Presbytie : causes, symptômes et traitements
Qu’est-ce que c’est
La presbytie ou vue fatiguée correspond à la difficulté de l’œil à faire le point correctement sur les objets proches en raison de l’âge. Cette affection apparaît habituellement autour de 40‑45 ans.
La presbytie débute par une difficulté à voir de près et finit par rendre la vision rapprochée pratiquement impossible. Au début, la personne éloigne ce qu’elle veut voir ou lire pour tenter de compenser ce problème de mise au point. « Mais après quelques années arrive un moment où, même en éloignant ce que l’on veut regarder, la lecture n’est plus possible », explique
José I. Blázquez, de l’Unité de Cornée et Cristallin de l’Institut Ophtalmologique Fernández-Vega.
María Luisa Sánchez Rodríguez, professeure de la filière Optique et Optométrie de la Faculté de Pharmacie de l’Université CEU San Pablo, ajoute que la presbytie est une conséquence du vieillissement : « À partir de 40‑45 ans, toutes les personnes deviennent présbyopes ».
Causes
La presbytie est une conséquence de la perte de souplesse du cristallin, la lentille naturelle de l’œil, qui nous permet de focaliser les objets proches et de les voir nets, ainsi que du détérioration musculaire liée à l’âge. L’œil dispose d’un muscle, appelé ciliaire, qui assure l’accommodation.
Le muscle ciliaire, comme les autres muscles du corps, perd son élasticité avec le temps et, par conséquent, sa capacité à focaliser le cristallin et à bien voir de près.
« Le cristallin modifie sa courbure pour assurer la mise au point aussi bien pour la vision lointaine que rapprochée. À partir de cet âge –les 40‑45 ans– cette capacité à modifier la courbure se perd. Ainsi, il n’est plus possible d’ajuster pour la vision rapprochée et la personne commence à rencontrer des difficultés à cette distance », affirme Blázquez.
L’utilisation des écrans, lire dans l’obscurité, lire beaucoup ou réaliser d’autres activités nécessitant une vision de près n’accélèrent ni n’entraînent l’apparition de la presbytie.
Symptômes
Vers 40‑45 ans, les premiers symptômes de la presbytie apparaissent et les personnes remarquent que quelque chose ne va pas lorsqu’elles réalisent qu’un livre ou un magazine doit être tenu plus loin pour être lu. Sánchez remarque qu’il est très fréquent de voir, à partir de 40 ans, des gens « étirer les bras et éloigner ce qu’ils veulent lire pour le mettre au point ».
Le fait de perdre la capacité du cristallin à faire la mise au point entraîne une vision floue en vision intermédiaire ou de près. La perte est ressentie progressivement et l’impossibilité de focaliser les objets proches s’accroît jusqu’à ce qu’à environ 60‑65 ans il soit difficile de lire de près. « On ne voit plus non plus les appels sur le téléphone », ajoute Blázquez.
Outre la diminution de la capacité à focaliser les objets proches, les personnes peuvent souffrir de céphalées et présenter de la fatigue oculaire.
À partir de 45 ans, de nombreuses personnes ont besoin de lunettes pour traiter la presbytie.
Prévention
La presbytie est une affection qui survient en raison du vieillissement, il n’existe donc aucune méthode efficace pour prévenir son apparition.
De ce fait, Blázquez rappelle qu’il « n’y a aucun moyen de prévention ; il s’agit d’un problème physiologique. Le motif fondamental est que, d’un point de vue anatomique et physiologique, le cristallin devient plus rigide avec l’âge ».
Types
Cette pathologie ne possède aucun sous-type.
Diagnostics
Pour diagnostiquer la presbytie, le spécialiste évaluera la vision de près afin de déterminer si le patient a besoin de lunettes ou de lentilles de contact.
Selon le cas, le médecin pourra demander des examens complémentaires qui permettent d’établir le diagnostic, tels qu’un examen d’acuité visuelle, un examen de réfraction ou une étude de la rétine, entre autres. En fait, compte tenu de l’âge auquel apparaît la presbytie, Blázquez conseille de consulter un ophtalmologiste pour dépister d’autres maladies oculaires qui se présentent après la quatrième décennie, comme le glaucome, les cataractes et des problèmes de la rétine.
La presbytie peut apparaître chez des personnes qui n’avaient pas besoin de lunettes pour voir (émétropes) jusqu’à la quatrième décade, tout comme chez les myopes et les hypermétropes. « Ce défaut de presbytie, lorsque la personne a déjà un défaut de loin et si elle est hypermétrope, se cumule. Par exemple, si une personne porte des lunettes pour la distance avec une hypermétropie de 1 dioptrie, le défaut de près s’ajoute. Elle porterait donc une correction de loin plus une correction de près, soit deux corrections», explique Blázquez. En hypermétropie, la presbytie s’accélère et apparaît autour de 43‑44 ans parce que le défaut est cumulé.
