Surmonter un tremblement de terre: comment gérer un danger incontrôlable selon la psychiatrie

Temps de lecture
7 min

Lorsqu’un désastre naturel survient ou que nous vivons une situation où notre vie est en danger, les alarmes de notre organisme se déclenchent. C’est normal. Le problème survient lorsque tout ce que nous ne pouvons pas contrôler ou anticiper nous cause de l’angoisse. Pour donner un exemple, si nous avons été proches du séisme de Grenade, de celui du Venezuela ou de celui de Colombie, est-il normal de vivre dans un État d’alerte permanent ?

À cela répond Ana Isabel Sanz, directrice de l’Institut Psychiatrique Ipsias, qui explique que tout ce qui survient sans avertir contredit nos besoins fondamentaux de sécurité, de contrôle et de survie. Ainsi cela peut s’activer de façon excessive le système limbique et l’amygdale, générant ce que l’on appelle l’anxiété anticipatoire: la peur que quelque chose puisse arriver sans que nous puissions le prévoir, le planifier ou le contrôler.

Pour cette raison, lorsqu’un désastre naturel ou un tremblement de terre se produit, notre corps autant que notre esprit en subissent les effets. « Il est compréhensible que pendant un certain temps l’angoisse, les tensions musculaires, les altérations du rythme cardiaque ou une plus grande tendance à sursauter persistent », explique Sanz.

Ces réactions physiologiques au stress et au trauma dureront plus ou moins longtemps en fonction de la durée de l’événement qui les provoque. « Un tremblement de terre peut avoir des répliques et d’autres catastrophes naturelles qui peuvent maintenir un certain degré d’incertitude pendant une période ultérieure », ajoute Sanz.

Lorsque le calme revient et que la situation se stabilise, chaque personne connaît une période de rétablissement de l’équilibre psychophysique qui lui est propre.

(Foto: Ana Isabel Sanz)

Symptômes postérieurs au désastre

Selon la psychiatre, le temps variera mais il est établi que les symptômes suivants peuvent persister entre un et six mois. C’est pourquoi il faut être vigilant s’ils sont très intenses ou s’ils se prolongent au-delà de cette plage :

  • Réactions de sursaut et activation excessive.
  • Souvenirs récurrents ou flashbacks.
  • Alterations du sommeil.
  • Évitations de certaines situations.
  • Une certaine anesthésie affective.

Chaque personne mettra fin à la normalité après un événement stressant à son propre rythme. Certains auront besoin de plus de temps et d’autres moins. Pourquoi cela se produit-il ? Sanz explique que cela peut dépendre de différents facteurs. « Certains tiennent à notre biologie : notre structure neurologique, le fonctionnement de notre cerveau, la manière dont notre système hormonal réagit ou notre tempérament. Ce sont des caractéristiques que nous ne choisissons pas ». La psychiatre ajoute que cela dépend également de notre histoire personnelle : « l’exposition depuis l’enfance à des situations traumatisantes, des menaces permanentes, l’incertitude ou des dommages peuvent nous rendre particulièrement vulnérables face à une nouvelle catastrophe ».

« Par conséquent, la biologie, l’apprentissage et l’histoire personnelle, associées au soutien social dont nous disposons, peuvent marquer des différences importantes dans la manière dont nous réagissons face à un désastre ».

Comment faire face à l’événement stressant

La théorie est toujours plus facile que la pratique. Mais si nous savons comment devons-nous réagir, cela peut peut-être nous aider lorsque nous sommes face à un tremblement de terre ou à une autre catastrophe naturelle. L’essentiel dans un premier temps est de préserver l’intégrité physique et « d’essayer de sortir de l’engourdissement initial pour retrouver le contact avec la réalité ».

La psychiatre ajoute qu’être accompagné d’autres personnes et aider ceux qui en ont besoin peut aussi aider à se reconnecter avec soi-même. De plus, elle conseille :

  • Réaliser des techniques de respiration profonde pour favoriser la connexion esprit-corps.
  • Ne pas s’exposer de manière excessive à l’information sur l’événement.
  • Ne pas s’isoler et partager nos émotions avec quelqu’un afin de rester connecté au présent.
  • Prendre soin de notre santé physique.

Préparer une trousse ou une valise d’urgence

Les services d’urgence recommandent d’avoir prête une petite trousse ou un sac de secours avec les médicaments habituels au cas où il faudrait quitter le domicile précipitamment. Sanz rappelle que le fait de l’avoir préparé en période d’instabilité est un outil de prévention qui ne devrait pas augmenter le stress tant que nous n’en faisons pas une signification catastrophique. Au contraire, ce type de mesures peut apporter un certain degré de calme car elles nous offrent une sensation minimale de contrôle sur ce qui pourrait arriver ».

Néanmoins, la frontière entre être préparé et vivre en état d’alerte se brouille quelque peu et il n’est pas toujours facile de se remettre d’une expérience qui a mis en danger notre vie, notre environnement, notre domicile et qui a causé des dommages physiques et émotionnels. « Une préparation adaptée nous aide à faire face à ce qui s’est passé. Cependant, une alerte permanente peut finir par générer une souffrance et un épuisement psychologique et physique continus sans apporter aucune utilité pratique ».

La psychiatre rappelle que si, après une expérience traumatique, nous présentons des symptômes émotionnels et des conduites qui entravent notre vie quotidienne, l’autosoins et les relations sociales, « il faut envisager que cette réponse anxieuse commence à devenir un problème auquel il faut porter attention et qui peut nécessiter une aide spécialisée ».

La peur dans notre propre foyer

Parfois, notre domicile peut devenir source d’insécurité et de peur si la catastrophe a affecté sa structure ou si nous y étions lors de l’événement. La première chose à faire est de garantir la sécurité des lieux, « qu’il n’existe pas de risques structurels, que les sorties sont dégagées et que nous disposons des éléments indispensables au cas où il faudrait quitter rapidement les lieux », précise Sanz.

Une fois les questions de sécurité physique résolues, il faut prendre en compte la santé émotionnelle en cas de peur intense. La psychiatre conseille de revenir progressivement, par périodes courtes, « en tolérant un certain niveau de malaise et en utilisant des techniques de relaxation, afin d’augmenter progressivement le temps. Il est également important de ne pas nier ni masquer la peur que provoque le retour ».

Éviter l’infoxication

On appelle infoxication, mot dérivé de l’« intoxication informationnelle », à la surcharge d’informations qui survient après certains événements et qui est d’une telle ampleur qu’il nous est impossible de tout traiter. Le fait d’informer sur les catastrophes est positif, mais parfois la diffusion mondiale est immense, notamment par le biais d’images et de nouvelles qui se répètent sans cesse. Cette surexposition peut exercer un effet multiplicateur sur cette peur logique face à ce qui échappe à notre contrôle », explique Sanz.

Selon la psychiatre, l’infoxication « plus qu’aider à être préparés peut nous maintenir dans un état d’activation continue et nous faire vivre la catastrophe par anticipation ». Il est préférable que la partie la plus rationnelle nous permette de nous préparer de manière sensée et d’être prudents face à d’éventuels phénomènes adverses, mais sans vivre en permanence en fonction d’eux ».

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

Laisser un commentaire

Le guide des hôpitaux et cliniques de France.

Recherchez parmi les 1335 établissements