Syndrome du côlon irritable: symptômes et traitements

Qu’est-ce que c’est
Le syndrome du côlon irritable, dont le nom le plus exact est le syndrome de l’intestin irritable (SII), se situe au sein d’un groupe de pathologies qualifiées de troubles fonctionnels digestifs. « Il se définit par la présence de douleurs abdominales récurrentes, alternant périodes de symptômes et périodes sans symptômes, associées à des perturbations du rythme intestinal provoquant des épisodes de diarrhée, de constipation ou les deux, pouvant s’accompagner de ballonnements et de distension abdominale, en l’absence de toute maladie organique, infectieuse, métabolique ou neurologique affectant le tractus digestif », précise Antonio M. Moreno García, porte-parole de la Fondation Espagnole de l’Appareil Digestif (FEAD). On l’a également appelé colite nerveuse, colite spasmodique ou colon spastique. Toutes ces dénominations sont aujourd’hui considérées comme inexactes et incomplètes.
Épidémiologie
On estime que cette pathologie touche environ 1 personne sur 10, principalement des femmes jeunes. Elle apparaît le plus souvent avant 35 ans, et son incidence diminue après 60 ans. Elle est plus fréquente chez les patients présentant d’autres pathologies digestives fonctionnelles (notamment la dyspepsie, inconfort gastrique non ulcéreux), chez les femmes présentant des troubles gynécologiques (dysménorrhée) et chez les personnes atteintes de maladies psychiatriques (boulimie, dépression, schizophrénie).
Causes
À ce jour, aucun mécanisme unique n’est connu pour expliquer pourquoi les patients atteints du côlon irritable souffrent de ces symptômes de manière chronique et récurrente. D’un point de vue général, ce qui est le plus accepté et démontré est qu’il existe des altérations de la motilité et/ou de la sensibilité digestive, influencées par des facteurs psychologiques. « On associe de plus en plus l’axe barrière intestinale-microbiote, c’est-à-dire la flore intestinale. Celle-ci semble jouer un rôle très important dans l’activation du système immunitaire au niveau des parois intestinales, ce qui pourrait conditionner cette pathologie », selon Moreno García. Par ailleurs, d’autres altérations ont été proposées et pourraient aussi influencer la maladie : gastro-entérite, intolérances alimentaires, altérations hormonales et facteurs génétiques. Certains experts suggèrent qu’elle pourrait être liée au stress au travail, familial ou financier.
Symptômes
Les symptômes digestifs typiques sont les douleurs et les ballonnements abdominaux, ainsi que des perturbations du rythme intestinal.
- La douleur abdominale est généralement diffuse ou localisée dans l’hypogastre, habituellement sans irradiation, de type colique, oppressant ou lancinant, généralement légère ou modérée, durant moins de deux heures, soulagée par la défécation et qui ne perturbe pas le sommeil. L’apparition ou la présence de douleur abdominale est habituellement associée à un besoin pressant d’aller à la selle ou à des changements dans la fréquence ou la consistance des selles et, souvent, le patient relie le début de la douleur à l’ingestion d’un aliment.
- Les altérations du rythme intestinal peuvent se manifester par une prédominance de constipation ou de diarrhée, ou par alternance diarrhée-constipation. Le distension abdominale et le météorisme se développent progressivement au cours de la journée et sont décrits comme un « excès de gaz ». La satiété précoce après l’ingestion, les nausées, les vomissements et les brûlures d’estomac (pyrosis) sont fréquents.
- Autres symptômes : la sensation d’évacuation incomplète et la présence de mucus dans les selles.
Souvent, on observe des rechutes sans qu’une maladie organique sous-jacente ne puisse l’expliquer, ajoute Susana Jiménez Contreras, spécialiste de la Fondation Espagnole de l’Appareil Digestif (FEAD).
