Les troubles alimentaires ne concernent pas que les adolescents : comment ils affectent les adultes

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Quand on pense au profil de la personne souffrant d’un trouble du comportement alimentaire (TCA), on s’imagine souvent une jeune femme. Or ce groupe de maladies, qui comprend la boulimie, l’anorexie ou le trouble des conduites alimentaires hyperphagiques, ne se limite pas à l’adolescence. Il y a des personnes qui cohabitent avec ces troubles pendant des années, en silence, ou qui les développent à l’âge adulte, à l’occasion de changements de vie, de deuils ou de situations de forte pression émotionnelle.

« Chez les adultes, les troubles alimentaires passent souvent inaperçus car socialement certaines conduites liées au contrôle du corps, aux régimes ou à l’exigence excessive sont normalisées. Il peut sembler ‘normal’ de sauter des repas par stress, de s’obséder sur le fait de manger sain, de pratiquer une activité physique de manière excessive ou de perdre rapidement du poids, alors qu’en réalité il peut y avoir une grande souffrance derrière cela », explique à CuídatePlus Esther Boada, psychologue et directrice du Centre Sukha.

De plus, l’experte avertit que les adultes ont souvent plus de capacités pour dissimuler le problème et faire semblant d’aller bien: “Ils travaillent, prennent soin des autres, maintiennent des routines… tout cela fait que l’entourage ne détecte pas toujours les signaux d’alarme”.

Symptômes des TCA chez les adultes

Au-delà du poids, il existe des signaux émotionnels et comportementaux qui peuvent indiquer qu’une personne souffre d’un TCA. L’experte cite les suivants :

  • Une préoccupation constante pour l’alimentation, le corps ou les calories.
     
  • Anxiété à l’idée de manger dans des situations sociales.
     
  • Rigidité extrême dans les habitudes alimentaires.
     
  • Sentiment de culpabilité après avoir mangé.
     
  • Changements brusques dans les habitudes alimentaires.
     
  • Des crises de suralimentation.
     
  • Besoin de compenser par l’exercice ou par des restrictions.
     
  • Isolement social lié à l’alimentation.

De plus, Boada souligne que peuvent apparaître l’irritabilité, la fatigue, des difficultés de concentration, l’insomnie ou une estime de soi fortement conditionnée par l’image corporelle. “Chez les adultes, il est fréquent que le mal-être se fasse passer pour du ‘soin de soi’, une ‘vie en mode fitness’ ou de la ‘discipline’. C’est pourquoi il est important d’observer non seulement ce que fait la personne, mais aussi d’où cela vient et combien de souffrance se cache derrière.”

La psychologue rappelle, par ailleurs, qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un poids extrêmement bas pour souffrir d’un TCA. Selon l’experte, “de nombreuses personnes sentent qu’elles ne vont pas si mal que cela ou n’ont pas le droit de demander de l’aide parce qu’elles ne correspondent pas physiquement à l’image stéréotypée du trouble alimentaire”. Cela, associé au fait qu’elles peuvent mener une vie plus ou moins fonctionnelle, “retarde fortement le traitement”.

Quels facteurs se cachent derrière un trouble alimentaire ?

(Foto: Freepik)

Les troubles alimentaires sont complexes et multi- causaux. « Derrière cela se cache généralement une combinaison de vulnérabilité émotionnelle, d’auto-exigence, de difficultés d’estime de soi, de besoin de contrôle, d’expériences traumatiques ou de problèmes de régulation émotionnelle », informe la psychologue.

À l’âge adulte, précise-t-elle, les facteurs sociaux et vitaux jouent un rôle important :

  • La pression esthétique.
     
  • La peur du vieillissement.
     
  • Les changements corporels.
     
  • La maternité.
     
  • Les ruptures.
     
  • Le stress au travail
     
  • Se sentir déconnecté de soi-même.

Ainsi, l’alimentation ou le contrôle corporel servent de moyen pour gérer des émotions difficiles, l’anxiété ou un sentiment de vide. Comme le souligne Boada, le problème ne se situe pas uniquement dans la nourriture, mais dans ce que la personne tente de gérer émotionnellement à travers cette conduite : « Il y en a qui vivent tant d’années dans l’auto-exigence ou le contrôle qu’ils finissent par normaliser la souffrance et par perdre le contact avec leurs propres besoins émotionnels ».

Le traitement chez l’adulte, est-il le même que chez les jeunes ?

Le traitement, dans les deux cas, est similaire, car il dépend toujours davantage des particularités de la personne que de l’âge lui-même. L’experte précise qu’il est souvent nécessaire de travailler non seulement le symptôme alimentaire, mais aussi toute la structure émotionnelle et vitale qui le soutient depuis des années. “Dans le cas des adultes, nous constatons souvent que les schémas sont beaucoup plus chronifiés que chez les adolescents : des histoires de trauma, des relations difficiles avec le corps depuis des décennies ou des dynamiques d’auto-exigence fortement intégrées à l’identité de la personne”, explique.

Pour toutes ces raisons, le traitement doit s’adapter à la réalité adulte, étant “fondamentalement une approche proche, individualisée et sans jugement”. La psychologue ajoute qu’il est chez l’adulte particulièrement pertinent de reconstruire la relation avec soi-même, d’apprendre à identifier les besoins émotionnels et “travailler l’estime de soi à partir d’un lieu plus profond, sans se centrer uniquement sur l’image corporelle”.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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