-nous. Si notre espèce a réussi à subsister des millions d'années, c'est que nous avons tout de même les ressources nécessaires pour vivre en communauté, s'entraider, s'échanger de bon procédés.

L'humanitude, c'est donc chercher à développer toujours plus ces bons côtés de notre espèce. Développer notre bienveillance et notre altruisme, pour mieux vivre ensemble. Et cela se fait d'ailleurs au fil des siècles, puisque les historiens constatent qu'à l'échelle de l'humanité, l'être humain d'aujourd'hui est bien moins violent que ses ancètres.

L'humanitude en santé

Depuis l'année 1998, l'Humanitude® est une marque déposée. Elle est le fruit des recherches de deux professeurs d'éducation physique et sportive, Rosette Marescotti et Yves Gineste. Elle désigne une approche du soin basée sur le respect maximal de la dignité des personnes, et l'entretien d'un équilibre le plus horizontal possible entre les personnes soignées et les soignants, quelque soit bien sûr l'âge, le sexe, l'origine sociale, etc. Elle s'oppose à la maltraitance. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit la maltraitance des personnes âgées comme « un acte unique ou répété, ou l'absence d'intervention appropriée, dans le cadre d'une relation censée être une relation de confiance, qui entraîne des blessures ou une détresse morale pour la personne âgée qui en est victime ».

Ainsi, de plus en plus de professionnels de santé et du soin se sont formés à des méthodes d'accompagnement de la personne centrées sur le concept d'humanitude et aux pratiques de bientraitance. Infirmières, aide-soignantes, auxiliaires de vie, kinésithérapeute, médecins... tous ces professionnels ont ensuite à cœur de mettre en place dans leur établissement de santé les techniques de soin acquises. Mais c'est surtout un état d'esprit qui se transmet avec l'humanitude : chercher le meilleur en chaque individu, même chez les personnes les moins à mêmes de communiquer.

L'association ASSHUMEVIE (ASSociation HUManitude Evaluation et milieu de VIE) créée en 2010  est une une association de professionnels de la gérontologie expérimentés dans les pratiques de bientraitance grâce à la philosophie de soins en Humanitude. Elle propose d'accompagner les professionnels dans la mise en oeuvre de la démarche Humanitude pouvant aller jusqu'à l'obtention du label Bientraitance®.

Définition de la Bientraitance

La Haute Autorité de Santé (HAS) définit la Bientraitance comme "une démarche globale dans la prise en charge du patient, de l’usager et de l’accueil de l’entourage visant à promouvoir le respect des droits et libertés du patient, de l’usager, son écoute et ses besoins, tout en prévenant la maltraitance." L’ANESM (Agence National de l’évaluation et de la qualité des Etablissement et Services sociaux et Médico-sociaux) donne une définition de la bientraitance en établissement comme « une démarche collective pour identifier l’accompagnement le meilleur possible pour l’usager, dans le respect de ses choix et dans l’adaptation la plus juste à ses besoins ». 

Loi sur la Bientraitance

Le cadre juridique est basé sur :

- L'article 2 de la loi du 2 janvier 2002 rénovant l'action sociale et médico-sociale promeut l'autonomie, les droits et la protection des personnes.

- Le droit à la bientraitance (droits et libertés) s'inscrit dans la loi d’Adaptation de la Société au Vieillissement (ASV – Loi n° 2015-1776 du 28.12.2015).

Formation bientraitance des personnes agées

Tous les professionnels exerçant au contact avec des seniors ont en principe été formés par des cours à la bientraitance. Cette formation permet d’identifier les situations à risques, prévenir les maltraitances et enseigne les techniques d’accompagnement. Elle doit aussi prévoir de développer les différentes formes de maltraitance existantes : physique, psychologique et financière.

De la maltraitance à la bientraitance des personnes âgées

Selon l’OMS, « La maltraitance des personnes âgées consiste en un acte unique ou répété, ou en l'absence d'intervention appropriée, dans le cadre d'une relation censée être une relation de confiance, qui entraîne des blessures ou une détresse morale pour la personne âgée qui en est victime. » Le risque de maltraitance concerne principalement les personnes âgées de plus de 80 ans avec des situations de maltraitance documentées dans plus de 4 200 cas et commises dans des établissements dans 27% des cas selon les données 2019 du Ministère des Solidarités et de la Santé.

Les maltraitances signalées sont le plus souvent multiples et cumulées : maltraitances psychologiques (61%), négligences involontaires (27%), maltraitances physiques (26%), financières (25%).

Encore trop peu d'EHPAD ont obtenu le label Bientraitance® sur la base de 300 critères, label qui fort heureusement rencontre un succès en augmentation constante.

La Bientraitance en EHPAD

L'objectif principal de la bientraitance est de lutter contre le risque de maltraitance en EHPAD et dans les services d'aide à domicile.

La mise en œuvre des pratiques de bientraitance fait l'objet d'une concertation avec le Conseil de la Vie sociale (CVS), composé de deux représentants des résidents, un des familles, un du personnel et un de l'organisme gestionnaire de l'Ehpad.

L'humanitude au quotidien

De nos jours, même sans être spécifiquement formés, de nombreux professionnels et aidants souhaitent apporter plus de douceur et de joie de vivre dans les EHPAD et hôpitaux et ainsi améliorer la qualité de vie des résidants. Cela passe souvent par la sollicitation de plus de moyens humains, afin de pouvoir prendre le temps.

Appliquer l'humanitude au quotidien, c'est notamment : 

- prendre le temps de solliciter l'autonomie des personnes âgées, même si cela prend plus de temps, et même si elle est minime ; 

- prêter une attention toute particulière à la communication non verbale (regard, toucher, posture) ; 

- reconnaître et accepter ses erreurs et ses échecs, pour mieux avancer.

