L’intestin, notre deuxième cerveau, peut influencer nos émotions

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La raison pour laquelle l’intestin est connu sous le nom de « deuxième cerveau » est qu’il dispose d’un système nerveux propre, appelé système nerveux entérique. Ce réseau, composé de plus de plus de 100 millions de neurones, régule les fonctions digestives et communique activement avec le cerveau par des signaux chimiques, hormonaux et électriques.

Vous êtes‑vous déjà demandé pourquoi le stress se manifeste par des nausées, des malaises abdominaux ou des modifications du rythme intestinal ? L’explication réside dans cette relation complexe et fascinante entre l’intestin et le cerveau, qui est, de plus, bidirectionnelle : votre état émotionnel peut modifier le fonctionnement digestif et, à son tour, l’équilibre intestinal influe sur ce que vous ressentez.

Pour cette raison, au-delà d’une bonne digestion, prendre soin de votre santé intestinale est une approche intéressante — et efficace — pour favoriser votre bien‑être émotionnel.

Système nerveux entérique : un réseau neuronal indépendant dans votre intestin

Dans le tractus digestif existe un réseau de neurones d’une telle complexité que beaucoup l’appellent le « deuxième cerveau ». Appelé ainsi après la publication du livre Le Deuxième Cerveau (1998), du neurocientifique Michael D. Gershon, il s’étend sur tout l’intestin et fonctionne de manière autonome, avec ses propres réflexes et sens.

Cela signifie qu il fonctionne indépendamment du cerveau et de la moelle épinière lorsqu’il coordonne des fonctions comme le mouvement intestinal, la libération d’enzymes, l’absorption des nutriments et certaines réponses immunitaires. Même lorsqu’un lien avec le cerveau est interrompu pour une raison quelconque, il peut continuer à opérer.

Cependant, ses fonctions ne se limitent pas au processus digestif. Il produit également des substances qui influencent directement nos émotions. Pour être plus précis, il utilise plus de 30 neurotransmetteurs — les mêmes que le cerveau — et produit près de 95 % de la sérotonine du corps.

Ce neurotransmetteur, bien qu’il soit clé pour les contractions intestinales, l’appétit et la production des fluides du système digestif, joue un rôle majeur dans des processus mentaux tels que l’humeur, le sommeil et la perception de la douleur.

Cela explique pourquoi, souvent, un intestin déséquilibré est associé à des états d’irritabilité, de fatigue et d’anxiété, et pourquoi prendre soin de ce que nous mangeons a un impact significatif sur la façon dont nous faisons face au stress quotidien. De plus, l’intestin produit également de la dopamine et de l’acétylcholine, d’autres neurotransmetteurs impliqués dans le bien‑être psychologique et des fonctions telles que l’attention et la motivation.


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L’intestin et le cerveau communiquent en permanence

Le cerveau et l’intestin restent connectés en continu par un canal appelé le nerf vague. Celui‑ci permet l’envoi de signaux dans les deux sens et assure une communication constante. Sur le plan technique, on parle de l’axe intestin-cerveau.

On estime que près de 90 % des neurones du nerf vague transportent l’information de l’intestin vers le cerveau, et non l’inverse.

C’est ainsi que l’intestin ne se contente pas de recevoir des ordres : il les génère et influence nos façons de penser, de ressentir et de réagir.

En d’autres termes, si le deuxième cerveau influence nos émotions, nous ne pourrions les percevoir ni les traiter pleinement sans cette connexion avec le cerveau principal. C’est cet échange à double sens qui, face à des émotions intenses telles que l’anxiété, la peur, l’angoisse ou le stress, peut nous faire réagir par la diarrhée, les nausées, des « papillons dans le ventre » et un mal-être digestif.

Rôle du microbiote intestinal

Cependant, le nerf vague n’est pas le seul lien entre l’intestin et le cerveau. Le microbiote intestinal, cet ensemble de bactéries, participe également à la communication en influençant le fonctionnement du système nerveux entérique par la production de substances qui l’affectent.

Plus précisément, il intervient dans la production de neurotransmetteurs, la régulation du système immunitaire et l’envoi de signaux au cerveau qui influencent nos émotions et nos comportements. Ainsi, lorsqu’il présente un déséquilibre (disbiose intestinale), la communication entre l’intestin et le cerveau se modifie et le risque de troubles de l’humeur et de maladies neurodégénératives augmente.



Ce que vous mangez influence ce que vous ressentez

L’alimentation est l’un des piliers les plus importants pour assurer le bon fonctionnement du « second cerveau ». Cependant, il faut prendre en compte que son impact coupe tout l’axe intestin-cerveau. Ainsi, ce que nous mangeons influence non seulement le processus digestif, mais aussi la sécrétion de substances chimiques clés pour l’équilibre émotionnel.

