
Qu’est-ce que c’est
Le trouble des crises hyperphagiques se caractérise par des épisodes d’ingestion compulsive de manière récurrente.
À chaque épisode, la personne absorbe une quantité de nourriture nettement supérieure à ce que la plupart des individus consommeraient dans le même laps de temps et ressent ensuite un sentiment de culpabilité. « Cela ne répond pas à une sensation de faim, mais à des situations d’anxiété, de malaise et d’instabilité émotionnelle », précise Marina Díaz-Marsá, présidente de la Société de psychiatrie de Madrid et vice-secrétaire de la Société espagnole de psychiatrie biologique. De plus, cela se produit en solitaire et, principalement, en fin d’après-midi et le soir.
Un autre aspect important est que, contrairement à ce qui est observé chez les personnes souffrant de boulimie, les personnes atteintes de trouble des crises hyperphagiques ne font rien pour compenser cette suralimentation (ni vomissements provoqués, ni laxatifs, ni exercice physique intense). C’est pourquoi, comme l’explique Fernando Fernández-Aranda, responsable de l’Unité des Troubles de l’Alimentation du Centre Hospitalier Universitaire de Bellvitge à Barcelone, « cela conduit habituellement à une augmentation du poids qui, à terme, se traduit par une obésité importante ».
Incidence
Il n’existe pas d’études vastes et spécifiques sur l’incidence et la prévalence de ce trouble en Espagne. Díaz-Marsá estime, s’appuyant sur les données relatives à d’autres troubles des conduites alimentaires et sur les chiffres enregistrés dans d’autres pays, que il pourrait affecter environ 3 % de la population. Fernández-Aranda calcule que la somme des patients atteints de boulimie et de trouble des crises hyperphagiques pourrait atteindre 4 % de la population.
En ce qui concerne le profil des personnes touchées, le trouble est plus fréquent chez les femmes (seulement 20-30 % des patients étant des hommes) et survient dans une tranche d’âge plus élevée que celle observée pour l’anorexie ou la boulimie. « L’âge le plus fréquent d’apparition se situe entre 23,3 et 25,4 ans », précise la psychologue Montse Bascuas, directrice des Consultations externes de ITA Urgell.
Causes
Tout comme pour d’autres troubles de l’alimentation, les causes du trouble des crises hyperphagiques sont multifactoriels.
Des dérèglements neurobiologiques ont été décrits, liés à une vulnérabilité accrue. On peut donc affirmer qu’« il existe une biologie qui peut déterminer ce trouble », rappelle Díaz-Marsá. Bascuas ajoute qu’« il semble exister un schéma familial qui suggérerait l’influence de facteurs génétiques ».
Mais il existe d’autres causes possibles et il n’est pas toujours possible de déterminer laquelle est la plus importante. Il faut souligner les causes psychologiques, comme le manque d’estime de soi, l’anxiété, les difficultés dans les relations interpersonnelles, des problèmes pour faire face au stress…
De même, dans de nombreux cas, on peut parler de causes familiales. Ici, ce sont les abus subis dans l’enfance, mais aussi les conflits entretenus au sein de la famille qui sont mis en évidence.
Enfin, les causes sociales ne sont pas négligeables, se manifestant à travers la pression culturelle autour de la minceur. Toutefois, précise Díaz-Marsá, « cette pression sociale serait moins significative dans le trouble des crises hyperphagiques que dans l’anorexie ou la boulimie ».
Symptômes
Un épisode de crise hyperphagique se caractérise par les éléments suivants :
- Ingestion, sur une période donnée, d’une quantité d’aliments nettement supérieure à celle que la majorité des personnes consommeraient dans des circonstances similaires.
- Sensation de manque de contrôle sur ce qui est ingéré pendant l’épisode.
Les épisodes de crises hyperphagiques s’accompagnent de trois (ou plus) des faits suivants :
- Manger beaucoup plus rapidement que d’habitude.
- Manger jusqu’à se sentir désagréablement plein.
- Manger de grandes quantités d’aliments alors même qu’on n’a pas faim.
- Manger seul, en raison de la honte ressentie à propos de la quantité ingérée.
- Se sentir ensuite mal dans sa peau, déprimé ou très honteux.
De plus, les personnes souffrant du trouble éprouvent un mal-être intense par rapport aux crises.
Enfin, un facteur défini ce trouble : il ne s’accompagne pas d’un comportement compensatoire récurrent (vomissements, laxatifs, etc.).
Prévention
La prévention du trouble des crises hyperphagiques doit s’appuyer sur les aspects suivants :
- Alerter sur les régimes et les conduites non saines pour le contrôle du poids. Rappeler qu’il n’est pas nécessaire de cesser de manger pour maigrir.
- Promouvoir une image corporelle positive.
- Éviter les maltraitances liées au poids dans le cadre scolaire.
- Favoriser l’éducation émotionnelle dès l’enfance.
- Enseigner aux enfants l’importance d’une alimentation saine.
Types
Diagnostic
Pour pouvoir établir le diagnostic de ce trouble psychiatrique, les épisodes d’hyperphagie doivent se produire au moins une fois par semaine pendant trois mois.
Beaucoup de personnes concernées consultent d’abord un endocrinologue pour traiter leur obésité et c’est ce spécialiste qui détecte le trouble et les oriente vers un psychiatre. « Dans d’autres cas, comme on connaît déjà le trouble et qu’on en est plus conscient, elles consultent directement le psychiatre », explique Díaz-Marsá.
Traitements
« Les personnes atteintes de ce trouble doivent être prises en charge par une équipe multidisciplinaire spécialisée dans les troubles de l’alimentation, comprenant des psychologues, des psychiatres, des nutritionnistes et des médecins », résume Bascuas. La psychologue ajoute qu’une « intervention globale » serait nécessaire, couvrant divers aspects de la vie du patient, la gestion du contrôle émotionnel et alimentaire, la révision des habitudes et routines peu saines, la fourniture d’outils face au stress et à la gestion des émotions et le travail dans le cadre familial et social.
Le traitement comporte deux grandes approches: psychologique et pharmacologique. « La thérapie psychologique que nous proposons est de groupe, avec d’autres patients », indique Fernández-Aranda. L’objectif est que la personne affectée s’exprime « ouvertement, sans stigmates ».
En ce qui concerne la thérapie pharmacologique, on utilise essentiellement des antidépresseurs de la famille des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et des stabilisateurs de l’humeur, qui contrôlent l’impulsivité.
Autres données
Cette pathologie s’associe très fréquemment à d’autres troubles anxieux ou dépressifs. De plus, comme l’indique Bascuas, tout comme pour d’autres troubles des comportements alimentaires, certains patients « consomment certaines substances (caféine, tabac, stimulants…) pour diverses raisons : faciliter le contrôle de l’appétit et du poids, contrer la sensation de manque d’énergie, comme régulateurs émotionnels… ». Toutefois, « dans de nombreux cas leur utilisation pourrait être peu spécifique et être déterminée par des difficultés de contrôle des impulsions ».
Les aliments consommés lors des crises sont ceux qui procurent la plus grande gratification: glucides, douceurs et produits riches en graisses. Dans ce sens, il convient de noter que le problème est souvent associé à une addiction à la nourriture, présente « dans sept cas sur dix » des troubles des crises hyperphagiques, affirme Fernández-Aranda.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
