Juan Arnal, traumatologue, sur la lésion du ligament croisé antérieur de McGregor : « On ne le répare pas, on le remplace par une greffe de tendon autologue ou allogénique »

Conor McGregor est revenu sur le devant de la scène pour se rompre à nouveau le ligament croisé antérieur, cinq années après son retrait dû à une grave blessure à la tibia et au péroné. L’athlète revenait dans l’affrontement principal de l’UFC 329 face à Max Holloway lorsque, dès la première frappe qu’il a lancée, il a affiché un mouvement inquiétant et s’est gravement blessé au genou droit. Quelques heures plus tard, le combattant irlandais a dévoilé l’étendue de sa blessure, tout en promettant un retour en 2027. Est-ce réaliste ? Comment la vie du lutteur va-t-elle évoluer à partir de maintenant ? En quoi consiste l’opération ? Nous avons interrogé Juan Arnal, traumatologue, afin de dissiper toutes les interrogations autour de la blessure de McGregor, « peu fréquente dans les sports de contact mais très répandue dans d’autres disciplines comme le volley et chez les femmes », selon l’expert.
Le problème pour le boxeur est qu’il s’agit de la deuxième rupture du croisé, ce qui fait que « la chirurgie n’est plus une option ». Quand on se casse le ligament croisé antérieur, il existe deux possibilités: opérer ou ne pas opérer, mais tout dépendra de « si c’est la première blessure, de l’âge de l’athlète et de son sexe ». Si le sportif est collaboratif « on peut envisager de ne pas opérer, car le genou peut rester stable grâce à des renforcements et une rééducation », mais si une blessure a déjà eu lieu ou si le patient n’entre pas dans ce profil, l’option la plus adaptée sera l’opération, comme c’est le cas pour McGregor.
Pour les patients actifs, « on leur donne la possibilité de compenser la rupture par des exercices de force et une médecine de prévention, mais ils n’ont qu’une seule chance ». Si le patient « se répare de nouveau, la chirurgie devient la seule option possible ». En effet, « sans intervention, on court le risque que la blessure s’étende à des structures aussi importantes que le ménisque ou le cartilage ».
Selon Arnal, il existe plusieurs scénarios qui conduisent à choisir l’une ou l’autre option :
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Si le genou est stable mais que l’évaluation est complexe et que le patient est très jeune, on opère.
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Dans les sports de contact, l’intervention chirurgicale est privilégiée.
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Si la blessure peut être compensée par le renforcement musculaire, l’opération n’est pas nécessaire.
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En cas de second événement similaire, l’opération est envisagée.
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Chirurgie du ligament croisé antérieur
En tenant compte de ces éléments, dans le cadre des sportifs professionnels, sauf exceptions, nous recommandons systématiquement la chirurgie lorsque le sportif souhaite continuer à pratiquer une activité sportive.
La question suivante porte sur le fonctionnement exact de cette chirurgie et sur le temps nécessaire avant une reprise complète de l’activité. Ici, précise Arnal, il faut d’abord savoir que pendant l’opération le ligament croisé antérieur n’est pas réparé, mais remplacé par une greffe tendineuse (plastie tendineuse). La réparation directe a été abandonnée il y a des années en raison de son taux d’échec élevé, avoisinant les 90 %, bien que, dans des cas particuliers, notamment chez les enfants, elle puisse être utilisée de manière exceptionnelle.
Le ligament croisé « ne se répare pas comme le tendon d’Achille », mais il est remplacé par une greffe provenant du même patient, d’un donneur ou d’un corps. L’option la plus courante, affirme le traumatologue, est d’utiliser des tissus du patient lui-même et de zones précises telles que le genou qui sera opéré, le tendon rotulien ou les quadriceps du sportif.
Après l’opération, la étape suivante consiste à commencer dès le lendemain des exercices de mobilité avec comme seul objectif de fléchir et d’étendre le genou. Il est crucial, rappelle-t-il, de ralentir et récupérer la perte de masse musculaire qui devient très marquée tout au long du processus. Cette phase s’étale sur 3 à 10 semaines.
À partir du troisième mois, on entamera des exercices de proprioception, avec des dispositifs comme le bosu, des bandes élastiques et des plates-formes instables, pour progresser vers les mois 4 et 5 où apparaîtront des exercices de plyométrie, c’est-à-dire des sauts.
Le retour au sport, envisagé comme entraînement mais non comme compétition, pourrait être envisagé à partir du neuvième mois, mais il est plus sensé d’attendre une année entière avant d’envisager une reprise en compétition.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
