Lymphœdème: causes, symptômes et traitements
Qu’est-ce que c’est
Le lymphœdème est l’accumulation de liquide dans les tissus mous du corps, juste sous la peau. Il s’agit d’une affection qui apparaît lorsque le système lymphatique est endommagé ou bloqué et, en règle générale, elle survient en raison d’un cancer ou du traitement de celui-ci.
Le lymphœdème touche généralement un bras ou une jambe, mais il peut aussi se manifester dans d’autres zones du corps. Il se distingue de l’œdème hydrostatique par le mécanisme qui le détermine, bien que les mécanismes puissent être similaires.
“L’œdème hydrostatique est une rétention hydrosaline, tandis que le lymphœdème est une rétention de lymphe ou de liquide provenant du drainage des tissus avec une teneur élevée en protéines. S’il provient des extrémités ou du système digestif, il présente aussi une teneur élevée en gras. C’est pourquoi, lorsque l’on parle de la lymphe, il s’agit généralement d’un liquide au aspect troublé et mousseux”, explique Javier Lavilla, néphrologue de la Clinique Universitaire de Navarre.
Causes
Dans la genèse du lymphœdème, il existe souvent un problème de drainage, quasi toujours dû à une compression ou interruption de la circulation lymphatique. En conséquence de cette rétention de lymphe, il peut y avoir dépôt de graisse ou fibrose.
Lavilla précise que “cette circulation lymphatique est distincte de la veineuse (ce sont les deux systèmes de drainage de l’organisme). Chacun possède sa propre circulation, la lymphatique étant presque toujours parallèle à la veineuse”.
Parmi les causes acquises, il existe certaines interventions et affections néoplasiques (on appelle néoplasie dans le domaine médical une masse anormale de tissu) comme les sarcomes et des interventions de cancer du sein avec vidange lymphatique. Dans les pays développés, la cause principale est le traitement du cancer, qui représente 90 % de tous les lymphœdèmes, selon l’Association espagnole du lymphœdème.
Par ailleurs, l’expert indique qu’il existe aussi des lymphœdèmes congénitaux ou qui font partie de certains syndromes (dans ces cas, il existe des antécédents familiaux).
Symptômes
Selon le Institut national du Cancer, les principaux symptômes du lymphœdème sont :
- Gonflement d’un membre, qui peut toucher les doigts des mains et des pieds. L’œdème est lourd, gênant et dur.
- Sensation de lourdeur dans un bras ou une jambe.
- La peau présente souvent un aspect très œdémateux, ressemblant à la peau d’orange, brillante et proéminente, voire rougeâtre. Dans les cas très avancés, la peau peut paraître très tendue.
- Réduction de la mobilité.
- Démangeaisons ou sensation de brûlure dans les jambes.
- Impression que les vêtements, les chaussures ou d’autres accessoires serrent davantage.
- Problèmes pour dormir.
- Perte de cheveux.
Prévention
Selon l’Association espagnole contre le cancer (AECC), la prévention du lymphœdème doit être réalisée après l’intervention chirurgicale :
- Exercices de respiration. Les experts recommandent la respiration diaphragmatique. Ainsi, la personne doit inspirer par le nez calmement et tenter de gonfler le ventre pendant qu’elle le fait durant 4 secondes, puis expirer lentement par la bouche. Il est nécessaire de répéter ce geste environ 10 minutes.
- Exercices des bras.
- Exercices des jambes.
- Utiliser des savons neutres pour nettoyer la peau, qui doit être très bien séchée, et appliquer quotidiennement une crème hydratante sans alcool ni parfum.
- Faire attention lors de l’utilisation d’appareils qui émettent de la chaleur.
- En cas de blessure, il est important de la laver et de la désinfecter.
- Pratiquer une activité sportive régulièrement.
- Maintenir une régime alimentaire varié et équilibré, riche en fruits et légumes, et pauvre en sel et en graisses.
Types
On peut distinguer deux types de lymphœdème :
- Lymphœdème primaire: résultat d’un développement anormal du système lymphatique. Il peut être congénital s’il apparaît dans la première année de vie, précoce s’il survient avant 35 ans ou tardif s’il se manifeste après.
