Que signifie le recours à ChatGPT pour prendre une décision ?

Arme à double tranchant, l’IA se situe au milieu d’une balance où, parfois, ce sont les avantages qui l’emportent et, d’autres fois, les risques qui pèsent le plus lourd. CuídatePlus s’intéresse cette fois-ci à l’autre côté, celui des effets négatifs de son emploi. Car oui, il est séduisant de dire « demande à ChatGPT », mais que se passe-t-il si l’on se tourne vers cet outil pour tout: décider du menu du soir, choisir quel livre lire ou toute autre question du quotidien qui pourrait être résolue sans aide extérieure ?
« Il peut exister plusieurs raisons. Cette manie de consulter l’IA pour presque toutes les décisions peut s’expliquer par le fait que ces individus ressentent, en procédant ainsi, une sensation de sécurité plus grande, de manière immédiate », explique Maribel Gámez, coordinatrice du Groupe de Travail Psychologie et IA du Colegio Oficial de la Psicología de Madrid (COP). L’experte précise que ce phénomène est prévisible chez des personnes qui vivent intensément l’incertitude, « faute de pouvoir prévoir les résultats possibles d’une décision ».
Pour certain·e·s, d’ailleurs, commettre une erreur ne signifie pas simplement avoir pris une décision peu judicieuse, mais est interprété comme un examen où leurs capacités ou leur intelligence sont en jeu : « En d’autres termes, si elles échouent, elles se perçoivent comme incapables ou stupides, ce qu’elles cherchent à éviter ». Ainsi, poursuit-elle, « l’IA agit ici comme un conseiller qui atténue ces malaises et le soulagement qu’elles en retirent augmente la probabilité de recourir à elle à nouveau ». Il arrive que l’on débute par des questions ponctuelles et que, peu à peu, solliciter des conseils devienne une habitude aussi courante que problématique, jusqu’à faire fi de son propre discernement. Par conséquent, la dépendance à ce que dit l’intelligence artificielle peut croître, orientant la personne sur ce qu’elle « doit » faire dans sa vie, avertit la psychologue.
Le phénomène de la dette cognitive
Le fait que notre cerveau s’habitue à déléguer les décisions à l’IA et à perdre confiance en son propre jugement est une question cruciale qui fait l’objet d’études approfondies, compte tenu des conséquences possibles sur l’intelligence humaine, reconnaît Gámez. À cet égard, certains travaux évoquent un phénomène nommé « dette cognitive », qui désigne les répercussions de transférer systématiquement à l’IA des processus cognitifs supérieurs tels que le résumé, l’analyse ou la pensée critique.
« Lorsque l’on délègue, ces processus cognitifs peuvent s’affaiblir faute d’être entraînés. Ce qui est clair, c’est que ce que l’on n’apprend pas ne s’acquiert pas et ce qui n’est pas exercé se perd. Si l’on fait faire par l’IA des apprentissages que l’on n’a pas encore acquis, ils ne seront pas réellement appris », insiste la psychologue, ajoutant que ne pas préserver la capacité d’effectuer des tâches complexes peut conduire à les perdre.
Est-il alors possible d’utiliser l’IA de manière judicieuse ? La spécialiste ne doute pas: « Il est tout à fait envisageable de mettre en place une utilisation bénéfique de l’IA, même si c’est difficile ». Elle ajoute que cela doit renforcer les capacités cognitives, ce qui implique de préserver le raisonnement critique, l’effort mental, la constance et la quête du savoir. « La frontière saine se situe lorsque l’IA est envisagée comme un collaborateur capable d’effectuer, par exemple, des tâches répétitives qui n’apportent pas grand-chose sur le plan cognitif; ou bien comme un stimulus pour penser de manière plus complexe », explique-t-elle.
Riesgos psicológicos de abusar de la IA
Le risque ne réside pas uniquement dans la fréquence d’utilisation de ChatGPT, mais dans la fonction que cet usage remplit. Gámez illustre ainsi : « Si une personne sollicite continuellement l’IA pour diminuer l’anxiété qui découle d’erreurs ou d’un sentiment d’insécurité, elle peut finir par avoir de moins en moins l’occasion de vérifier ce dont elle est capable de décider par elle-même et de tolérer qu’aucune décision n’apporte de certitude absolue ». Dans ce cas, un cercle problématique peut se mettre en place. « Plus on consulte pour se sentir en sécurité, moins on entraîne la prise de décision autonome. Moins on pratique, moins on se sent sûr de son jugement, et moins on a confiance en soi, plus on ressent le besoin de revenir se tourner vers la consultation ».
Ce mécanisme pourrait être particulièrement pertinent chez les personnes souffrant d’intolérance à l’incertitude, de perfectionnisme, de peur de l’erreur ou de certaines difficultés d’anxiété. Selon l’experte, « si ce schéma s’aggrave, il pourrait perturber différents domaines de la vie : retarder les décisions, accroître les vérifications, compliquer l’autonomie ou pousser la personne à consulter même pour des problèmes qu’elle résolvait auparavant sans difficulté ».
(Foto: Magnific)
¿Y si tengo dependencia de la IA?
Si se produit une utilisation qui limite la vie de la personne, il faut traiter ce problème comme on traite d’autres formes de dépendance: en consultant un professionnel de la psychologie. « Ces dépendances, dites sans substance pour les différencier des dépendances classiques comme le tabac ou d’autres substances, peuvent être tout aussi problématiques que les autres », affirme Gámez.
Enfin, l’experte rappelle que les relations de dépendance limitent la liberté et l’autonomie de la personne, provoquant une souffrance, et que cela peut être résolu par un traitement adapté. Dans ces cas, l’intervention devrait s’adresser non seulement à l’utilisation de la technologie, « mais aussi aux processus qui peuvent la maintenir, tels que l’intolérance à l’incertitude, la peur de l’erreur ou la faible confiance en son propre jugement ».
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