Prévention
Une alimentation adaptée peut aider à prévenir les futurs problèmes liés au syndrome de l’intestin irritable. Il est recommandé de privilégier des repas pauvres en graisses et riches en protéines et en fibres (un bon exemple pour suivre ces recommandations serait d’adopter le modèle alimentaire de la régime méditerranéen). Certains aliments peuvent aussi provoquer un surplus de gaz comme le chou, les légumineuses, les fruits à coque ou les boissons alcoolisées, et ces patients devraient les éviter afin d’atténuer douleurs et inconforts.
Les recommandations générales ajoutent qu’il est très important d’éviter l’alcool, le tabac, les fritures et les repas volumineux. Par ailleurs, Jiménez souligne qu’il est indispensable d’adopter une alimentation adaptée, même si celle-ci doit être personnalisée pour chaque patient. « Si des restrictions alimentaires (lactose, fructose, gluten, FODMAP…) doivent être imposées ou non, cela doit être individualisé ».
Par ailleurs, éviter les situations générant du stress ou de l’« anxiété » peut aussi aider à prévenir l’irritation. Ainsi, essayer de mener une vie calme (dans la mesure du possible), toujours accompagnée de habitudes saines (horaires des repas réguliers, 4-5 repas quotidiens de quantité modérée, activité physique régulière), peut également aider les patients atteints du syndrome de l’intestin irritable. Jiménez conseille aussi :
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Éviter les frits comme moyen de réduire ou d’éliminer les digestions lourdes.
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Les boissons gazeuses augmentent le distension abdominale.
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Les produits édulcorants riches en fructose peuvent augmenter la distension abdominale et peuvent diminuer la consistance des selles ou même provoquer la diarrhée.
L’eau peut également aider à réduire l’irritation si elle est consommée entre un litre et demi et deux litres par jour, car elle prévient aussi la constipation et facilite le passage du bol alimentaire. Il est également recommandé d’essayer de manger à heures fixes chaque jour, ainsi que de régulariser les heures des selles de préférence après le petit-déjeuner, selon la Clinique de l’Université de Navarre.
Faire de l’exercice de façon régulière est aussi recommandé, car il améliore la motilité intestinale. Chez les patients présentant une constipation, l’activité physique peut aider à la contrer.
Types
Le syndrome de l’intestin irritable peut être classé en 5 types selon le symptôme prédominant :
- Syndrome où prédomine la diarrhée.
- Prédominance de constipation.
- Mixte (mélange des deux précédents).
- Indéterminé (on ne peut pas déterminer si la diarrhée ou la constipation prévaut).
- Post-infectieux, qui est généralement du type diarrhéique.
Diagnostics
Le diagnostic repose sur une anamnèse minutieuse et un examen physique complet, qui orientent vers la possibilité d’un côlon irritable. Pour confirmer le diagnostic d’appoint, il faut ensuite réaliser divers examens complémentaires afin d’écarter l’éventualité d’une pathologie organique (diagnostic par exclusion). Parmi ces examens complémentaires peuvent figurer des analyses générales et spécifiques du sang, de l’urine et des selles, des études radiologiques de l’abdomen avec et sans contraste, une échographie abdominale et une sigmoïdoscopie ou une colonoscopie. En fonction des symptômes et de l’âge du patient, on déterminera, au cas par cas, les examens les plus adaptés pour arriver au diagnostic.
Traitements
Il est essentiel de fournir au patient une information adaptée et compréhensible sur les caractéristiques de sa maladie, en particulier sa chronicité et le pronostic bénin. Établir une bonne relation entre le patient et le médecin favorisera l’évolution et réduira le nombre de consultations. Il ne faut pas minimiser les gênes du malade, car ses symptômes sont réels. Une fois que le patient a compris sa pathologie et a pu résoudre toutes ses questions, diverses options de traitement peuvent être envisagées selon la nature et l’intensité des symptômes. Les possibilités actuellement disponibles incluent :
Mesures d’hygiène et diététiques :
Éviter temporairement les aliments et boissons qui déclenchent ou aggravent ses symptômes (toxiques comme le tabac, stimulants comme l’alcool et le café, ceux qui produisent beaucoup de gaz, etc.). Conseiller la pratique d’un exercice physique adapté à son âge et lutter contre la sédentarité. Si la prédominance est la constipation, il faut recommander une augmentation de l’apport en fibres : fruits, légumes, céréales, salades, etc. Dans ce sens, le régime méditerranéen peut servir de référence.
