Insomnie

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Qu’est-ce que l’insomnie

L’insomnie ou agrypnie est un trouble consistant en l’incapacité à s’endormir ou à le maintenir. Elle peut aussi se manifester par de multiples réveils au cours de la nuit ou par un réveil anticipé le matin. Le résultat est une mauvaise qualité du sommeil et un repos insuffisant.

Ce trouble affecte de façon très significative la qualité de vie et ses conséquences immédiates sont la somnolence diurne, la baisse de concentration et l’incapacité à maintenir une vie active. À long terme, il peut favoriser le développement de diverses maladies. En effet, on estime que le risque de mortalité augmente de manière significative chez les personnes qui dorment moins de 6 heures par jour.

Prévalence

Selon les données de la Société Espagnole de Neurologie (SEN), plus de 4 millions de personnes en Espagne souffrent d’un trouble du sommeil chronique et grave. Environ 30 % de la population se réveille avec la sensation de n’avoir pas passé une nuit réparatrice ou termine la journée très fatiguée, et approximativement 20-25% des enfants présentent un type quelconque de trouble du sommeil.

Causes

Selon la SEN, les causes de l’insomnie peuvent être établies selon leur origine :

Causes primaires

Ce sont celles liées au maintien d’une bonne hygiène du sommeil ou à des aspects psychologiques :

  • Changements physiologiques: le vieillissement entraîne des modifications du schéma de sommeil. Chez les personnes âgées, il est fréquent de réduire la durée et la qualité du sommeil et d’augmenter la somnolence diurne.
     
  • Style de vie: les variations d’horaires fréquentes, liées au travail ou aux voyages (jet-lag) provoquent des troubles du rythme circadien.
     
  • Médicaments: parmi les médicaments et substances susceptibles d’altérer le sommeil, on compte les antihypertenseurs, les anticholinergiques, hormones, les stimulants, les stéroïdes, les antidépresseurs, les bronchodilatateurs, les décongestionnants, les agents antinéoplasiques, la caféine et la lévodopa.
     

Causes secondaires

L’insomnie survient parfois à cause d’une pathologie déjà présente chez le patient ou de facteurs environnementaux.

  • Pathologies physiques ou psychologiques: certaines maladies ou troubles associés à l’insomnie incluent les suivants:
    • Troubles cardiovasculaires: insuffisance cardiaque, insuffisance ventriculaire gauche et arythmies cardiaques.
    • Troubles pulmonaires: maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), asthme.
    • Troubles des conduites alimentaires (TCA): anorexie nerveuse.
    • Troubles endocriniens: dysfonctionnement thyroïdien.
    • Troubles neurologiques: céphalées, maladie de Parkinson, lésions du thalamus, , etc.
       
  • Facteurs environnementaux: des températures extrêmes, des changements d’horaires ou les voyages sont des facteurs qui modifient le modèle de sommeil et peuvent provoquer l’insomnie.

Symptômes

Les symptômes de l’insomnie sont faciles à détecter, car le patient lui-même remarque les difficultés à s’endormir ou se réveille prématurément. Le manque de repos se manifeste tout au long de la journée, provoquant de la fatigue, une faible endurance et, dans les cas extrêmes, même une lentitude à traiter l’information, de l’irritabilité…

Mujer con insonmnio

L’incapacité à s’endormir ou à rester endormi impacte la qualité de vie des personnes.

Prévention

En général, maintenir une bonne hygiène du sommeil aide à prévenir l’insomnie et les problèmes liés au manque de repos. Voici quelques conseils efficaces pour favoriser l’endormissement :

  • Éviter d’utiliser la chambre comme lieu de travail ou pour d’autres activités que le repos. Cela contribue à associer le lit au sommeil.
     
  • Préparer la chambre avant de dormir afin d’obtenir une température adaptée.
     
  • Créer une ambiance détendue et confortable dans la pièce, en modulant l’éclairage et en évitant les bruits.
     
  • Couper les téléphones mobiles et autres appareils électroniques et les sortir de la chambre.
     
  • Se coucher toujours à la même heure pour instaurer une habitude de sommeil.
     
  • Pratiquer des activités relaxantes une heure avant le coucher.
     
  • Éviter les exercices intenses juste avant d’aller au lit.
     
  • Éviter les repas lourds qui peuvent dificult la digestion et rendre plus difficile l’endormissement.
     
