Méthode KiVa contre le harcèlement scolaire et l’intimidation

L’intimidation à l’école est l’une des plus grandes problématiques sociales de notre époque. Des enfants et des adolescents sont agressés, isolés et humiliés au sein et en dehors des salles de classe par leurs camarades, sans que les institutions éducatives parviennent à offrir des solutions adéquates. La méthode KiVa contre le harcèlement scolaire surgit comme une proposition innovante et efficace pour mettre fin à cela.
Selon des rapports récents, 9 enfants sur 10 qui sont victimes de harcèlement finissent par développer de graves problèmes émotionnels, tels que l’anxiété, la déprime ou une faible estime de soi. Ces répercussions peuvent perdurer durant des années, car les traces de l’intimidation s’enracinent dans la personnalité en formation. Avec la méthode KiVa, il s’agit d’impliquer l’ensemble de la communauté éducative afin de prévenir et d’agir de manière précoce.
Qu’est-ce que la méthode KiVa ?
La méthode KiVa contre le harcèlement scolaire est un projet confié au ministère finlandais de l’Éducation et élaboré par un groupe d’experts en relations infantiles de l’Université de Turku. Elle a été créée en 2006 dans le but explicite de mettre fin à l’intimidation entre les élèves.
Ses principaux axes d’action reposent à la fois sur la prévention du harcèlement et sur l’intervention face aux cas déclarés.
Sa particularité principale ? Elle ne se centre pas sur la victime ou sur l’harceleur, mais met l’accent sur le groupe de pairs, en particulier sur les « témoins de l’intimidation ».
Autrement dit, sur les camarades qui forment un écho de rires et qui encouragent les incitations, ou encore sur ceux qui restent silencieux ou qui n’participent pas par peur des représailles.
Si l’on parvient à impliquer l’ensemble de la communauté éducative, et surtout les camarades de classe, il est possible de modifier la dynamique. Lorsque les élèves s’alignent et se positionnent en défense de la victime, l’agresseur cesse de recevoir la validation du groupe; il ne bénéficie plus du soutien ni de l’appui du groupe et cesse alors ses agissements.
En quoi consiste-t-elle ?
Le KiVa est un protocole structuré qui couvre toutes les phases du processus. Si l’objectif principal demeure la prévention, il prévoit également des mesures à mettre en œuvre lorsque le harcèlement se produit.
Prévention
Il est fréquent que bon nombre d’élèves réagissent en riant des agressions envers un camarade. Et qu’un autre pourcentage important se taise par peur des représailles et sous la pression du groupe. Avec la méthode KiVa, l’objectif est d’informer, de sensibiliser et de mobiliser les élèves pour qu’ils prennent parti.
Pour y parvenir, un programme structuré a été conçu et est mis en œuvre en différentes étapes. Lorsque les enfants ont entre 7 et 9 ans, entre 10 et 12 ans, puis enfin entre 13 et 15 ans.
Le protocole comprend 20 cours dispensés au cours de l’année scolaire dans lesquels les enfants apprennent les différents types de harcèlement, leurs conséquences et l’influence qu’ils peuvent eux-mêmes avoir pour prévenir ou mettre fin à ce comportement. À travers des exposés, des débats, des travaux ou des jeux de role-play, les élèves explorent des domaines importants tels que l’empathie, les compétences sociales et le travail en équipe.
Par ailleurs, les enseignants reçoivent des supports avec lesquels travailler et des directives pour intervenir en cas de harcèlement. De même, les familles reçoivent une aide pour identifier si leurs enfants sont impliqués dans des situations d’intimidation.
Intervention
Parmi les mesures les plus importantes à mettre en œuvre pour agir sur les cas de harcèlement figurent les éléments suivants :
- On met en place une boîte de signalement virtuelle par laquelle les élèves peuvent dénoncer anonymement les situations d’intimidation scolaire.
- En cas de doute sur un cas, plusieurs professeurs surveillent et enquêtent sur la situation et interviennent en dialoguant avec l’harceleur et la victime.
- Lorsqu’une situation d’intimidation est détectée, il est encouragé à plusieurs camarades autour de la victime (notamment des élèves jouissant d’un bon statut dans la classe) à apporter leur soutien à l’enfant de manière active.
Quels résultats a montré la méthode KiVa contre le harcèlement ?
Depuis sa création, la méthode KiVa a été testée dans de nombreuses études et dans un grand essai national randomisé, offrant des résultats magnifiques et prometteurs. La plus vaste investigation a été menée en Finlande, impliquant 234 établissements scolaires du pays et près de 30 000 élèves âgés de 7 à 15 ans.
Les résultats ont montré que le harcèlement avait quasiment disparu dans 79 % des écoles. Par ailleurs, l’incidence globale du phénomène et le nombre de victimes dans les écoles restantes diminuaient aussi.
Par ailleurs, il semble apporter d’autres effets bénéfiques. Il a été constaté que la mise en place de ce protocole augmente la motivation des élèves, améliore la cohabitation entre eux et accroît leur bien-être émotionnel. En outre, il est probable que ces enfants, formés à des valeurs essentielles, deviennent des membres précieux d’une société plus juste.
Que faut-il prendre en compte ?
La méthode KiVa est le programme anti-harcèlement le mieux étudié au monde. Elle fait déjà partie de plus de 90 % des écoles en Finlande et a été exportée dans divers pays, tels que la France, la Belgique, la Suède ou les États-Unis, affichant d’importants résultats. Cependant, ce protocole n’est pas encore parvenu à toutes les écoles de la planète.
Pour pouvoir le mettre en place dans un établissement, il est indispensable que le pays fasse partie du réseau KiVa. En effet, pour appliquer la méthode, il faut fournir du matériel et des formations spécifiques aux enseignants. De plus, il dispose d’un suivi en ligne qui permet de documenter les activités menées et leur impact sur la vie de la communauté scolaire.
En définitive, il est probable que KiVa continue de s’étendre à un nombre croissant d’écoles, de régions et de pays, étant donné qu’elle s’est avérée être une alternative efficace et relativement facile à mettre en œuvre. Si quelque chose nous enseigne ce projet, c’est que mettre fin à l’intimidation à l’école concerne tout le monde.
Quelques chiffres mondiaux sur le harcèlement scolaire
Selon le rapport d’une organisation qui étudie le harcèlement à l’échelle mondiale, l’ONG Bullying Sans Frontières, entre janvier 2020 et décembre 2021, les cas de harcèlement ont augmenté de façon exponentielle.
Les chiffres exposés par cette ONG indiquent que le pays comptant le plus de cas de harcèlement est le Mexique, avec 7 enfants et adolescents sur 10 touchés. Les États-Unis suivraient avec 6 sur 10, puis la Chine.
L’Organisation des Nations Unies rappelle que « l’augmentation sans précédent du temps passé devant les écrans et la fusion des mondes en ligne et hors ligne » a accentué la vulnérabilité au harcèlement et au cyberharcèlement (UN News, 2020).
Des données issues de sept pays européens montrent que la proportion d’enfants âgés de 11 à 16 ans utilisant Internet et ayant été exposés au cyberharcèlement est passée de 7% en 2010 à 12% en 2014 (Unicef, 2020).
En Espagne, plus de mille cas ont été déclarés en 2017, avec une variation de 11,65 % par rapport à l’année précédente. Au cours des dernières années, ANAR indique que le nombre d’appels tant d’adultes que de mineurs liés au harcèlement scolaire a augmenté de manière significative; et entre 2014 et 2016, le nombre de cas pris en charge par ANAR a connu une hausse de 240 %.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
