Une bactérie intestinale pourrait jouer un rôle clé dans la force musculaire et le vieillissement sain

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La microbiote intestinale continue de révéler de nouvelles fonctions qui vont bien au-delà de la santé digestive. Une nouvelle étude publiée dans Gut apporte des preuves très intéressantes sur la relation entre l’intestin et le muscle et désigne une bactérie précise, Roseburia inulinivorans, comme une pièce clé potentielle de cet axe intestin-muscle.

Les chercheurs ont observé que les personnes présentant une proportion plus élevée de R. inulinivorans avaient une fonction musculaire meilleure. Chez les personnes âgées, la présence de cette bactérie s’associait à environ 29 % de force de préhension manuelle en plus, tandis que chez les jeunes adultes, une abondance plus grande était également liée à une plus grande force et à une meilleure capacité aérobique.

Mais la découverte la plus frappante est arrivée grâce aux expériences réalisées sur des animaux. Les souris ayant reçu R. inulinivorans pendant huit semaines ont vu leur force de préhension augmenter d’environ 30 % et présentent des fibres musculaires de taille accrue. Ces résultats suggèrent que cette bactérie pourrait jouer un rôle actif dans les processus qui contribuent au maintien de la fonction musculaire.

Microbiote et vieillissement

L’étude a également montré que R. inulinivorans était moins abondante chez les personnes de plus de 65 ans que chez les adultes jeunes. Cette diminution est particulièrement intéressante dans un contexte où le vieillissement s’accompagne d’une perte progressive de masse et de fonction musculaire.

Ces résultats ouvrent ainsi une nouvelle piste de recherche : une microbiote intestinale favorable pourrait-elle aider à préserver la santé et la force musculaire au fil du vieillissement ?

Un mécanisme différent de celui attendu

Bien que Roseburia soit connue pour produire des acides gras à chaîne courte tels que le butyrate, l’étude n’a pas constaté de différences significatives dans ces métabolites. En revanche, R. inulinivorans a provoqué des modifications dans le métabolisme de certains acides aminés et dans des voies métaboliques musculaires liées aux purines et à la voie des pentoses phosphate.

Cela est particulièrement pertinent car cela suggère que les effets du microbiote sur le muscle pourraient être bien plus complexes que la simple production d’acides gras à chaîne courte.

Un avenir prometteur

Ces résultats renforcent l’idée selon laquelle prendre soin du microbiote pourrait faire partie des stratégies futures visant à favoriser un vieillissement en bonne santé et à préserver la fonction musculaire.

Il est encore trop tôt pour parler d’un traitement probiotique contre la perte musculaire : les résultats chez l’humain sont principalement associatifs et les effets causaux n’ont été démontrés jusqu’à présent que dans des modèles animaux. Les auteurs soulignent la nécessité de réaliser des essais cliniques permettant de vérifier si l’administration de R. inulinivorans peut produire des bénéfices similaires chez l’homme.

Quoi qu’il en soit, le message est très stimulant : l’intestin et le muscle semblent être bien plus connectés qu’on ne le pensait, et certaines bactéries pourraient devenir de nouveaux outils pour protéger la fonction musculaire, accompagner un vieillissement sain et lutter contre la perte de force associée à l’âge.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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