Courir avec une poussette : c’est possible et cela n’entraîne pas toutes les blessures que vous imaginez

Si vous avez déjà couru en poussant la poussette d’un enfant, vous savez que ce n’est pas facile mais plutôt quelque peu inconfortable. Il se peut que vous l’ayiez fait par nécessité et par précipitation, mais certains cherchent à maintenir leur entraînement et profitent de la promenade pour sortir courir un petit moment.
Si vous appartenez à ce deuxième groupe ou si vous connaissez quelqu’un qui court ainsi, il peut vous intéresser de savoir que, contrairement à ce que nous pourrions penser, courir avec la poussette n’entraîne pas de blessures liées à une surcharge. C’est ce que montre une étude publiée dans la revue scientifique PLOS One et réalisée par des chercheurs de l’Université Penn State Berks, aux États-Unis.
L’étude indique que les parents qui courent avec une poussette infantile semblent avoir moins de risque de blessure par surcharge au cours des trois premières années de la vie de l’enfant par rapport à ceux qui couraient sans poussette. « Ce travail est le premier à analyser les schémas de blessures chez les parents qui courent. Ce que nous avons observé, c’est que courir avec la poussette est sûr et peut aider à maintenir l’activité physique dans les premiers temps de la parentalité », explique Allison Altman-Singles, première autrice du travail et professeure associée de Kinésiologie et d’Ingénierie mécanique à Penn State Berks.
À cet égard, Antonio Clavero-Jimeno, chercheur et enseignant au Département d’Éducation Physique et Sportive de l’Université de Grenade (UGR), commente que courir avec le poussette du bébé, autant pour les hommes que pour les femmes, peut être une bonne option, surtout si ce type d’exercice était pratiqué avant de devenir parents. « Souvent, avec un bébé en bas âge, le principal problème n’est pas le manque de motivation, mais le manque de temps. Dans ce sens, courir avec la poussette peut aider à maintenir l’activité physique et faciliter que les parents continuent à faire de l’exercice à une étape où il est habituellement plus difficile de s’organiser », explique Clavero-Jimeno.
Moins de blessures chez les coureurs
L’étude a recruté des participantes qui avaient été mères au cours des deux dernières décennies et qui couraient plus de 8 kilomètres par semaine avant la maternité (la plupart étaient des femmes) et qui ont repris lorsqu’elles avaient entre 6 mois et 3 ans. Les données analysées ont été comparées à des participantes ayant des caractéristiques similaires (âge, taille, poids et nombre d’enfants) lors de la naissance de leurs enfants.
L’étude suggère que courir avec la poussette n’augmente pas le risque de blessure. « En fait, les parents qui couraient avec la poussette ont eu une taux de blessures par surcharge plus faible que ceux qui couraient sans poussette ». De plus, les chercheurs signalent que courir avec la poussette modifie la technique de course. « On a tendance à faire des pas plus courts, à courir un peu plus lentement, à s’incliner légèrement en avant et à tourner moins le buste. Ces changements pourraient réduire une partie de l’impact sur les articulations, bien que cela ne signifie pas qu’il s’agisse d’une activité sans risque », ajoute Clavero-Jimeno.
(Photo: Unsplash/Derek Owens)
L’auteure du travail souligne que « courir avec la poussette tend à alléger légèrement le poids corporel en supprimant la force descendante tout en serrant le guidon. Cela entraîne une charge verticale moindre. Le changement de biomécanique pourrait soulager une partie du stress subi par les articulations, ce qui pourrait expliquer pourquoi on observe moins de blessures, notamment au genou, ce qui est très fréquent chez les coureurs ».
Une étude précédente avait déjà identifié que courir avec une poussette réduit la force et l’impact de chaque pas. Peut-être que ce changement s’explique par le fait que les parents régulent leur foulée et leur vitesse de course avec une cadence constante ou par un nombre de pas par minute, et les deux stratégies sont associées à un risque moindre de blessure.
Les blessures qui ont été enregistrées, aussi bien chez ceux qui couraient avec la poussette que chez ceux qui ne le faisaient pas, montrent une forte incidence de fasciite plantaire. Étant donné que la majorité des coureurs étaient des femmes, Singles suggère que cela pourrait être lié aux changements physiologiques propres à la grossesse et au post-partum, qui vont de la prise de poids aux changements hormonaux, susceptibles d’affecter l’élasticité des tissus conjonctifs et d’augmenter le risque de blessure.
Courir, oui ou non ?
Après l’accouchement chez les femmes ou après la naissance chez les parents, prendre du temps pour pratiquer une activité physique est très important, mais tout dépend du niveau préalable et du moment de chacun. Ce ne sera pas pareil si l’accouchement a été vaginal ou sans complications que s’il a nécessité une césarienne, ce qui retardera de quelques mois la reprise d’une activité physique complète.
Le chercheur de l’UGR précise que si les parents ne couraient pas auparavant, « marcher avec la poussette en augmentant progressivement la cadence peut être une manière très utile et sûre de commencer. Pour ceux qui étaient déjà des coureurs habituels, courir avec la poussette peut être une alternative pratique pour continuer l’entraînement ».
Et si l’on pratiquait déjà le running, commencer à courir avec la poussette peut être une bonne option. Cela dit, il faut prendre des précautions et s’assurer de :
- Utiliser une poussette adaptée.
- Choisir des surfaces sûres.
- Commencer petit à petit et ne pas reprendre la course trop tôt après l’accouchement sans évaluation professionnelle.
- Éviter de commencer à courir si des gênes apparaissent, ou en cas de plancher pelvien faible ou de récupération incomplète.
Autres exercices si vous venez d’être mère
Les bébés demandent beaucoup de temps, c’est indéniable. Face au manque de temps, on peut chercher quelques créneaux pour essayer de ne pas perdre la forme physique. Mais il faut rester réaliste et admettre que l’on trouvera quelques moments courts. Il ne faut pas s’en faire; l’exercice peut s’insérer dans ce créneau, et c’est pourquoi l’expert en activité physique nous donne quelques idées : « Marcher à bon rythme avec la poussette, faire des exercices de renforcement à domicile, monter les escaliers, privilégier les déplacements actifs ou réaliser de courtes séances de 15 à 20 minutes lorsque le bébé dort. Cela aide aussi énormément à ne pas penser uniquement à des « entraînements parfaits », mais à accumuler du mouvement tout au long de la journée ».
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