Maladies d'Alzheimer et autres démences : leurs conséquences

L'humanitude est particulièrement sollicitée avec les personnes, souvent âgées, atteintes de la maladie d'Alzheimer ou d'autres démences. Au fur et à mesure que la maladie s'installe, les personnes âgées sont atteintes des problèmes suivants : 

- une diminution des capacités à la marche et lors des autres activités motrices ; 

- une perte d'autonomie, y compris pour les gestes simples comme se laver les dents, manger ; 

- une mémoire défaillante, surtout pour les événements récents ; 

- des difficultés à se concentrer, à s'exprimer, à porter son attention sur quelque chose ; 

- incontinence anale et urinaire ; 

- communication verbale et non verbale appauvrie et difficile, voire absente ; 

- troubles du comportements (agitation, cri, repli sur soi-même, violence physique) ; 

- insomnies, hypersomnie, décalage du rythme veille-sommeil (les personnes âgées souffrant de démence dorment souvent le jour et sont éveillées la nuit) ; 

- troubles de l'alimentation ; 

- raideurs articulaires, perte de masse musculaire.

Souvent, lorsqu'on pense à une personne atteinte d’Alzheimer, on pense surtout aux troubles de la mémoire. Mais comme nous venons de le voir, hélas, ce sont loin d'être les seuls et surtout les plus gênants. C'est pour cela que se développent depuis plusieurs décennies de nombreuses approches non médicamenteuses pour accompagner les personnes atteintes de démence.

Les approches non médicamenteuses au service des séniors

Dans la plupart des EHPAD et hôpitaux, des choses se mettent peu à peu en place pour accompagner avec plus de bienveillance et humanitude les séniors. Le principal étant bien sûr que toutes les interactions pour les activités de la vie quotidienne (toilettes, repas, sorties, habillage, etc.) soient réalisées avec douceur, en prenant le temps de faire les choses. Mais des temps spécifiques sont aussi proposés aux personnes âgées pour s'inscrire toujours plus dans une démarche humaniste. 

Les espaces Snoezelen

Des salles des EHPAD et hôpitaux peuvent être équipées de matériel Snoezelen. Il s'agit de dispositifs assez simples, stimulant particulièrement les sens visuels et auditifs : lampes aux couleurs vives et motifs intriguants, sons doux, textures particulières au toucher, etc.

Le but est de stimuler tous les sens des personnes âgées, et de leur faire vivre un moment agréable.

Kinésithérapie, ergothérapie, psychomotricité

Classiquement, des kinésithérapeutes, ergothérapeutes et psychomotriciens exercent dans les établissements de santé. Ils ont un double rôle : 

- accompagner directement les séniors pour maintenir ou améliorer leur autonomie ; 

- former les équipes soignantes pour cet accompagnement, afin qu'il se réalise dans les meilleurs circonstances de bientraitance.

Ateliers moteurs, sensoriels et cognitifs

De la propre initiative de professionnels du terrain (aide-soignantes notamment), des ateliers peuvent être proposés aux personnes âgées, souvent l'après-midi, après le temps de sieste. Il s'agira de passer avant tout un moment agréable, mais aussi de solliciter les capacités motrices, sensorielles ou cognitives des résidents ou patients.

Art-thérapie, musico-thérapie et autres thérapies alternatives et complémentaires

Parfois, des intervenants extérieurs sont appelés dans les EHPAD et hôpitaux. Ceux-ci mettent à disposition leurs talents ou compétences pour partager un moment divertissant et stimulant avec une ou plusieurs personnes âgées.

Par exemple, certains personnes atteintes de démence sont très heureuses au contact de quelqu'un qui joue de la musique. Elles peuvent arriver à chanter des chansons, alors que par ailleurs elles ne parlent plus depuis des mois. D'autres vont développer et entretenir leur motricité en réalisant des arrangements floraux. D'autres encore pourront se délecter d'un massage.

Bon à savoir 

L'Agence nationale de l'évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ANESM) est responsable des recommandations de bonnes pratiques professionnelles (EHPAD, services d'aide à domicile...).

Les Agences Régionales de la Santé (ARS) réalisent des contrôles inopinés dans les EHPAD afin de s’assurer de la mise en œuvre des démarches de bientraitance.

La bientraitance n'est pas uniquement une démarche de prévention de la maltraitance des personnes âgées et vulnérables, mais une une démarche globale dans la prise en charge de la personne âgée et de l'accueil de ses proches. Elle aura pour objet de valoriser l’expression des personnes prises en charge en sus du respect de leurs droits. Elle ne se limite pas aux EHPAD mais concerne également les services d'aide à domicile et les services sociaux. 

Elle est un enjeu majeur de santé publique et contribue au développement de la démocratie sanitaire.

Les proches et l'entourage d'une personne âgée doivent s'assurer que l'EHPAD (ou la maison de retraite) où leur(s) ainé(s) vont être hébergés s'est engagée à tout mettre en œuvre pour obtenir le label Établissement Bien Traitant® ou qu'elle a déjà obtenu ce label. La bientraitance est une véritable culture qui devrait aboutir à l'obtention de ce label par les EHPAD.

Enfin, il est regrettable qu'il n'y a aucun secrétaire d'Etat aux personnes âgées dans le nouveau gouvernement !


Sources :

Site de la méthode Gineste-Marescotti http://www.humanitude.fr/lhumanitude/ 

Steven Pinker, La part d'ange en nous 

Site de référence sur la maladie d'Alzheimer : https://www.alz.org


La Rédaction



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