Laura Fuster, psychologue : « Le problème, c’est de transformer la vie en une suite interminable d’objectifs »

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L’un des grands problèmes de la société actuelle, et que les psychologues détectent déjà en consultation, est que nous avons tendance à transformer la vie en une véritable course d’obstacles. De plus en plus de personnes doivent chercher une aide spécialisée non pas par manque de réussite, mais « par la sensation que ce n’est jamais suffisant », explique la psychologue clinicienne Laura Fuster, qui qualifie cette tendance de « l’un des grands problèmes psychologiques de notre époque ».

Nous avons normalisé le fait de vivre en permanence orientés vers l’objectif suivant, avec l’idée que lorsque nous atteindrons ce but, nous pourrons enfin nous détendre, nous sentir satisfaits ou être heureux. Le problème, c’est que ce moment arrive rarement. « Dans mon cabinet, je vois des personnes qui ont obtenu ce qu’elles poursuivaient pendant des années, comme une promotion, une stabilité économique, l’achat d’un logement ou même la construction d’une famille, et, au lieu de ressentir la satisfaction attendue, elles pensent déjà au prochain défi ».

Cela survient parce que nous avons appris à relier notre valeur personnelle à la performance et aux accomplissements. Nous cessons de profiter du chemin, car notre attention est sans cesse rivée sur ce qui manque encore à obtenir.

« Ce n’est pas que le fait d’avoir des objectifs soit négatif; au contraire, atteindre des buts apporte direction et sens », précise Laura Fuster. Ce qui est préjudiciable, c’est de vivre avec la sensation que « nous ne pourrons nous reposer ou nous sentir suffisamment que lorsque nous aurons atteint le prochain ».

Le cerveau a besoin d’alterner

La principale conséquence est que nous vivons dans un état presque permanent d’activation. Notre cerveau a besoin d’alterner des périodes d’effort avec des périodes de repos, de plaisir et de récupération. Cependant, lorsque nous vivons continuellement en train de courir après des objectifs, « l’organisme demeure dans un mode constant d’agir, avec peu d’espace pour simplement être ».

Conséquences de la poursuite permanente

Cela génère une sensation d’insatisfaction chronique. Bien que nous obtenions ce que nous désirions, le bien-être dure très peu, car une nouvelle exigence apparaît immédiatement.

De plus, nous cessons de nous connecter avec le présent. Nous avons du mal à profiter des petits accomplissements car nous les tenons immédiatement pour acquis et nous focalisons sur tout ce qui reste à faire.

S’écouter soi-même

Et une manière de vivre fondée sur l’hyperactivité peut générer beaucoup de fatigue émotionnelle et finir par peser autant sur le plan psychologique que physique, explique Fuster. Pour désigner si nous sommes en train d’accéder à une telle situation, il faut s’écouter et vérifier si nous nous identifions à des phrases comme :

  • · « Je ne sens jamais que j’en fais assez ».
  • · « Je ne sais pas me reposer sans me sentir coupable ».
  • · « Quand j’ai terminé une tâche, je pense déjà à la suivante ».
  • · « Si j’ai un peu de temps libre, j’ai l’impression de le gâcher ».

Signes de l’auto-exigence

De plus, plusieurs signaux indiquent souvent que nous avons franchi la ligne entre une vie active et une vie gouvernée par l’exigence, tels que :

  • · Ressentir de la culpabilité lorsque nous nous reposons.
  • · Avoir constamment l’impression de ne jamais en faire assez.
  • · Incapacité à profiter des réussites parce que de nouveaux objectifs apparaissent rapidement.
  • · Besoin de remplir tous les espaces de la journée par des tâches.
  • · Penser que notre valeur dépend de notre rendement.
  • · Ressentir de l’anxiété lorsque nous ne sommes pas productifs.
  • · Négliger le repos, les relations personnelles ou les loisirs parce qu’il y a toujours quelque chose de « plus important » à faire.
  • · Vivre dans une impression permanente d’être pressé, même lorsque, objectivement, il n’y a pas d’urgence.

Et lorsque le repos cesse d’être réparateur parce que nous le vivons avec de la culpabilité, cela constitue généralement un signal très clair qu’il est nécessaire de revoir quelque chose, conclut Fuster.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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