L’essor de la télémédecine pour lutter contre les déserts médicaux

Temps de lecture
5 min
Docteur lors d'une téléconsultation médicale

La télémédecine est un moyen de pallier le manque de médecins dans l’Hexagone, mais aussi en Afrique francophone, qui compte de nombreux lecteurs du Guide Santé, en particulier au Maroc, en Côte d’Ivoire et au Cameroun. Le point avec le Dr Del Bano, médecin spécialiste en biologie clinique.

Pourquoi un territoire (ville, département, région) devient un désert médical ?

En France, on considère qu’un département est devenu un désert médical [1] lorsque la densité de médecins par rapport à la population est de 30 % inférieure à la moyenne nationale.

Mais l’emploi du terme de « désert médical » n’a pas fait l’objet d’une définition rigoureuse qui supposerait de définir un seuil à partir duquel un territoire est considéré comme « désert médical ». Le terme de territoires sous dotés ou médicalement fragiles me paraît plus adapté.

Quels sont les déserts médicaux en France ?

Le Guide Santé a dressé la cartographie des déserts médicaux en France.

Nos enquêtes et notamment celle sur les délais d’attente d’obtention d’une consultation en ophtalmologie [2] et en dermatologie sont révélatrices d’une double difficulté dans les déserts médicaux ou plus exactement dans les zones fragiles médicalement. Les patients doivent attendre plusieurs semaines voire plusieurs mois avant un rendez-vous et pire, dans de nombreuses communes, selon les spécialités, les nouveaux patients ne sont plus pris en charge !

Le terme désert médical, a-t-il la même signification en Afrique ?

Le manque d’infrastructures et de professionnels de santé entraîne la désertification médicale d’une grande partie du continent africain. A l’instar de la France, la concentration des médecins se situe dans les zones urbaines créant ainsi une difficulté  d’accès aux soins des populations rurales isolées.

La répartition territoriale des ressources médicales révèle en effet de profondes inégalités entre la ville et la campagne. Une concentration des infrastructures de santé et des médecins s’est produite dans les métropoles, notamment dans les capitales qui regroupent la quasi-totalité des spécialistes de toutes les disciplines. Le milieu rural, où vivent pourtant plus de la moitié des Africains, se transforme par conséquent en réel désert médical, avec pas ou peu d’accès à une offre de soins de qualité.

Comment lutter contre le phénomène de désertification médicale ?

La télémédecine représente une des solutions pour pallier le manque de médecins dans les territoires. Derrière ce terme, se cachent plusieurs notions différentes : 

  • La téléconsultation ou consultation à distance, entre un médecin et un patient (seul ou assisté d'un professionnel de santé) évite au malade ou au professionnel de santé de se déplacer. La communication s’effectue de manière synchrone via un ordinateur, une tablette numérique ou un smartphone équipé d’une connexion internet, d’un micro, d’un haut-parleur et d’une webcam. Les informations visuelles et les renseignements fournis par le patient permettent au médecin de poser un diagnostic et d’élaborer un parcours de soin.
  • La télé expertise, quant à elle, consiste en un échange entre au moins deux médecins à propos d’un diagnostic ou d’une stratégie thérapeutique. Cet acte de télémédecine se prête parfaitement aux soins primaires ou d’urgence en cardiologie, gynécologie-obstétrique et dermatologie [3]. Les données (électrocardiogrammes, échographies, photos de lésions cutanées, etc.) sont transmises à un spécialiste qui pourra épauler ses confrères pour le diagnostic et la mise en place d’un traitement adapté.

S’agissant cette fois-ci de la télésurveillance médicale, un médecin interprète à distance les données cliniques ou biologiques recueillies par le patient ou par un professionnel de santé.

  • Au travers de la téléassistance par ailleurs, un médecin assiste à distance l’un de ses confrères pendant un acte médical ou chirurgical ;
  • Enfin, la télérégulation consiste à mettre en contact le patient avec un médecin régulateur qui établit un pré-diagnostic par téléphone afin de définir l’action appropriée : envoi des secours, orientation vers un centre hospitalier ou un cabinet médical.

La télémédecine permet bien un diagnostic et un suivi de manière plus rapprochée que téléconsultation ?

Effectivement, elle ne se limite pas à la téléconsultation simple en «  visio ». Grâce aux objets embarqués, la téléconsultation connectée est de la e-santé, avec recueil de données. Elle se rapproche le plus de l’examen médical avec l’interrogatoire et deux temps de l’examen physique qui pour mémoire, comporte quatre temps : inspection, palpation, percussion et auscultation. Elle est d’ores et déjà implantée dans des territoires de santé fragilisés en médecine générale, pédiatrie, dermatologie, ophtalmologie et cardiologie.

Au sein de la société e-Santé France, dont je suis le directeur général, nous avons choisi de ne plus être de simples observateurs mais de devenir acteurs. Il est très probable que nous intervenions prochainement en appui de telles solutions mobiles, mais également  dans le cadre d’implantation dans les zones sous dotées de tables de télé ophtalmologie, dans les deux cas adossées à l’intervention de professionnels de santé (infirmières, orthoptistes, etc.).

