Détecter le cancer du sein par odorologie canine

Le projet KDOG-Curie

A l’occasion d’Octobre Rose, les feux des projecteurs sont braqués, comme chaque année à la même époque, sur le dépistage des cancers du sein. Une étude clinique est menée actuellement sur 450 femmes, grâce à l’implication de trois chiens qui dépistent précocement les cancers du sein. Infirmière et docteur en sciences, Isabelle Fromantin est l’initiatrice du projet KDOG-Curie. 

Vous avez initié un projet de recherche clinique à l’Institut Curie pour détecter les cancers du sein. En quoi consiste-t-il ? 

Ce programme de recherche et d’innovation médicale de dépistage du cancer du sein, dénommé KDOG utilise la voie transcutanée. Les femmes testées appliquent la nuit une compresse sur l’un de leur sein. Imprégnée de leur sueur, celle-ci est ensuite recueillie dans l’un des centres de cancérologie qui participent à l’essai. Puis, pour être testé, cet échantillon est présenté dans un cône en métal à un chien entrainé qui s’assoit lorsqu’il détecte une odeur « anormale ».  Les résultats de ces tests positifs sont ensuite comparés à des mammographies, en aveugle.

Quels chiens sont utilisés dans cette étude ?  

Notre labrador, Nougaro, est le plus doué pour ce travail. Il est épaulé par Owen, un malinois tandis qu’un troisième chien, Odin, malinois également, est presque prêt à se lancer dans l’aventure. Dans le cadre de KDOG, le travail canin est très difficile, nécessite un grand apprentissage ainsi qu’un odorat très fin. Ces êtres vivants sont plus en ou moins en forme selon les jours, et parfois n’ont pas envie de travailler. Notre but : trouver des ruses pour les mettre en condition de manière à ce qu’ils fassent de bons diagnostics. Par exemple, lorsqu’il fait trop chaud, les chiens alètent et ne peuvent pas sniffer. Il faut donc penser à maintenir les pièces dans lesquelles ils opèrent à une température raisonnable, été comme hiver. 

Deux jeunes chiens sont aussi en cours d’apprentissage : soit ils passeront les étapes, soit ils montreront une faiblesse et dans ce cas, ils pourront être réorientés vers d’autres travaux de détection qui demandent moins de concentration car les seuils de détection sont plus hauts comme les explosifs par exemple. Nous pouvons compter sur l’engagement de notre premier mécène, la société de sécurité SERIS, qui met notamment à notre disposition des experts cynophiles dédiés au projet.

Qu’apporte cette technique de plus qu’une mammographie ? 

En France, ces tests, basés sur l’odorologie canine, seraient la solution de diagnostic idéale, à terme, pour les femmes en situation d’handicap qui ont des difficultés à faire des mammographies, à celles qui vivent loin de centres de radiologie dans des déserts médicaux, ou encore, aux personnes pressées qui n’ont pas le temps de faire des examens. La finalité de ce travail est de proposer cette technique en pré-test du dépistage du cancer du sein pour les personnes à risques. Dans les pays en développement, cette technologie visera à réduire les inégalités d’accès au dépistage, avec un impact collectif majeur sur la santé des femmes.

Où en est l’essai clinique, dont vous êtes l’initiatrice ?

Après le succès de la phase préliminaire (+ de 90% de réussite d’identification par les chiens), KDOG est entré aujourd’hui dans une phase de recherche clinique depuis janvier 2020. L’étude va être menée pendant deux ans par des radiologues qui incluent les patientes suivies à l’Institut Curie et l’hôpital St joseph à Paris, l’Institut de cancérologie de l’Ouest à Nantes et enfin, le Centre hospitalier de Valenciennes qui drainent tous deux un important bassin de population. Pour nous, il était important de toucher des bassins de population différents pour une meilleure fiabilité de l’étude. Les résultats de l’étude sont attendus en 2022. 

Nous espérons que la crise sanitaire ne retardera pas trop le recrutement. Le dépistage du cancer du sein est crucial. Plus, une personne est dépistée tôt, plus ses chances de survie sont élevées. 


Propos recueillis par Christine COLMONT, journaliste santé.

 


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