Tomás Navarro, psychologue, explique ce que signifie ressentir du ressentiment : ce n’est pas toujours une émotion négative

La rancœur est une émotion secondaire qui, comme la peur ou l’anxiété, est nécessaire à tout être humain. Le psychologue Tomás Navarro en a parlé et, via ses réseaux sociaux, il a expliqué à ses abonnés quelle est sa fonction principale. « Il s’agit de fixer un souvenir d’une charge affective extrêmement élevée avec une personne qui vous a blessé afin de ne pas revivre la même expérience avec cette personne », a-t-il défini.
L’expert a précisé que ce n’est pas la même chose que la haine prolongée : « Il s’agit généralement d’un signal interne indiquant que des limites, des valeurs ou la confiance ont été violées ». Dans ce sens, il a insisté sur le fait que ressentir de la rancœur peut être nécessaire pour diverses raisons. L’une d’elles est qu’elle signale l’injustice. « La rancœur apporte des informations sur ce qui a été nuisible et pourquoi cela nous a affectés », a affirmé Navarro, qui a ajouté que le ressentir met des limites, car « nous reconnaissons que nous ne voulons pas répéter la même situation avec cette personne ». De plus, elle favorise la réflexion en « permettant d’identifier la gravité du tort et de décider des prochaines étapes, comme confronter, s’éloigner ou chercher réparation ».
Comment distinguer la rancœur utile de celle qui est nocive
Le psychologue précise qu’un ressentiment utile est celui qui « dure le temps nécessaire pour établir des limites ou demander des explications, et facilite des actions concrètes ». Celui qui est nuisible, en revanche, « s’enracine, nourrit des ruminations constantes et altère le bien-être physique ou les relations présentes ».
À ce stade, Navarro conseille de consulter un thérapeute pour travailler des stratégies concrètes de régulation émotionnelle au cas où le rancœur :
- Provoque des accès de colère.
- Empêche l’établissement de nouvelles relations.
- S’installe de manière obsessionnelle.
Comment gérer le rancœur de façon pratique
(Photo : Magnific)
L’expert a indiqué qu’il existe plusieurs façons de réguler cette émotion, notamment en la nommant : « Accepter et appeler le sentiment par son nom réduit la honte et clarifie son origine ». D’autre part, il convient de se demander ce qui a été perdu (par exemple, la confiance ou le respect) et ce que l’on souhaite désormais, comme des excuses ou une distance avec l’autre personne.
La communication est également importante. « Si c’est sûr, il faut expliquer à l’autre personne comment le tort a été ressenti et ce que l’on attend ». En fonction de la réponse reçue, une décision sera prise. De plus, la recherche de soutien est essentielle : « Parler avec des amis, de la famille ou des professionnels aide à traiter sans que le rancœur ne devienne une rumination ».
Enfin, il convient de canaliser l’énergie vers d’autres tâches, comme le travail, l’exercice physique ou des activités créatives, « qui peuvent transformer l’intensité émotionnelle en actions constructives ».
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