- Lymphœdème secondaire: conséquence d’un dommage au système lymphatique. Plus précisément, il est causé par l’interruption ou la compression des vaisseaux lymphatiques due à des processus tumoraux, infectieux ou des traitements tels que la chirurgie ou la radiothérapie.
De plus, Lavilla indique que la maladie peut aussi être classée en fonction de sa gravité :
- Stade 0: les changements provoqués par le lymphœdème sont subtils ou à peine perceptibles.
- Stade I: l’œdème est présent et provoque des changements cutanés, mais la maladie s’améliore par l’élévation du membre affecté.
- Stade II: lorsque l’œdème est perceptible, avec une fossette à la pression (c’est-à-dire que lorsque l’on presse le tissu, il se forme une dépression qui persiste pendant un moment après le retrait du doigt).
- Stade III: le lymphœdème provoque une déformation de la zone touchée appelée éléphantiasis (qui ressemble à la patte d’un éléphant).
Diagnostics
Pour diagnostiquer le lymphœdème, on procède à diverses épreuves. L’Institut National du Cancer distingue les procédures nécessaires :
- Examen physique et antécédents d’autres maladies ou traitements.
- Linfocentélographie: il s’agit d’une procédure basée sur l’examen du système lymphatique. Concrètement, on injecte dans l’organisme une petite quantité d’une substance radioactive qui circule dans les conduits lymphatiques et que les ganglions lymphatiques peuvent absorber. On utilise un scanner ou une sonde pour suivre la substance.
- Imagerie par résonance magnétique (IRM).
- Mesure du bras ou de la jambe touché par lymphœdème pour être comparée ensuite à l’autre extrémité qui est saine.
Traitements
Les personnes souffrant de lymphœdème savent combien il est difficile de gérer cette maladie, car sa composition et ses caractéristiques répondent peu à la compression.
“Pourtant, le traitement consiste à faciliter son drainage. La compression doit se faire de manière progressive, d’abord par des massages et des exercices (principalement de mobilisation et de flexion-extension) et des bandages compressifs, qui s’adaptent mieux au volume de l’extrémité”, explique Ladilla.
Lorsque le lymphœdème se réduit, il faut recourir à des moyens de compression spéciaux qui évitent la réaccumulation de la lymphe. Le spécialiste rappelle que « plus le traitement est précoce, plus il est facile ».
Par ailleurs, l’expert avertit que « en raison de la nature du lymphœdème (ce n’est pas une rétention hydrosaline), les diurétiques ne sont pas indiqués sauf si le patient en a besoin pour une autre raison ».
Une fois le lymphœdème traité, il est important de redoubler de soin quant à l’hygiène cutanée afin d’éviter les complications infectieuses.
Le lymphœdème a-t-il une cure ?
Lavilla déclare que le traitement définitif du lymphœdème impliquerait l’intervention d’un spécialiste vasculaire. « L’intervention chirurgicale peut être indiquée dans les lymphœdèmes chroniques et importants qui ne répondent pas au traitement », ajoute-t-il.
Autres données
Incidence
Le lymphœdème affecte entre 140 et 250 millions de personnes dans le monde, selon les informations fournies par l’AEL. Bien qu’en Espagne il n’existe pas de données sur l’incidence de cette maladie dans la population, on estime que le taux au niveau européen est de 1,44 pour 100 000 habitants.
Autres complications
Un lymphœdème ayant évolué de manière significative constitue un tableau très gênant qui peut interférer avec la vie quotidienne. « Lorsqu’elle devient chronique, elle entraîne réellement une altération de la composition corporelle du membre ou de la zone affectée », souligne le néphrologue de la Clinique Universitaire de Navarre.
L’expert précise que ces modifications cutanées entraînent des problèmes d’atrophie et d’esclérose, ainsi qu’un risque d’infections, surtout lorsqu’apparaissent des lésions telles que des ulcérations dues au frottement ou à la compression.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
