Est-ce sûr de jouer ? Le défi climatique qui met en péril la Coupe du Monde 2026

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Il ne reste plus qu’un mois avant le début de la Coupe du Monde. Les nerfs s’accentuent et… la chaleur aussi. Les températures élevées constitueront un adversaire supplémentaire pour les sélectionnés et aussi pour les supporters qui assisteront aux matchs.

La Coupe du Monde de football débutera le 11 juin et se tiendra au Mexique, aux États‑Unis et au Canada, avec des matches joués dans 16 villes différentes. Les conditions environnementales varieront, bien sûr, et il ne sera pas identique de jouer dans certaines localisations par rapport à d’autres. Dans certaines zones des États‑Unis et du Mexique, les rencontres présenteront des températures plus élevées et pourraient même dépasser les 30 degrés, sans parler de l’humidité dans certaines zones. La finale est programmée pour le 19 juillet dans le New Jersey, où la chaleur pourrait aussi poser problème.

Une analyse de la World Weather Attribution (WWA) attire justement l’attention sur les conditions de chaleur et d’humidité et les compare à l’édition de 1994, disputée sur le même continent. Le rapport a étudié la probabilité que les directives de sécurité du syndicat des joueurs de football Fifpro soient respectées.

Quelle chaleur feront les matchs ?

Selon le rapport, dans près d’un quart des matches, la température de bulbe humide dépassera 26 °C — un indicateur qui mesure la capacité du corps à se refroidir — ce qui implique des pauses pour se rafraîchir. De plus, cinq matchs franchiront le seuil des 28 °C pour cet indicateur — ce qui équivaut à environ 38 °C en chaleur sèche. Il s’agit déjà d’une limite que Fifpro recommande d’utiliser pour retarder les rencontres.

Risque pour les joueurs

Víctor Resco de Dios, professeur d’ingénierie forestale et de changement global à l’Université de Lleida et chercheur à Agrotecnio, explique dans des déclarations à SMC Espagne que lorsque l’on enveloppe un thermomètre à mercure avec une serviette mouillée, on mesure la

température du bulbe humide. Ainsi, on comprend combien l’humidité aide à baisser la température. « Autrement dit, cela indique la capacité du corps à réguler sa température grâce à la sueur. » Lorsqu’elle dépasse 26–28 °C, on éprouve des difficultés à réguler la température par la sudation, ce qui peut conduire à un épuisement de l’organisme.

Ernesto Rodríguez Camino, météorologue d’État senior et président de l’Association météorologique espagnole, explique que ces « 25 % de tous les matchs » se joueront probablement lorsque les conditions dépasseront un seuil de l’indicateur pour lequel le Fifpro recommande d’inclure des pauses afin que les joueurs puissent se rafraîchir.

Depuis la World Weather Attribution ajoutent que, à partir de 28 °C, le syndicat estime qu’il n’est pas sûr pour les footballeurs de jouer et conseille de reporter la rencontre. « Cela contraste avec les règlements de la FIFA, qui ne prévoient un ajournement que lorsque les niveaux du bulbe humide dépassent 32 °C, ce qui indique un seuil d’intervention plus élevé selon les règles officielles », indiquent les responsables.

Rodríguez Camino ajoute que « même 5 % des matches pourraient franchir un seuil rendant les conditions dangereuses pour la pratique et recommandant un report. Bien sûr, tout cela concerne les stades à ciel ouvert et non les stades climatisés; toutefois, les activités extérieures et les déplacements autour des sites peuvent également affecter négativement les spectateurs.

Rubén del Campo, porte‑parole de l’Agence météorologique espagnole (AEMET), ajoute que l’étude analyse l’évolution d’un paramètre chaleur et humidité. « C’est important, car le corps humain n’enclenche pas la même réponse face à des températures élevées dans un environnement peu humide que dans un environnement fortement humide. Dans ces cas de chaleur intense et d’humidité élevée, la réponse physiologique pour lutter contre la chaleur (l’évaporation de la sueur) est moins efficace et une exposition prolongée peut représenter un risque pour la santé. »

En contraste avec le Mondial de 1994, Del Campo souligne qu’entre-temps, la température moyenne mondiale a augmenté d’environ 0,5 à 0,7 °C.

Stades climatisés ou non

L’étude publiée par la WWA indique que, grâce à l’application d’un modèle statistique, on peut affirmer que 26 matches se joueront à 26 °C de bulbe humide, dont 9 se dérouleront dans des stades dépourvus de climatisation.

L’organisation précise que même les matches qui se tiendront en soirée comporteront des risques pour la santé des athlètes et des spectateurs. « Par exemple, la rencontre entre les Pays‑Bas et la Tunisie, qui débute à 18 heures heure locale à Kansas City, présente une probabilité de 7 % de dépasser le seuil des 28 °C, ce qui, selon les directives du Fifpro, devrait conduire à un ajournement », indiquent les auteurs.

Risque pour les spectateurs

La WWA ajoute que, même si les stades climatisés peuvent aider à réduire l’exposition à la chaleur, les rassemblements à l’extérieur, les festivités et d’autres formes de rencontres sociales qui accompagnent les grands tournois de football demeureront un danger pour les spectateurs.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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