  • Limiter l’apport élevé de liquides avant le coucher afin d’éviter les réveils nocturnes pour uriner.
     
  • En été, il est important de ne pas dormir les fenêtres ouvertes pour éviter que les bruits de la rue ne perturbent le sommeil.
     
  • Fermer les persiennes pour limiter l’entrée de lumière au petit matin.

Types

  • Transitoire : dure moins de trois semaines et son origine est liée à de nombreux facteurs modifiables tels que les facteurs environnementaux et le mode de vie, certaines maladies et les médicaments utilisés. Environ 90 pour cent de la population affirme avoir vécu au moins un épisode d’insomnie au cours de sa vie.
     
  • Chronique : dépasse les trois semaines de durée. Elle peut être perçue comme une pathologie qui interfère avec l’activité quotidienne du patient et entraîne de graves conséquences physiques et psychiques.

Diagnostics

Afin de diagnostiquer l’insomnie, le médecin évaluera le schéma de sommeil de la personne, l’usage de médicaments, d’alcool et de drogues illégales, le niveau de stress psychologique, l’histoire médicale et le niveau d’activité physique. Certaines personnes nécessitent moins de sommeil que d’autres, et le diagnostic d’insomnie reposera sur les besoins individuels. Les médecins peuvent classifier l’insomnie comme primaire, une altération du sommeil de longue durée apparemment non liée à des facteurs de stress ou à des expériences vécues, ou comme secondaire, une altération causée par la douleur, l’angoisse, les médicaments, la dépression ou un stress excessif.

Tout d’abord, il faut exclure, par le biais d’une examen physique et d’un examen psychologique, toute pathologie pouvant provoquer l’insomnie. Le traitement adéquat de ce trouble n’est possible que si son origine est précisément déterminée. Parfois, l’insomnie masque un problème d’anxiété ou de dépression. Il convient également d’évaluer l’hygiène du sommeil du patient, comme la consommation de boissons alcoolisées ou caféinées pendant la nuit, les médicaments qu’il prend pour d’autres pathologies, les environnements bruyants, mal oxygénés ou à températures extrêmes, et les habitudes telles que lire ou regarder la télévision au lit. Ces coutumes doivent être corrigées avant de commencer le traitement. Par ailleurs, il ne faut pas oublier les potentielles pathologies psychologiques et les antécédents familiaux.

Tests et examens

Quelques tests qui peuvent aider à déterminer le type d’insomnie dont souffre le patient et à établir le traitement le plus approprié sont les suivants :

  • Echelle d’Epworth : il s’agit d’un test au cours duquel le patient indique les occasions où il s’endort pendant la journée (hypersomnie diurne) alors qu’il a des difficultés à s’endormir la nuit.
     
  • Polysomnographie nocturne : le patient dort une nuit en laboratoire, où l’on analyse la latence du sommeil, sa durée, le nombre d’éveils et d’autres facteurs. C’est un examen très peu fréquent et non recommandé, en raison de la difficulté pour le patient de s’endormir dans un endroit inconnu comme un laboratoire. L’examen n’est recommandé que lorsqu’il existe une suspicion que l’insomnie est causée par une pathologie respiratoire, un quelconque syndrome ou des stimuli provoquant des conduites violentes, selon l’American Academy of Sleep Medicine.

Traitements

Rééducation du sommeil ou thérapie cognitivo-comportementale :

Selon la SEN, la thérapie cognitivo-comportementale est la plus efficace; ce type de traitement affiche un taux de réussite d’environ 70 %. Il s’agit d’améliorer l’hygiène du sommeil, de contrôler les stimulus qui provoquent l’insomnie et de réguler les horaires :

  • Ne pas se mettre au lit tant que l’on n’a pas le sommeil.
     
  • Éviter de regarder la télévision, de lire ou de manger au lit.
     
  • Limiter les éléments externes qui génèrent du bruit et qui peuvent perturber le sommeil, comme les téléphones portables ou la télévision.
     
  • Espacer d’au moins une heure la dernière prise et le coucher.
     
  • Éviter les repas copieux.
     
  • Éliminer l’alcool car, même s’il induit le sommeil, il provoque des réveils prématurés et réduit le temps total de sommeil.
     
  • Éviter de prendre des médicaments susceptibles d’induire l’insomnie, tels que les glucocorticoïdes ou les diurétiques.
     
