Pourquoi bouger compte plus que la fréquence d’exercice pour protéger le cerveau

Plus il y a de mouvement, mieux c’est pour la santé. Voilà le mantra et il l’a été jusqu’à présent. L’activité physique apporte des bénéfices pour presque tout et aide à prévenir de nombreuses maladies et à maintenir une tonicité musculaire qui nous aidera à vieillir mieux.
L’un des comportements qui a démontré réduire le risque de développer une demencia est précisément de mener une vie active. Cependant, une nouvelle recherche vient à remettre en question cette idée en suggérant que peut-être il ne s’agit pas seulement de rester aussi actif que possible, mais aussi du contexte dans lequel l’activité est réalisée.
La paradoja de l’activité física
Une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet Public Health a analysé de manière systématique si la paradoja de l’activité physique se produit aussi dans la démence. Qu’est-ce que ce phénomène ? Cette paradoxe est précisément le contraste entre l’effet que produit dans la santé l’activité physique que nous pratiquons pendant les loisirs et celle que nous réalisons dans le travail.
Nous pourrions penser que le mouvement devrait bénéficier de la même manière à tous, mais il se révèle que l’exercice effectué pendant le temps libre peut offrir un effet protecteur sur le cœur, à l’inverse des travaux physiques ocupationnels qui se liguent avec davantage de maladie cardiaque et de mortalité prématurée.
(Photo : Unsplash/Vidar Nordli-Mathisen)
Actividad física y demencia
Partant de ce postulat, les chercheurs ont analysé 74 essais cliniques impliquant plus de 4 millions de personnes entre 45 et 93 ans, provenant de 30 pays, avec un objectif clair. Dans ces études ont été enregistrés les cas de démence pour toutes les causes, Alzheimer et démence vasculaire.
Les résultats de cette revue montrent que les personnes ayant une activité physique plus élevée pendant leur temps libre avaient un risque de démence réduit de 24% par rapport à ceux qui étaient moins actifs. À l’autre extrême, l’activité physique réalisée au travail était associée à une augmentation de 20% du risque de démence.
« Ces résultats mettent à l’épreuve l’hypothèse longtemps soutenue selon laquelle tout mouvement compte pour la santé cérébrale », souligne Natan Feter, premier auteur de l’étude et chercheur au Laboratoire de Biologie Évolutive de l’Activité Physique de l’USC, à Los Angeles, États-Unis.
Loisirs versus travail
Selon les chercheurs, l’activité physique inclut à la fois l’exercice et les tâches domestiques, le travail manuel et les déplacements. Cependant, l’exercice que l’on pratique pendant notre temps libre est généralement dirigé -par soi-même ou par d’autres-, peut avoir une intensité que l’on peut apprécier et peut comprendre des relations sociales ainsi que réduire le stress.
En revanche, les travaux physiques très exigeants peuvent entraîner des tâches répétitives, obliger à rester debout longtemps et à transporter des charges avec un temps de récupération très limité, en plus d’inclure des dangers sur le lieu de travail. Il ne s’agit pas, précisent les chercheurs, que les dommages provoqués par les activités ocupationnelles proviennent du mouvement lui-même, mais qu’ils reflètent des conditions sociales et environnementales qui accompagnent habituellement un travail physique. De plus, ce type d’emplois présente plus de stress psychosocial, des conditions professionnelles dangereuses et une exposition accrue à la pollution de l’air et au bruit, autant de facteurs qui se lient indépendamment au risque de démence.
Il faut poursuivre les recherches
Les auteurs reconnaissent également certaines limites de leur étude mais ajoutent que cette association doit être prise en compte même si l’on ne peut affirmer que l’activité professionnelle cause la démence. Ce que révèle l’étude, c’est l’importance de considérer le contexte dans lequel se produit l’activité physique.
À propos de ce travail, Lucrecia Moreno, professeure de pharmacologie et directrice de la Chaire DeCo pour l’Étude du Déclin Cognitif de l’Université CEU Cardenal Herrera, explique à SMC Espagne qu’il pourrait exister un biais en ne considérant que l’activité physique ou la sédentarité et en ne prenant pas en compte la réserve cognitive ou l’élan de vie.
Selon la professeure, il faut réaliser davantage d’études qui analysent conjointement l’activité physique, l’occupation, la réserve cognitive et le stress professionnel. « L’étude rappelle l’importance de diffuser les connaissances afin que les personnes prennent conscience de l’importance de la réserve cognitive si vous ne consacrez votre activité professionnelle qu’à la partie physique et manuelle. Et inversement, l’importance de l’exercice physique dans une activité professionnelle sédentaire. Et, ce qui est le plus important, apprendre à gérer le stress au travail et protéger la santé cérébrale dans les deux cas. »
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
