Être heureux est simple, mais être simple est difficile : ce que Tagore savait du bonheur

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Cette phrase de Rabindranath Tagore dérange un peu à la première lecture, car elle donne l’impression de pointer quelque chose que l’on sait déjà mais que l’on préfère ne pas regarder. Le bonheur n’est pas aussi loin qu’il paraît. Le problème est tout ce qui s’accumule autour de lui : la liste des conditions à remplir avant de pouvoir le ressentir, le vacarme de ce qui manque encore, l’agenda rempli de choses importantes qui, d’une manière ou d’une autre, ne laisse jamais de place à ce qui compte vraiment.

La difficulté n’est pas de trouver le bonheur. Elle repose sur la capacité d’être simple, dans le sens que Tagore utilisait pour ce mot, et cela exige quelque chose qui va à l’encontre de nombreuses habitudes modernes.

Que signifie être simple, et ce que cela n’implique pas

Être simple ne consiste pas à se contenter de peu ni à renoncer à grandir. Ce n’est pas une invitation à l’abandon ni à ne plus vouloir certaines choses. C’est quelque chose de plus concret et plus difficile : vivre avec moins d’excès dans la tête, avec moins d’attentes concernant chaque chose, avec plus de clarté sur ce qui a une valeur réelle et ce qui occupe l’espace sans apporter quoi que ce soit.

Le problème est que la plupart des gens ont été entraînés dans l’inverse. On apprend à avoir toujours quelque chose en suspens, à optimiser chaque moment libre, à sentir que se reposer sans produire quoi que ce soit est presque une perte. Cette manière de vivre génère beaucoup de mouvement, mais pas nécessairement plus de satisfaction.

Où la simplicité se complique dans la vie quotidienne

Il existe des schémas très reconnaissables qui compliquent cette simplicité que décrit Tagore :

  1. La comparaison constante: les réseaux sociaux ont rendu la comparaison presque automatique. Et lorsque la vie personnelle est mesurée en permanence par rapport à une autre, il devient difficile de trouver la satisfaction dans ce que l’on possède déjà.
  2. Remplir chaque creux de la journée: le silence et le temps non structuré sont devenus inconfortables. Attendre dans une file d’attente, rester immobile sans rien faire, se promener sans écouteurs, sont des situations que beaucoup évitent activement. Cette incapacité à rester sans stimulus constant rend difficile de remarquer ce qui existe déjà.
  3. Convertir tout en productivité: le plaisir aussi est devenu quelque chose qu’il faut justifier. Il ne suffit pas de se promener; il faut avancer. Il ne suffit pas de lire; il faut en faire une critique. Il ne suffit pas de se reposer; il faut l’avoir mérité. Cette pression transforme les choses simples en quelque chose de difficile à apprécier sans réserve.
  4. La nécessité de contrôle: lorsque l’on cherche à savoir avec certitude comment tout va se passer, toute incertitude devient une source d’angoisse.

Ce que l’on gagne lorsque l’on réduit le bruit

Quand on réduit une partie de cet excès, il apparaît souvent quelque chose qui était en dessous : la capacité de remarquer ce qui est déjà présent. Une conversation qui aurait été passée inaperçue. Un après-midi sans plan qui se révèle être l’un des meilleurs du mois. Le sentiment que certaines choses simples suffisaient déjà.

Tagore n’était pas en train de décrire une vie austère ni un renoncement. Il soulignait que la simplicité est une forme d’attention: la capacité d’être présent à ce qui se passe sans y ajouter trop.

Peut-être que le problème ne réside pas dans le fait que le bonheur soit difficile à atteindre. Peut-être est-ce que la façon dont nous le cherchons le complique davantage que nécessaire, et que lâcher une partie de cette complication est, en soi, un chemin vers lui.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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