Médicaments:
Seulement lorsque l’intensité des symptômes le nécessite, on peut recourir à des médicaments destinés à contrôler le symptôme prédominant pour une durée limitée. Il peut s’agir d’inhibiteurs des spasmes (spasmolytiques), de stimulants de la motilité (procinétiques), d’antidiarrhéiques, de laxatifs, d’antidépresseurs et d’anxiolytiques.
Selon Moreno García, il existe de nombreux médicaments qui peuvent être utilisés en monothérapie ou en association, selon le symptôme prédominant :
Fibre: il existe différents types de fibres, la soluble (psyllium, ispaghula) et l’ insoluble (son de blé). Dans plusieurs études, on a évalué les effets des différentes fibres sur le syndrome de l’intestin irritable, constatant que la fibre soluble améliore les symptômes, à l’exception du distension et des douleurs abdominales. La fibre insoluble n’a pas démontré d’amélioration significative.
Laxatifs: utilisés dans les cas à prédominance de constipation.
Antidiarrhéiques: ce sont des médicaments utilisés lorsque la diarrhée prévaut. Dans ce groupe, on trouve la lopéramide, la codéine et les résines échangeuses d’ions.
Spasmolytiques: ce sont des médicaments qui agissent sur la fibre musculaire lisse du tractus digestif, en inhibant sa motilité. Ils améliorent généralement la douleur abdominale chez une grande proportion de patients.
Agonistes des récepteurs de la sérotonine 5HT4: ces médicaments stimulent la motilité intestinale et réduisent la sensibilité viscérale, améliorant le transit intestinal et la douleur. Ils seraient indiqués dans les cas de constipation réfractaire à d’autres mesures. Aujourd’hui, la prucalopride est commercialisée et utilisée dans des cas sélectionnés.
Linaclotide: c’est un peptide qui se lie aux récepteurs de guanylate cyclase C de l’intestin. Cela provoque une réduction de la sensibilité intestinale, diminue la douleur abdominale et augmente la quantité de liquide produite au niveau intestinal tout en bloquant son absorption, ce qui améliore le transit intestinal. Il est utilisé dans les cas de constipation modérée à sévère sans réponse aux traitements antérieurs. Il présente un très bon profil de sécurité et est considéré comme très sûr.
Antidépresseurs: ils ont été utilisés non pas pour réguler l’humeur, mais pour leur mécanisme d’action au niveau intestinal. Il existe deux groupes, les antidépresseurs tricycliques, tels que l’amitriptyline, et les ISRS, plus modernes et au meilleur profil de sécurité, parmi lesquels se distingue la paroxétine. Ces médicaments régulent la sensibilité viscérale et favorisent la motilité.
Probiotiques: leur rôle n’est pas encore totalement démontré, mais il semble qu’ils améliorent le météorisme et les distensions abdominales.
Autres:
TMS comme psychothérapie, l’acupuncture ou l’hypnothérapie peuvent aider certains patients à mieux supporter les symptômes du syndrome de l’intestin irritable.
Jiménez précise qu’il convient de souligner qu’il n’existe pas de formules magiques (nettoyage du côlon, régimes définitifs) qui parviendraient à guérir la maladie, car il s’agit d’un trouble chronique qui se manifeste par des poussées ou des périodes alternant avec des rémissions cliniques.
Données complémentaires
Syndrome de l’intestin irritable et Covid-19
Les spécialistes du système digestif ont observé une forte augmentation des cas de syndrome de l’intestin irritable après avoir eu le covid-19. C’est ce que révèle une étude internationale à laquelle ont participé des chercheurs de l’Hôpital Vall d’Hebron, à Barcelone, et publiée dans la revue Gut. Les résultats montrent une augmentation significative du risque de développer le SII (3,2 %) chez les patients admis pour Covid-19, comparativement aux témoins (0,3 %).
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
