Jʼai marché quarante minutes chaque midi pendant deux ans et mon médecin a arrêté un traitement

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Jʼai marché quarante minutes chaque midi pendant deux ans et mon médecin a arrêté un traitement

Je n’ai rien inventé de spectaculaire, juste une habitude tenace. Chaque jour de travail, j’ai fermé l’ordinateur, enfilé des baskets, et je suis sorti marcher. Quarante minutes, pas une de moins, pas une de plus. Au fil des mois, mon corps a envoyé des signaux clairs, mon esprit s’est éclairci, et, un matin, mon médecin m’a dit une phrase que je n’oublierai jamais.

« On va pouvoir arrêter ce traitement. » J’ai souri comme on sourit après une victoire discrète, obtenue sans bruit, à la force des pas.

Midi, l’heure qui change tout

Le midi, c’est la coupure qui répare. Je sors avant que l’après-midi ne me dévore, je prends la lumière, je respire l’air frais. Cette pause est devenue mon ancre, une frontière nette entre la matinée chargée et la suite du jour.

À cette heure, la ville est encore vivante, mais moins pressée. Les trottoirs sont des couloirs, les parcs des soins gratuits. Je marche sans musique, j’écoute mes pas, je laisse mes idées se ranger toutes seules.

Mon protocole minimaliste

Ma méthode a toujours été simple. Pas de montre sportive au centième, pas de plan complexe. Juste un rituel clair, facile à répéter.

  • Des chaussures confortables, un trajet connu, un chrono basique, et la promesse de revenir, quoi qu’il arrive.

Je pars à rythme soutenu, assez pour chauffer la respiration, pas assez pour me casser. S’il pleut, je mets une veste. S’il fait très chaud, j’allège la cadence. Mais je marche, tous les jours.

Les effets ressentis dès les premières semaines

Au bout de peu de temps, j’ai mieux dormi. Les ruminations de soir se sont tues après ces pas réguliers. Mon appétit s’est fait plus sobre, mes envies de sucré moins tyranniques, ma concentration plus stable.

Un midi, j’ai pensé tout haut: « Cette marche est mon sas de décompression. » Et c’est resté. La sueur était une signature, la fatigue une bonne.

Le rendez-vous qui a tout validé

Je voyais mon médecin tous les trimestres. On notait les chiffres, on comparait les tendances. Ma tension est passée de 14/9 à 12/8. Ma glycémie à jeun a glissé de 1,05 à 0,92 g/L, avec une HbA1c passée sous 5,5 %. Mes triglycérides ont baissé, mon HDL a monté, mes LDL se sont calmés.

Je n’ai pas fondu de 10 kilos, mais j’ai perdu du tour de taille, j’ai gagné une posture plus droite, une foulée plus souple. Le jour où il m’a dit: « On peut arrêter l’antihypertenseur », j’ai senti mon thorax se délester. C’était une décision médicale, prudente et suivie, pas un coup de tête. Mais c’était aussi la preuve que ces 40 minutes comptaient, jour après jour.

Pourquoi cette pratique fonctionne

La marche de midi grignote la sédentarité accumulée du matin, augmente le NEAT (ce fameux métabolisme d’activité quotidienne). Elle réveille la sensibilité à l’insuline, fait baisser la pression nerveuse, nourrit la variabilité du rythme cardiaque. Le soleil, même discret, règle mon horloge, la lumière coupe la lassitude.

Cette régularité envoie un message au corps: « Voilà ton rendez-vous. » Le système nerveux adore la prévisibilité, et la santé adore les habitudes.

Les obstacles que j’ai apprivoisés

Il y a eu des réunions qui débordent, des pluies qui martèlent, des hivers qui mordent. J’ai posé des limites claires: on décale, mais on ne supprime pas. J’ai appris à partir cinq minutes plus tôt, à revenir cinq minutes plus tard, à défendre ce créneau comme un traitement.

Un jour, un collègue m’a lancé: « Tu vas encore faire ton tour? » J’ai répondu: « Je vais prendre mon médicament. » Tout le monde a ri, mais j’étais très sérieux.

Ce que je ne fais pas

Je ne cours pas tous les jours, je ne compte pas mes calories, je ne cherche pas la performance. Je mise sur le durable, pas sur l’exploit. Je préfère la fidélité à l’intensité, la cohérence aux effets spectaculaires.

Je n’idéalise rien: ce n’est pas une pilule magique, pas un bouclier absolu. C’est une pratique réaliste, accessible, et souvent sous-estimée.

Si vous voulez tenter l’expérience

Commencez par quinze minutes, puis vingt, puis quarante. Choisissez un parcours agréable, plat ou doucement ondulé. Marchez à un rythme où parler reste possible, mais où chanter devient dur. Bloquez le créneau dans votre agenda comme une consultation.

Si vous avez un traitement ou une condition spécifique, parlez-en à votre médecin. L’objectif n’est pas de jouer au héros, mais de bâtir une constance qui vous portera loin.

Deux ans plus tard, je marche toujours avec la même joie. J’ai appris que le meilleur investissement quotidien tient dans un geste simple, répété sans éclat, porté par une promesse que je me fais chaque midi. Et chaque pas est un petit « encore » adressé à mon futur moi.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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