Raideur, douleur et fatigue : les signes d’une maladie qui touche une personne sur cent

Peut-être que lorsque l’on entend parler de rhumatologie on l’associe au réuma ou peut-être à l’arthrite, mais il est vrai que cette spécialité recouvre bien d’autres maladies à caractère métabolique, inflammatoire articulaire et auto-immunes systémiques… Et parmi ces dernières figurent le lupus, la vascularite, la sclérodermie, les myopathies inflammatoires, le syndrome de Sjögren… Mais la plus fréquente de toutes est précisément celle qui est la mieux connue : l’arthrite rhumatoïde (AR).
“Une sur cent de personnes en Espagne a atteint l’arthrite rhumatoïde, selon Susana Romero, présidente de la Sociedad Española de Reumatología (SER), à l’occasion du XIVe Simposio de AR de la SER, qui s’est tenu à Barcelone. Cela se traduit par plus de 400 000 personnes atteintes par cette maladie.
Profil de la personne atteinte d’arthrite rhumatoïde
L’AR apparaît avec une fréquence plus élevée chez les femmes. “Elle tend à se manifester à l’âge moyen de la vie, mais il existe aussi des enfants et des personnes âgées touchés par la maladie”, indique Romero. Chez les femmes, l’évolution peut être influencée par des facteurs hormonaux, biologiques, génétiques et sociaux.
Cette maladie auto-immune systémique demeure une maladie chronique qui, à ce jour, n’a pas de remède, mais diagnostiquer la maladie le plus tôt possible permet aux personnes concernées de continuer à mener une vie semblable à celle qu’elles avaient sans elle. Tel est du moins l’objectif des médecins qui en prennent soin.
Pour cette raison, il est crucial de la diagnostiquer aussi tôt que possible, car cela aide à éviter des dommages sur les structures ou organes qui pourraient devenir irréversibles. À cet égard, les spécialistes de la SER ont souligné qu’il est très important que les médecins généralistes ainsi que le grand public connaissent les signes d’alerte les plus fréquents.
Symptômes les plus fréquents
L’arthrite rhumatoïde n’a pas nécessairement pour point de départ une inflammation des articulations, explique Romero. En effet, les signes initiaux peuvent apparaître sous différentes formes :
- Fatigue.
- Rigidité et engourdissement au lever.
- Douleurs articulaires sans inflammation.
- Des anomalies biologiques, qui peuvent parfois constituer le premier signal d’alerte quant à l’apparition de la maladie.
- Douleur inflammatoire qui s’accentue lors du repos ou juste après.
- Inflammation dans plusieurs articulations.
- Nodules cutanés.
- Affectation pulmonaire, cardiaque ou oculaire.
Mais, de plus, l’une des caractéristiques de ces symptômes est qu’ils persistent dans le temps, selon ajoute Héctor Corominas, responsable du Comité Organisateur Local du symposium.
Facteurs qui influent sur son apparition
La maladie présente une prédisposition génétique, c’est-à-dire que le risque de la développer se transmet. Et des facteurs environnementaux y jouent un rôle. L’un des plus importants, souligne Romero, est le tabac.
“Il est démontré que le tabac, chez des personnes génétiquement prédisposées, favorise le développement de la maladie en modifiant la conformation de certaines protéines par rapport à celles qui deviendraient des anticorps, et déclenche ainsi toute la cascade inflammatoire.” En outre, poursuivre le tabagisme rend les traitements moins efficaces.
Pour cette raison, la présidente de la SER conseille aux personnes ayant des proches atteints d’AR de ne pas commencer à fumer, car c’est l’un des facteurs de risque les plus importants.
Des traitements qui fonctionnent
Corominas rappelle que, bien que le diagnostic d’une maladie chronique puisse être difficile à accepter, “avec la recherche actuelle, les traitements et l’amélioration des méthodes diagnostiques, le pronostic de la maladie s’est énormément amélioré ces dernières années. Nous disposons d’un arsenal d’environ 15 médicaments pour traiter la maladie”.
Pour cela, on suit la personne afin de s’assurer que le traitement fonctionne et ne progresse pas, et de l’ajuster si nécessaire. L’objectif, avant tout, est de diagnostiquer tôt pour que la personne puisse conserver sa qualité de vie et ne pas développer de dommages sur ses organes et ses articulations, afin de mener une vie aussi épanouie que possible.
De plus, dans le cadre du traitement “on tient également compte de paramètres tels que le risque cardiovasculaire, la santé osseuse, la fatigue, la santé émotionnelle, l’activité physique, la nutrition et l’impact de la maladie sur la vie professionnelle et sociale”, souligne Delia Reina, chef du Service de Rhumatologie de l’Hôpital Sant Joan Despí Moisés Broggi, à Barcelone.
(Photo: Magnific)
Habitudes de vie
Mais il faut aussi adopter d’autres habitudes de vie saines, qui comprennent une alimentation équilibrée selon le modèle méditerranéen, avec fruits et légumes frais, légumineuses, poisson, viande blanche, huile d’olive extra vierge… « Le régime méditerranéen est fondamental », affirme Romero.
Outre l’abstinence tabagique, il ne faut pas non plus consommer d’alcool, et il convient de commencer à pratiquer une activité sportive adaptée aux besoins et caractéristiques de chacun. « Non seulement pour le bien-être du corps mais aussi pour maintenir la capacité fonctionnelle », ajoute la présidente de la SER.
Dans l’AR, l’exercice doit être sans impact afin de ne pas endommager les articulations, mais cela ne signifie pas des limitations : on peut nager, danser, marcher à un bon rythme et même faire des exercices de renforcement mais toujours sous la supervision d’un professionnel. « Parfois, il vaut mieux le faire par répétitions et avec peu de charge », souligne Romero.
Supplémentation
Les compléments, aussi populaires soient-ils, ne sont pas nécessaires dans l’arthrite rhumatoïde, selon Romero à CuídatePlus. « Ils peuvent être compensés par une bonne alimentation. Aujourd’hui, il n’existe aucune preuve scientifique qui les justifie. Il faut faire preuve de prudence, nous prescrivons ce qui repose sur des preuves scientifiques rigoureuses ».
Maladies associées
L’AR peut s’associer à d’autres maladies auto-immunes, mais, de plus, « lorsqu’elle est active, elle constitue un facteur de risque cardiovasculaire indépendant », explique la présidente de la SER. Et, si l’inflammation n’est pas maîtrisée, elle accroît également le risque d’ostéoporose, de fractures et d’infections.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
