Une experte du sommeil sur le fait de veiller tard pour regarder la Coupe du Monde : rester éveillé 22 heures équivaut à un test d’alcoolémie positif

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Que la Coupe du monde 2026 se tienne aux États-Unis, au Canada et au Mexique est une excellente nouvelle, mais quelqu’un qui suit le tournoi depuis l’autre côté de l’Atlantique doit s’en rendre compte d’une réalité: il y aura des matches qui se joueront en plein milieu de la nuit. C’est le cas du prochain affrontement qui oppose l’Espagne, dernière du groupe, à l’Uruguay. Les Espagnols sous la houlette de Luis de la Fuente se mesureront à l’Uruguay le samedi prochain à 02h00.

Point positif : la rencontre entre les deux équipes tombe le week-end et beaucoup pourront se libérer le lendemain pour éviter de se lever à l’aube. Point négatif : cela se joue encore à deux heures du matin. Et entre les deux points, une question persiste: comment des horaires aussi tardifs affectent-ils le corps ? « La première chose à remarquer est le manque de repos le lendemain, même si, dans ce cas, les gens profiteront du dimanche pour rattraper leur dette de sommeil », explique Marian Rol de Lama, membre du groupe de travail sur la Chronobiologie de la Société espagnole du sommeil (SES), qui ajoute que les matches disputés si tard affecteront davantage s’ils ont lieu en semaine : « Le réveil sonnera à la même heure et cela signifie partir en déficit de sommeil le jour suivant ». 

Pourtant, au-delà de ce qui paraît logique, l’experte évoque d’autres conséquences peut-être moins connues de ce manque de repos. « Une seule nuit influe sur la régulation du métabolisme le lendemain, par exemple », affirme l’experte. Par ailleurs, la privation de sommeil peut affecter le système immunitaire ou la sécrétion d’hormones : « L’hormone de croissance, par exemple, est directement liée au sommeil (la phase la plus réparatrice du repos) ». 

De plus, poursuit-elle, « des études ont montré que privar une nuit de sommeil augmente le dépôt de bêta-amyloïde ». Concrètement, la bêta-amyloïde est un fragment de protéine produit naturellement par le cerveau. En conditions normales, l’organisme l’élimine, mais lorsque son accumulation est anormale, elle forme des plaques toxiques qui endommagent les neurones. « Cela ne signifie pas que quelqu’un va développer la maladie d’Alzheimer en restant éveillé tard », précise l’experte, mais elle insiste sur le fait que ce processus de « nettoyage toxique » des déchets ne se produit pas. 

L’humeur, la mémoire ou la concentration seront également affectées par dormir moins que ce dont le corps a besoin. « Les réflexes ne sont pas les mêmes. Rester éveillé pendant 22 heures équivaut à un test positif à l’alcool », compare-t-elle.

À ce stade, de nombreuses personnes tiennent la nuit grâce à des stimulants, comme la caféine, qui rivalise avec l’adénosine. Selon Rol de Lama, « c’est la substance qui s’accumule dans le corps au fur et à mesure que nous restons éveillés et qui nous crée une faim de sommeil. Ainsi, plus une personne reste éveillée longtemps, plus elle accumule d’adénosine. C’est ce qui génère cette sensation de vouloir dormir ». 

balón de fútbol

(Foto: Freepik)

La clé réside dans la « sieste thérapeutique »

Idéalement (et que presque personne ne fera) serait de regarder le match le lendemain, mais évidemment, « cela implique de s’isoler pour ne pas connaître le résultat », reconnaît l’experte. Par conséquent, une bonne option, affirme-t-elle, serait d’avoir recours à ce que l’on appelle « siestes thérapeutiques » : « Par exemple, une personne qui va devoir travailler de nuit, afin que son attention ne diminue pas trop, peut faire une petite sieste avant d’entrer au travail ». 

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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