Ni un mois de vacances ni des semaines isolées : la clé pour déconnecter, c’est savoir se reposer

Temps de lecture
6 min

Combien de jours dois-je prendre en vacances pour vraiment me reposer ? C’est une question parmi les plus courantes pendant les mois d’été et elle tend à diviser les Espagnols en deux camps bien marqués. D’un côté, ceux qui soutiennent qu’ils ont besoin de deux semaines ou plus, et de l’autre, la tribu de ceux qui fragmentent les périodes de congé en semaines, donnant ainsi l’impression d’étirer le repos.

La science intervient dans ce débat social pour apporter sa contribution. Une étude a démontré que le bien‑être atteint son pic au huitième jour et que les jours supplémentaires n’apportent pas de bénéfices significatifs supplémentaires. L’une des conclusions majeures de l’étude est que « profiter de vacances plus fréquentes, même si elles sont plus courtes, pourrait être une meilleure stratégie pour maintenir le bien‑être ».

María José Martínez Madrid, coordinatrice du Groupe de Chronobiologie de la Société Espagnole du Sommeil (SES), soutient que, du point de vue du sommeil et des rythmes circadiens, on ne peut pas affirmer qu’il existe une durée optimale de vacances qui convienne à tout le monde. « Se ha popularizado mucho la idea de los ocho días par cette étude où le bien‑être des participants s’est accru pendant les vacances et atteignit son maximum environ au huitième jour. C’est un résultat intéressant, mais cela ne signifie pas que scientifiquement nous puissions affirmer que huit jours soient les vacances parfaites ou qu’au-delà du neuvième jour nous ne tirions plus d’avantages », précise-t-elle.

La coordinatrice du Groupe de Chronobiologie de la SES explique que, en ce qui concerne le sommeil, les vacances peuvent constituer une opportunité fantastique pour récupérer une partie du déficit de sommeil accumulé au cours de l’année et, surtout, pour permettre au sommeil de s’ajuster davantage aux besoins et au chronotype de chaque individu. « Ma recommandation serait ne pas nous obséder autant sur s’ils durent sept, huit ou quinze jours mais de nous demander si réellement pendant cette période nous parvenons à dormir suffisamment et à retrouver une certaine régularité », précise-t-elle.

Le retour au travail

María José Martínez Madrid soutient qu’il ne coûte pas forcément plus de revenir après avoir pris un mois de repos. « Ce qui peut compliquer le retour, c’est la distance que nous avons déplacée nos horaires pendant ce mois », nuance-t-elle. Si pendant les vacances une personne passe de se coucher à 23h30 et se lever à 7h00 à s’endormir systématiquement à 3h00 et à se réveiller à 11h00, son horloge biologique s’adapte progressivement à cet horaire plus tardif. Lorsqu’elle doit revenir brutalement à se lever à sept heures, cela peut ressembler à un petit jet lag, détaille-t-elle. En revanche, une personne peut passer un mois de vacances en conservant des horaires raisonnablement stables et revenir sans grandes difficultés. « Dans une perspective de chronobiologie, je me préoccupe donc davantage de l’ampleur du décalage horaire que de la durée des vacances », avance-t-elle.

Concernant leur répartition en plusieurs périodes, la spécialiste de la SES insiste sur le fait que cela peut avoir du sens, car cela permet d’avoir différentes occasions de récupération tout au long de l’année, mais elle n’affirmerait pas que ce soit nécessairement supérieur pour le sommeil par rapport à profiter d’une période plus longue. « Les preuves actuelles ne permettent pas d’établir une formule universelle », conclut-elle.

Le sommeil n’est pas un compte en banque

Les vacances remplissent plusieurs fonctions, mais dans la société actuelle où le manque de sommeil est généralisé, récupérer des heures de repos est presque devenu une obligation. « Si nous avons accumulé une privation de sommeil pendant des semaines ou des mois, une ou deux nuits prolongées peuvent réduire considérablement la somnolence, mais elles ne rétablissent pas nécessairement toutes les conséquences d’un sommeil insuffisant de façon chronique », souligne-t-elle. Elle précise également qu’elle préfère ne pas parler de « récupérer toutes les heures perdues, comme si le sommeil était une’compte bancaire ».

L’intérêt d’un congé d’au moins plusieurs jours est qu’il permet d’éliminer le réveil programmé, de constater combien notre organisme dort spontanément et de retrouver une certaine stabilité dans nos horaires.

Si une personne constate que les premiers jours de vacances elle dort bien plus que d’habitude, cela peut être un indice que, durant le reste de l’année, elle dort en dessous de ses besoins, avertit Martínez Madrid.

Se reposer ne signifie pas passer toute la journée allongé

Du point de vue circadien, se reposer ne signifie pas cesser d’avoir des horaires ni passer toute la journée à ne rien faire. En réalité, notre horloge biologique fonctionne mieux lorsqu’elle reçoit des signaux temporels clairs : beaucoup de lumière naturelle le jour, l’obscurité nocturne, activité physique, horaires d’alimentation relativement réguliers et une durée de sommeil suffisante, précise Martínez Madrid. « Les vacances peuvent être une occasion magnifique d’améliorer tout cela : passer plus de temps à l’extérieur, faire de l’exercice, dormir sans réveil et réduire l’exposition nocturne aux écrans », ajoute-t-elle.

Cependant, attention à ces directives, car la spécialiste avertit qu’il ne s’agit pas de transformer les vacances en régime militaire. « On peut se coucher plus tard, sortir dîner ou faire la sieste. La flexibilité fait partie des vacances », conclut-elle. Le problème apparaît lorsque nous passons de la flexibilité à l’inversion totale de nos horaires : se coucher à des heures tardives chaque soir, se lever à midi, manger à n’importe quelle heure et recevoir beaucoup de lumière nocturne. « Les vacances devraient libérer notre horloge des obligations sociales, et non la laisser sans repères », précise-t-elle.

Enfin, María José Martínez Madrid souligne que les vacances sont une opportunité pour récupérer du sommeil, mais que nous ne devrions pas être obligés d’attendre onze mois pour dormir ce dont notre organisme a besoin. « Si l’on ne parvient à bien dormir que pendant les vacances, peut-être que le problème ne réside pas dans la durée des vacances, mais dans la façon dont nous vivons le reste de l’année », conclut-elle.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

Laisser un commentaire

Le guide des hôpitaux et cliniques de France.

Recherchez parmi les 1335 établissements