Dans le cas des myopes, l’effet de la presbytie est inverse. Chez les myopes, la presbytie apparaît plus tard, autour de 46‑47 ans. Cependant, elle survient toujours avant 50 ans. « Le patient remarque qu’avec sa paire de lunettes de loin il voit bien de loin mais a des difficultés de près. Mais lorsqu’il enlève sa lunette, c’est-à-dire lorsqu’il devient myope, il voit bien de près. C’est tout à fait typique que les myopes faibles, à 1, 2 ou 3 dioptries, lorsqu’ils veulent voir de près, retirent leur lunettes de loin », ajoute Blázquez.
Traitements
La presbytie n’a pas de cure. Néanmoins, le patient dispose d’un ensemble d’options correctrices qui permettront de restaurer une partie de sa vision et d’assurer une bonne qualité de vie.
La perte de cette capacité à faire la mise au point peut être compensée, explique Blázquez, « en utilisant des lunettes à verres positifs pour la vision de près. Combien de dioptries faut-il utiliser ? De manière progressive, on commence par 0,50 ou 1 dioptrie vers 45‑46 ans; 2 dioptries vers 52 ans; 2,5 dioptries vers 55 et le maximum est de 3 dioptries près vers 60 ans ».
Cependant, après évaluation par le spécialiste et confirmation du diagnostic, le professionnel choisira l’option qui convient le mieux à chaque cas :
Correction optique
Les principales options de verres sont :
- Lunettes conventionnelles : Corrigent la mise au point pour la vision de près, mais déforment les distances lointaines et intermédiaires.
- Lunettes bifocales : Facilitent l’alternance entre la vision de près et celle de longue distance. Cela est dû à la disposition des verres, qui permet à l’œil de converger correctement pour la proximité dans la partie inférieure de la lentille et pour la distance dans la partie supérieure.
- Lunettes progressives : Permettent la vision à toute distance simplement en décalant la position de la tête. La structure est la même que celle des verres bifocaux, mais sans ligne nette entre la partie inférieure destinée à la presbytie et la partie supérieure. Selon Sánchez, ce type de verres peut aussi être utilisé par des personnes qui n’ont jamais eu besoin de lunettes pour la distance, car il leur permet de voir de près à tout moment sans avoir à mettre ou retirer les lunettes.
- Lentilles de contact : Imitent le système des lentilles multifocales, bien qu’il existe aussi des lentilles monofocales ; l’une corrige de près et l’autre de loin. Les lentilles de contact pour corriger la presbytie peuvent aussi être utilisées chez les émétropes, bien que cela ne soit pas habituel.
Chirurgie
L’une des techniques chirurgicales les plus utilisées consiste en une correction au laser. On peut aussi recourir à une implantation de prothèses (technique Schachar) qui rétablit l’écartement entre le cristallin et le muscle ciliaire.
Lentilles intraoculaires
Les lentilles intraoculaires peuvent être multifocales, bifocales et à focalisation variable. Depuis environ une décennie, on pratique l’implantation de lentilles intraoculaires multifocales. « Les dernières générations sont appelées trifocales, car elles présentent trois points importants de focalisation : lointain, intermédiaire pour travailler avec des écrans et proche pour la lecture à environ 30–33 cm. Cela permet de voir à toutes les distances sans lunettes », explique Blázquez. Cette technique est indiquée pour tout type de personnes, bien que chez les myopes on perde une certaine qualité de vision de près.
Cet implant de lentille intraoculaire multifocale ou trifocale peut également être utilisé chez les personnes ayant une vision normale et presbytie.
Pour les insérer, le spécialiste suit la procédure habituelle des interventions de cataractes, en remplaçant le cristallin par une lentille intraoculaire.
Pour corriger la vue de près et de loin, on superpose deux lentilles sur la rétine. Cependant, cela peut provoquer que le patient ait des limitations visuelles et des gênes nocturnes selon le cas.
Autres données
Cette condition affecte aussi bien les myopes que les hypermétropes, bien que ces derniers aient tendance à en souffrir plus tôt, et aussi les personnes qui n’ont jamais porté de lunettes (émétropes).
Avec le temps, la difficulté à voir va augmenter et, si elle n’est pas corrigée, c’est-à-dire si l’on n’utilise pas de lunettes, cela peut modifier le mode de vie du patient et peser sur des activités quotidiennes comme la conduite ou le travail, car on perd la capacité de se concentrer sur de courtes distances.
Sánchez recommande que les lunettes soient conçues de manière personnalisée en optique afin de garantir « que les lunettes soient adaptées aux besoins réfractifs de la personne, car les deux yeux n’ont pas toujours la même correction ni les centres optiques identiques », au-delà des lunettes vendues en pharmacie.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

