Pourquoi Joana Wietrzyk, athlète Hyrox d’élite, a souffert d’incontinence fécale en compétition

Joanna Wietrzyk, actuelle championne du monde dans sa catégorie Hyrox Pro et Élite 15, a subi une perte soudaine d’incontinence gastrique et fécale pendant la compétition, mais elle a terminé la course et obtenu la première place. Ce type de situations, dans les sports de haute intensité comme le Hyrox, est plus fréquent que ce que l’on pense, ce qui n’est pas fréquent, c’est que l’athlète poursuive la compétition car cela, en plus de mettre en danger la santé des autres concurrent·e·s, peut aussi affecter sa propre santé.
Ce type de troubles gastriques, comme l’explique à CuídatePlus Gonzalo Guerra, médecin directeur du Centre Médico-Chirurgical des Maladies Digestives, « sont fréquents dans le sport d’endurance« , affirme-t-il surtout, « chez les femmes« , qui « ont jusqu’à deux fois plus de chances de souffrir de ces troubles par rapport aux hommes ».
Pour donner une idée, selon diverses études, chez les coureurs de longue distance, la prévalence des symptômes gastro-intestinaux peut atteindre 70 %, tandis que chez les cyclistes elle tourne autour de 50 %. Cela se produit parce que, durant l’exercice intense, le flux sanguin vers l’intestin diminue afin de se focaliser sur d’autres organes tels que les muscles. Cette ischémie endommage la muqueuse et ralentit la motilité gastrique, ce qui contribue à l’apparition de nausées, de diarrhée ou même de saignements.
D’autre part, ajoute l’expert, « l’impact même des exercices violents peut aussi accélérer le transit et compromettre le contrôle sphinctérien« .
De plus, précise-t-il, dans ces cas de haut niveau, « il est courant de consommer des gels de glucose et des sels qui peuvent produire un effet osmotique, retenant davantage d’eau dans l’intestin et favorisant l’apparition de diarrhées ».
Ainsi, des facteurs tels que le type d’alimentation consommée avant l’exercice (riche en matières grasses ou en fibres), l’hydratation et l’état physique influent fortement sur l’apparition des symptômes. Une alimentation inadéquate ou une déshydratation peut aggraver des problèmes tels que crampes, nausées ou diarrhée. Il a également été démontré que l’exercice peut modifier la composition du microbiote intestinal, favorisant une plus grande diversité bactérienne bénéfique, ce qui renforce la barrière intestinale et aide à moduler l’inflammation.
Pourquoi cela apparaît-il chez les athlètes d’élite ? Ces sportifs présentent une prévalence plus élevée de symptômes gastro-intestinaux, en raison de:
- Une durée et une intensité d’entraînement plus élevées.
- Stress psychologique (activation de l’axe intestin-cerveau).
- Usage fréquent de compléments riches en glucides ou en protéines.
- Consommation de grands volumes de boissons sportives.
En revanche, les sportifs récréatifs ont tendance à présenter des symptômes plus légers, tels que des ballonnements ou des brûlures d’estomac, souvent en raison d’un manque de préparation ou d’hydratation.
L’exercice est-il mauvais pour l’estomac ?
Beaucoup de personnes pensent que l’exercice peut nuire à la santé intestinale, mais qu’en est-il vraiment ? Selon les experts, l’activité physique joue un rôle double dans la santé gastro-intestinale. D’une part, « l’exercice modéré est bénéfique car il améliore la motilité, réduit l’inflammation, favorise un microbiote sain et diminue le risque de maladies digestives ». D’autre part, l’exercice intense ou prolongé, « s’il n’est pas géré correctement, peut provoquer une large variété de symptômes gastro-intestinaux qui affectent la performance et la qualité de vie ».
Les experts en santé digestive auteurs de l’étude soulignent « la nécessité de concevoir des stratégies personnalisées, adaptées au type d’exercice, à l’état de santé gastro-intestinal de chaque individu et à son niveau d’entraînement ». Ainsi, ils rappellent que « l’hydratation, le régime alimentaire préalable, l’utilisation responsable des suppléments et une progression adaptée dans l’intensité de l’exercice sont des piliers clés pour maximiser les bénéfices et minimiser les risques ».
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
