Pourquoi certains vêtements sentent-ils plus la sueur que d’autres ? Une dermatologue explique quels tissus éviter.

Avec l’arrivée de la chaleur, la transpiration et les odeurs corporelles deviennent une préoccupation courante. Comme le souligne A CuídatePlus Isabel del Campo, directrice médicale de l’Institut de Dermatologie Intégrale (Idei), « il est très important de comprendre que la sueur, à elle seule, n’a guère d’odeur ». À cet égard, elle précise que les mauvaises odeurs apparaissent lorsque les bactéries qui font partie de la microbiote cutanée décomposent certaines substances présentes dans la sueur, notamment celles produites par les glandes apocrines des aisselles et de l’aine. « En conséquence, des composés responsables de cette odeur si caractéristique sont libérés. Lorsque l’odeur est intense et continue, indépendamment de l’hygiène, on parle de bromhidrose ».
Les vêtements jouent un rôle important dans ce processus. Certains textiles retiennent davantage l’humidité et la chaleur, créant un environnement qui favorise la prolifération de ces bactéries. De plus, « certains tissus absorbent et retiennent plus facilement les substances responsables de l’odeur, de sorte que les vêtements peuvent continuer à sentir après un lavage ou redevenir odorants au réchauffement du corps », indique l’experte. En somme, « il ne s’agit pas que certains vêtements font transpirer davantage, mais que certaines matières favorisent la formation de l’odeur et sa persistance ».
En ce qui concerne le type de vêtement qui favorise le plus le malodor, Del Campo pointe les tissus synthétiques, en particulier le polyester ou certaines mélanges de fibres artificielles: « Ils retiennent davantage l’humidité et retiennent facilement les composants présents dans la sueur responsables du mal odor, ce qui facilite la prolifération bactérienne et rend l’odeur plus persistante ».
À l’inverse, les textiles naturels comme le coton ou le lin permettent une meilleure ventilation de la peau et facilitent l’évaporation de la sueur, aidant ainsi à maintenir la peau plus sèche plus longtemps. Par ailleurs, poursuit la dermatologue, « il existe des tissus techniques de dernière génération conçus pour la pratique sportive qui améliorent la transpiration et certains intègrent des traitements antibactériens ».
(Photo: Magnific)
Est-ce que l’on transpire plus en portant du noir ?
Il y a du vrai et du faux dans l’idée selon laquelle les vêtements noirs font transpirer davantage. Selon l’expert consulté, « lorsque l’on est exposé au soleil, les vêtements noirs absorbent davantage le rayonnement solaire et se réchauffent plus que les clairs ». Cette élévation de température peut amener l’organisme à produire plus de sueur afin de réguler la température corporelle.
En revanche, précise Del Campo, « lorsque l’on est en intérieur ou à l’ombre, la couleur a peu d’influence ». Dans ces cas-là, des facteurs comme le type de tissu, son épaisseur ou sa capacité à transpirer jouent bien plus. Par ailleurs, il arrive aussi que les traces de sueur soient beaucoup mieux dissimulées sur les vêtements foncés, « ce qui donne à beaucoup de personnes l’impression de moins transporter de sueur alors qu’en réalité c’est juste moins visible ».
Et qu’en est-il des vêtements serrés ?
Les vêtements très ajustés difficultent la circulation de l’air entre la peau et le tissu, augmentent la température locale et font que la sueur demeure plus longtemps sur la peau. « Cet environnement chaud et humide favorise la prolifération des bactéries responsables du malodor. De plus, le frottement continu peut irriter la peau et favoriser des problèmes dermatologiques tels que de petites dermatites ou des folliculites », explique la dermatologue.
À l’inverse, elle avertit que les vêtements plus amples permettent une meilleure ventilation, facilitent l’évaporation de la sueur et aident à maintenir la peau plus sèche plus longtemps.
Conseils pour prévenir le malodor
Il faut distinguer une sudation normale d’une hyperhidrose. « Lorsque la sueur interfère avec la vie quotidienne, il est conseillé de consulter un dermatologue, car aujourd’hui nous disposons de traitements très efficaces. C’est le cas des injections avec des neuromodulateurs dans les zones où la sueur est plus abondante. C’est un traitement peu douloureux et qui peut être effectué en consultation en environ 15 minutes », déclare Del Campo.
En attendant, ajoute-t-elle, il existe des mesures simples qui peuvent grandement aider :
- Utiliser des anti-transpirants (qui ne sont pas les mêmes que les déodorants), en les appliquant le soir et sur une peau complètement sèche, car c’est à ce moment-là que les glandes sudoripares sont moins actives et que le produit est plus efficace.
- Choisir des vêtements respirants.
- Maintenir une hygiène correcte.
- Sécher très bien les aisselles avant de s’habiller.
- Éviter de rester longtemps avec des vêtements humides après l’effort.
- Chez les personnes présentant une abondante pilosité axillaire, la maintenir courte peut faciliter l’hygiène et diminuer l’accumulation de sueur et de bactéries.
« L’important est de se rappeler que le problème n’est pas forcément la quantité de sueur, mais les conditions qui favorisent que les bactéries transforment cette sueur en odeur. Ainsi, de petits changements dans les habitudes d’hygiène et dans le type de vêtement peuvent faire une différence notable », conclut Del Campo.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