La télémédecine apporte donc une réponse aux problématiques de la pénurie de médecins et de l’isolement géographique des populations rurales : elle contribue à réduire les déserts médicaux en France et en Afrique. En outre, elle participe à l’amélioration des conditions d’exercice des médecins, ce qui les encourage à rester dans leur pays et à s’installer en dehors des grandes villes. A l’instar de la France, la télémédecine en Afrique constitue un véritable enjeu de santé publique.

Comment faire de la télémédecine, via une App sur son smartphone, une télécabine ou d’autres moyens ?

Le développement de la télémédecine est favorisé par l’utilisation massive du téléphone portable par les Africains. Le taux de pénétration du mobile atteint 80 % sur le continent, et atteint près de 100 % en Afrique francophone. Cette large progression facilite notamment la mise en œuvre de la téléconsultation et de la télé régulation.

En Afrique, comment à votre avis, peut s’organiser la téléconsultation ?

Deux solutions sont à mettre en œuvre en fonction du contexte (infrastructures, géographie, ressources humaines…).

Tout d’abord, une solution mobile de type application mobile peut être rendue disponible sur tablette numérique ou smartphone et accompagnée de dispositifs médicaux connectés multiparamétriques : ECG, oxymètre de pouls, spiromètre, tensiomètre, glucomètre, thermomètre, stéthoscope, dermatoscope, otoscope et balance.

La seconde solution envisagée est une station fixe avec un cabinet médical connecté et/ou une table de télé ophtalmologie connectée (unités de consultation à distance). Elle autorise l’interrogatoire, les mesures, la prise de tension oculaire (dépistage du glaucome), et une photo du fond d’œil. Dans un second temps, le patient  entre en téléconsultation (grand écran d’une taille de TV) et le médecin peut lui poser des questions et interagir avec lui.

Enfin, l’ordonnance est transmise électroniquement. Si des investigations supplémentaires sont nécessaires, un rendez-vous en présentiel avec un ophtalmologue sera programmé.

En cas d’urgence, le patient sera dirigé vers le service d’urgence le plus proche.

Certains spécialistes manquent en France comme les ophtalmologues, les dermatologues ou les gynécologues. Mais c’est également le cas en Afrique. Comment soigner tout de même les patients faute de ces médecins spécialistes ?

Je prendrais un exemple emblématique : l’ophtalmologie, domaine thérapeutique dans lequel la cataracte, le trachome, le glaucome et l'onchocercose (cécité des rivières) représentent environ 80 % des cécités rencontrées.

En 2020, en Afrique subsaharienne méridionale, le nombre de personnes souffrant de perte de vision était estimé à 14 millions ! La cécité est donc un véritable fléau en Afrique. Et pourtant, quelque 80 % de ces cécités seraient évitables si elles étaient dépistées à temps, puis prises en charge.

Des solutions de télé ophtalmologie existent et selon le contexte, il faudrait donc envisager des unités mobiles de téléconsultation ou des implantation de stations fixes de télé ophtalmologie à des endroits stratégiques.

Désert médical et désert numérique

Désert médical et désert numérique, comme dans certaines parties de l’Afrique, sont-ils intimement liés ?

Oui, un désert numérique est la première barrière à l’installation de solutions de télémédecine. D’autant que la pénétration d'Internet sur le continent n'a pas suivi le rythme de la diffusion de la téléphonie mobile.

Toutefois, avec un taux de croissance moyen annuel supérieur à 6 % selon la GSM Association, la téléphonie mobile connaît, en Afrique, la progression la plus forte au monde, même si en Afrique subsaharienne, le taux de pénétration de la téléphonie mobile varie énormément d’un pays à l’autre.

Ainsi, le développement de kits d’examen portables couplés à la prise de photographies de haute qualité avec des téléphones portables et suivis de leur transmission à des spécialistes permettent d’ores et déjà à des médecins de procéder à des diagnostics à distance.

Sources

  1. Déserts médicaux : état des lieux et solutions. Le Guide Santé. Actualités Santé Publique. https://www.le-guide-sante.org/actualites/sante-publique/deserts-medicaux-etat-des-lieux-solutions
  2. Ophtalmologie : déserts médicaux et délais d'attente moyens. Le Guide Santé. Actualités Santé Publique. https://www.le-guide-sante.org/actualites/sante-publique/ophtalmologie-deserts-medicaux-delais-attente-moyens
  3. Trouver un dermatologue : Quelles solutions pour 2020 ? - Épisode 4. Le Guide Santé. Actualités Santé Publique. https://www.le-guide-sante.org/actualites/sante-publique/trouver-un-dermatologue-quelles-solutions-pour-2020-episode-4

Le guide des hôpitaux et cliniques de France.

Recherchez parmi les 1335 établissements