José Manuel Casañ, chanteur de Seguridad Social : « Celui qui chante repousse son malheur », un dicton qui me sert énormément

Portant un béret et une veste en cuir. Avec des lunettes rondes, noires et épaisses; à la manière de Regreso al futuro. Vers le futur, non; mais revenir, oui. Après neuf ans sans sortir d’album, José Manuel Casañ prépare le retour de Seguridad Social avec la sortie de Voy a Marte, un nouvel album dont la création a constitué pour le chanteur tout un processus thérapeutique sur lequel il parle à CuídatePlus.
« Il me semble que l’écriture et le chant de chansons constituent l’une des plus grandes thérapies que je puisse avoir pour mes soucis. » « Me ayudan a sobrellevar todos mis duelos, ya sean estos más o menos importantes » raconte-t-il. En fait, au cours de la dernière décennie, l’artiste a traversé différents épisodes qui ont mis sa vie personnelle à rude épreuve: un divorce, la mort de son père, celle de son manager… Des douleurs que l’âme ressent et qui, dans son cas, ont été canalisées sous forme de textes, que ce soit pour des chansons, des poèmes, des récits ou des haïkus. Et le chanteur a aussi publié un livre, portant le même titre que l’album, qui sera présenté le prochain 11 juin à la Feria del Libro de Madrid.
Ainsi donc, écrits. « Je me suis rendu compte que j’avais la chance de pouvoir atténuer la douleur en la racontant puis en la chantant. « Celui qui chante son mal l’effraie » est un proverbe qui me sert énormément. Je pense que j’ai évité pas mal d’argent consacré au psy grâce à cela, honnêtement », reconnaît-il. La créativité et l’art comme moyen de gérer le deuil ou, plus précisément, ses cinq phases: déni, colère, négociation, dépression et acceptation. L’auteur de classiques comme « Chiquilla » ou « Quiero tener tu presencia » précise que les compositions qu’il a écrites ces dernières années coïaient avec l’une de ces phases: « J’ai vu que, d’une certaine manière, toutes les chansons fluctuaient d’une phase à l’autre de manière très naturelle. Il n’y avait ni ordre ni temps déterminé pour être dans chacune d’elles ».
La figure du suicide optimiste
« Quatre matelas et quatre affaires » fut ce qu’il fallut à Casañ pour transformer un débarras en studio à un moment où la Covid-19 confinait la moitié du monde. « Mon guitariste était à environ 100 mètres de moi et j’ai dû improviser. Il était dans un appartement loué… j’avais tout le lot au complet. Être dans cette sorte de studio m’a servi énormément, cela a été l’une des thérapies les plus merveilleuses que j’aie jamais vécues », raconte-t-il.
L’interprète réaffirme que le processus créatif, tout comme la présence de projets de vie à moyen et long terme, « me donne une certaine sérénité ». Cela dit, il souligne que, dans ce sens, il se considère « suicidement optimiste ». À ce sujet, il affirme que pour être un bon « suicide optimiste », il faut être « un peu égoïste, très têtu » et savoir que « tu vas te planter et pourtant, persister ». Pourquoi ? « Car c’est vraiment de cette renaissance que l’on tire l’apprentissage. Cette résilience est celle que, parfois, je cherche comme artiste ». Dans une certaine mesure, cela peut sembler maso, mais on ne peut développer et connaître cette expérience qu’en passant par ce processus. Et une fois sorti de là, la sensation de libération est énorme. Pour Casañ, c’est ce qu’il appelle le « bon suicide optimiste ».
Nine ans de création peuvent modifier une personne, et beaucoup. « Je pense que maintenant je prends conscience de choses qui passaient auparavant inaperçues et que je faisais inconsciemment », souligne le chanteur. Il précise que les chansons du nouvel album ne sont pas nées de manière désordonnée et « séparées les unes des autres ». « Avant, je les laissais simplement sortir », admet-il. Ce processus, toutefois, l’a conduit à voir avec une perspective l’ensemble des phases et des histoires. Il affirme avoir énormément appris grâce à cela.
Pour finir, l’artiste déclare que, au-delà du fait que tout dans la vie passe, ce qui l’aide énormément, ce sont des projets: « Quand on termine quelque chose qui nous a donné de grandes émotions, il reste un vide terrible. Il faut absolument le combler d’une manière ou d’une autre. Avoir des objectifs à court et à long terme qui vous satisfont ».
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
