Socrate : l’orgueil divise les hommes, l’humilité les unit

Il existe des phrases qui circulent et qu’on attribue à de grands philosophes classiques, résumant bien leur pensée, même si l’on ne peut pas toujours retrouver leur source exacte.
Celle-ci, associée à Socrate, cadre avec sa manière de comprendre les relations humaines et l’introspection: l’orgueil nous sépare, l’humilité nous rapproche. Deux mille cinq cents ans plus tard, l’observation demeure facile à reconnaître au quotidien.
Il suffit de se rappeler d’une dispute où aucune des deux parties n’a voulu céder, ou d’un malentendu qui s’est prolongé plus que nécessaire parce que personne n’a voulu présenter des excuses en premier lieu. L’orgueil a une façon très concrète de faire du mal dans les relations, et l’humilité a une façon tout aussi concrète de les réparer.
Pourquoi l’orgueil sépare
L’orgueil, dans sa version la plus problématique, n’est ni estime de soi ni sécurité personnelle: c’est la nécessité d’avoir raison, de ne pas être inférieur, de protéger son image personnelle à n’importe quel coût.
Lorsque ce besoin domine une conversation, l’objectif cesse d’être de se comprendre et devient de gagner. Ce changement subtil transforme le dialogue en une épreuve de force, et les épreuves ne créent pas de lien.
Les situations où cela se remarque le plus sont les plus quotidiennes. Par exemple, dans une critique reçue sur la défensive avant de l’écouter, dans la discussion qui s’allonge parce qu’aucun ne veut céder ou dans le silence gênant qui suit une erreur que personne ne reconnaît. L’orgueil agit souvent silencieusement, fermant des portes.
Ce que fait l’humilité en pratique
L’humilité n’est pas penser moins de soi-même ni accepter n’importe quoi sans discernement. C’est quelque chose de plus précis: la capacité de reconnaître ses propres erreurs, d’écouter sans interrompre, d’évaluer ce que les autres apportent sans avoir le sentiment que cela enlève quelque chose à soi.
Dans les gestes du quotidien, l’humilité se manifeste par de petites choses :
- Accepter une critique sans réagir sur la défensive: tout ce qui dérange n’est pas une attaque. Bien souvent, c’est une information utile qui arrive de manière maladroite.
- Demander pardon lorsque c’est nécessaire: sans détour, sans ajouter un “mais” qui reporte une partie de la faute sur l’autre.
- Écouter vraiment: laisser l’autre terminer de parler avant de préparer la réponse, au lieu d’écouter seulement la partie qui confirme ce que l’on pense déjà.
- Reconnaître le travail des autres: accorder le mérite là où il se doit, sans chercher à diminuer pour briller soi-même.
- N’avoir pas toujours besoin d’avoir le dernier mot: clore une conversation à temps est aussi une forme d’intelligence relationnelle.
La comparaison comme piège de l’orgueil
L’une des habitudes qui nourrissent le plus l’orgueil et compliquent l’humilité est la comparaison constante. Lorsque sa propre valeur se mesure par rapport à ce que possèdent ou que font les autres, l’ego a besoin d’être toujours au-dessus pour se sentir bien.
Cet état génère une compétitivité là où elle n’est pas nécessaire et ferme la porte à l’apprentissage des autres, car apprendre suppose de reconnaître que quelqu’un sait plus.
La phrase de Socrate ne présente pas l’humilité comme une faiblesse ni comme une soumission. Elle la propose comme un outil de lien: celui qui permet que deux personnes puissent être en désaccord sans que la relation se brise, que une erreur ne devienne pas une dette permanente et que les conversations difficiles se terminent mieux qu’elles ne l’ont été au départ.
Cela, dans la pratique, est ce qui distingue les personnes qui inspirent confiance de celles qui créent de la distance.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