À ce sujet, les études scientifiques suggèrent que les régimes ultra-transformés, riches en sucres ajoutés, en graisses saturées et en additifs artificiels, provoquent un déséquilibre de la flore intestinale. Ils favorisent également l’inflammation et influent sur l’apparition ou la gravité des troubles de l’humeur.

À l’inverse, une alimentation riche en fibres, en aliments fermentés et en nutriments améliore la qualité de l’écosystème intestinal, bénéficie à la santé mentale et renforce la connexion intestin‑cerveau. Parmi les aliments recommandés, on retrouve les suivants :

  • Céréales complètes et légumineuses : comme l’avoine, le riz brun, le quinoa, les lentilles, les pois chiches et les haricots. Elles contiennent des fibres prébiotiques qui nourrissent les bactéries bénéfiques de l’intestin. Leur consommation est essentielle pour maintenir une microbiote variée et active.
  • Fruits et légumes : de tous types, car ils apportent des fibres, des antioxydants et des polyphénols qui nourrissent la microbiote et réduisent l’inflammation. Parmi les exemples recommandés figurent la pomme, la banane, les fruits rouges, le brocoli, la carotte et les épinards.
  • Aliments fermentés (probiotiques) : comme le yaourt nature, le kéfir, la choucroute, le kimchi, le kombucha ou le miso. Ils constituent une source d’organismes vivants qui renforcent la microbiote.
  • Lipides sains : ils modulent l’inflammation et soutiennent une bonne fonction intestinale. Parmi eux, on distingue l’avocat, l’huile d’olive extra vierge, les noix, les graines de chia et de lin. On peut aussi citer les poissons gras comme le saumon, le thon et les sardines.
  • Épices : ail, origan, curcuma, romarin et autres épices naturelles. Elles apportent des polyphénols et des composés bioactifs susceptibles de protéger la barrière intestinale et de réguler l’immunité.
  • Eau et infusions : indispensables pour assurer une bonne hydratation, essentielle à la santé intestinale.

Aliments et sérotonine

Il existe certains aliments qui, de manière supplémentaire, influencent la production de sérotonine au niveau intestinal en apportant les nutriments essentiels à sa synthèse. Les inclure régulièrement dans vos repas est une autre façon d’aider à améliorer votre humeur via l’alimentation.

Par exemple, le tryptophane, un acide aminé présent dans des aliments tels que les œufs, les produits laitiers fermentés, la banane bien mûre, les noix et les graines, agit comme précurseur de ce neurotransmetteur.

Cependant, pour que l’organisme le synthétise, il faut compléter cet apport par des sources de magnésium — présent dans le cacao pur, les amandes et les épinards — et de vitamine B6 — que l’on retrouve dans le poulet, les pois chiches et les céréales complètes. Ces ajouts, intégrés dans le cadre d’un régime varié et anti‑inflammatoire, favorisent votre bien‑être émotionnel et digestif.

N’oubliez pas la détente et le repos

En plus de l’alimentation, le repos et la gestion du stress influencent à la fois la santé de l’intestin et les émotions. Mal dormir ou vivre sous pression peut affecter le microbiote, provoquer de l’inflammation et altérer la connexion avec le cerveau.

Lorsque cela se produit, nous sommes plus susceptibles de rencontrer des problèmes digestifs tels que ballonnements, constipation ou diarrhée, et aussi de nous sentir plus anxieux ou irritables. C’est pourquoi il est important de bien dormir et de s’offrir d’autres formes de repos, comme la respiration profonde, la marche, le yoga ou la déconnexion des écrans pendant un moment.

De plus, il est essentiel de pratiquer une activité physique régulière, de maintenir une hydratation adéquate et de limiter la consommation de substances irritantes comme l’alcool, le tabac et l’excès de caféine.

Votre bien-être commence dans l’intestin

À mesure que la science progresse, il devient de plus en plus évident que la santé intestinale et les émotions sont étroitement liées. Ce qui autrefois ressemblait à une intuition — cette sensation dans l’estomac lorsque quelque chose ne va pas — possède aujourd’hui une explication scientifique plus claire.

Reconnaître ce lien constitue un bon point de départ pour comprendre comment nos habitudes influencent nos émotions. Comment ce qui se passe dans l’intestin peut répercuter non seulement sur la digestion, mais aussi sur notre façon de penser et de ressentir. Au final, tout ce que nous faisons pour prendre soin de notre santé intestinale se reflétera dans le bien‑être à tous les niveaux.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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