La moitié des adolescents espagnols a vapoté : les risques graves du vapotage, peu importe ton âge et ta santé

Sous l’égide d’une fausse impression de sécurité, les vapoteurs évoluent à leur guise. Saveurs pastèque, coco, melon… Jusqu’à 16 000 saveurs proposées par l’industrie du tabac pour attirer l’attention des jeunes vers les nouvelles formes de vapage. Les réseaux sociaux se chargent du reste : le message principal qu’ils transmettent est qu’ils sont plus sûrs que le tabac. Le résultat de tout cela est que 49,5% des élèves espagnols âgés de 14 à 18 ans reconnaissent avoir essayé des cigarettes électroniques au moins une fois dans leur vie; et 27,1% l’ont fait au cours des 30 derniers jours, selon la dernière Enquête sur l’Usage de Drogues dans l’Enseignement Secondaire (ESTUDES).
Le tableau que dessinent ces chiffres est inquiétant, et même préoccupant. C’est pourquoi, à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, le 31 mai, le Groupe espagnol du Cancer du Poumon (GECP), avec le soutien de la société Bristol Myers Squibb (BMS), a souhaité sensibiliser les plus jeunes à ce problème à travers le concours “Ne laisse pas le travail entrer dans ta vie : Final Alternatif”, dont les prix ont été remis à Madrid.
Bartome Massuti, secrétaire du GECP et chef du service d’Oncologie de l’Hôpital Doctor Balmis d’Alicante, a souligné l’importance de sensibiliser au cancer du poumon, qui, malgré sa gravité, n’est pas une question sanitaire qui soit “à l’avant-plan”. Chaque année, en Espagne, plus de 35 000 cas de cette tumeur sont diagnostiqués, et plus de 23 500 en meurent. « Si l’on prend en compte toutes les causes de mortalité, la seule maladie qui surpasse le cancer du poumon est la maladie cardiovasculaire. Toutefois, alors que la mortalité de cette dernière baisse, celle de ce cancer continue d’augmenter », a-t-il averti.
Le tabac est derrière 80% des patients atteints de cette maladie. Par conséquent, « c’est l’un des rares cancers à disposer d’une prévention primaire », a affirmé le spécialiste. Dans ce sens, « si nous parvenons à diminuer la consommation de tabac dans la société, nous pourrions éviter l’apparition de cette pathologie », a ajouté. Avec cette initiative, l’objectif est d’empêcher le début du tabagisme chez les adolescents, qui doivent connaître les effets négatifs de la consommation de tabac et, surtout, des nouvelles formes de tabagisme.
Juan et Martiño sont deux des lauréats du concours. Tous deux élèves de l’ESO en Galice, ils déplorent que, dans leur établissement, entre les cours et les toilettes, de nombreux jeunes vapotent et fument. Ils se disent fiers de pouvoir apporter leur petite contribution pour tenter de freiner cette situation autant que possible. « À mon âge, la plupart des gens ont des dispositifs de vapotage avec plusieurs arômes, ce que je trouve inutile. Je ne comprends pas pourquoi vapoter peut te conduire à des problèmes de santé à long terme. Je ne trouve pas bien dépenser l’argent dans quelque chose qui peut me faire du mal », a déclaré Miranda, qui est en troisième année du secondaire dans un lycée de Burgos et qui figure aussi parmi les lauréats de cette campagne.
Pour sa part, Virginia Calvo, spécialiste en oncologie médicale à l’Hôpital Puerta de Hierro et membre du GECP, a indiqué que l’âge moyen auquel les jeunes adoptent l’habitude tabagique est de 14 ans. « Le problème, c’est que nous ne les atteignons pas et, bien que la consommation de tabac traditionnel diminue, cela ne se produit pas avec les cigarettes électroniques », a-t-elle ajouté.
Pour cette raison, l’experte s’est montrée d’accord sur le fait que la prévention est fondamentale, car au final la consommation de ces nouveaux dispositifs constitue une porte d’entrée vers le tabac conventionnel : « Nous sommes face à une nouvelle porte d’entrée vers l’addiction à la nicotine. Les preuves montrent que les adolescents qui vapent ont jusqu’à trois fois plus de chances de devenir des fumeurs à l’avenir ».
Les dommages pulmonaires, une menace réelle
(Foto: Freepik)
Les deux spécialistes ont rappelé que le vapotage n’est pas inoffensif pour les poumons, comme beaucoup le pensent. Les preuves disponibles montrent qu’il peut provoquer des lésions pulmonaires aiguës graves même chez de jeunes individus sans pathologies préexistantes. Plus précisément, cette forme de vapotage affecte particulièrement les petites voies aériennes, là où se déclenche une grande partie du dommage pulmonaire chronique.
Parmi les effets décrits figurent :
- Inflammation chronique.
- Stress oxydatif.
- Dysfonction épithéliale (le tissu qui recouvre les organes et qui agit comme une barrière protectrice face, par exemple, aux infections).
- Pneumonite aiguë.
- Dommages alvéolaires diffus.
- Risque accru d’infections respiratoires.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