  • Réduire la consommation de caféine et de tabac.
     
  • Pratiquer une activité physique régulière, mais jamais juste avant le coucher.
     
  • Améliorer les conditions ambiantes, réduire les bruits et éviter les températures extrêmes.
     
  • Restriction du sommeil : réduire le temps passé au lit au temps de sommeil réel. Par la suite, on avance l’heure du coucher de 15 à 30 minutes.
     
  • Therapies de relaxation.
     
  • Établir une routine horaire pour fixer l’horloge biologique.
     

Traitement pharmacologique :

Les médicaments servent à traiter les symptômes de l’insomnie ou les maladies physiques ou psychologiques qui la provoquent. Dans le premier cas, on administre des hypnotiques avant le coucher et, dans le second, des anxiolytiques, des antidépresseurs ou des neuroleptiques. Le patient ne doit en aucun cas s’automédiquer, car ces substances peuvent aggraver sa pathologie, créer des résistances ou engendrer une dépendance. Le traitement doit être prescrit par le médecin, qui évaluera la nécessité de les administrer selon l’origine et la gravité du trouble.

Les médicaments les plus courants pour traiter l’insomnie sont les benzodiazépines, bien que, si le traitement n’est pas suivi avec prudence, ils puissent entraîner des effets secondaires graves, selon Hernando Pérez, coordinateur du groupe sommeil de la SEN. Les benzodiazépines peuvent produire des effets sédatifs ou dépresseurs sur le système nerveux central, ou des effets de relaxation musculaire pouvant provoquer des chutes, un reflux gastro-œsophagien ou des apnées. Si le traitement par benzodiazépines se prolonge, le risque de maladie d’Alzheimer peut augmenter, comme l’ont indiqué certaines études. Pour cela, il a été globalement établi de ne pas utiliser ce type de médicaments pendant une durée supérieure à 12 semaines.

D’autres médicaments prescrits sont la zolpidine (Zopiclone), les barbituriques, les antihistaminiques H1, certaines plantes médicinales ou la mélatonine.

Techniques de relaxation

Elles se révèlent efficaces pour réduire l’hyperactivité physiologique des insomniques. Par ailleurs, la psychothérapie peut aider le patient à mieux prendre conscience de ses conflits psychologiques ou des expériences traumatiques.

Insomnie et travail

Il s’agit d’un trouble moderne étroitement lié au mode de vie. Par conséquent, le diagnostic doit prendre en compte à la fois les circonstances entourant la vie familiale et sociale de l’individu et la situation professionnelle dont il souffre. L’insomnie est l’un des troubles les plus courants chez les personnes qui travaillent en équipes de nuit, en raison de l’altération des rythmes circadiens et de divers facteurs sociaux. Les personnes qui travaillent de nuit subissent également plus de stress, de dépression et présentent des taux plus élevés de séparation et de divorce, car la vie familiale en souffre si les conjoints ne partagent pas les mêmes horaires. D’autre part, il est fréquent d’avoir recours au café et au tabac pour rester éveillé au travail et à l’alcool ou à des hypnotiques pour favoriser le sommeil. Dans ces cas, le travailleur doit tenter de dormir le plus longtemps possible pendant la journée et considérer que le sommeil est une priorité, au-delà d’autres activités familiales ou sociales. Sinon, sa santé peut en pâtir gravement.

Autres traitements

En complément, on peut aussi recourir à la chronothérapie, qui consiste à déterminer les heures de sommeil et de veille en fonction des besoins du patient.

La photothérapie ou luminothérapie, quant à elle, consiste en un traitement par lumière artificielle puissante exposée ou non sur le patient.

La phytothérapie peut aussi être utile dans les cas d’insomnie occasionnelle. Les plantes médicinales les plus utilisées sont :

  • Valériane : est calmante et induit le sommeil.
     
  • Passiflore : aide à maintenir le sommeil, et est recommandée pour les personnes qui se réveillent au milieu de la nuit.
     
  • Pavot de Californie : évite les réveils précoces.

Il est important de consulter le pharmacien afin de savoir quelle préparation convient à chaque situation et de l’informer des autres médicaments pris afin d’identifier d’éventuelles interactions.

Autres données

L’insomnie peut être guérissable dans la plupart des cas, permettant au patient souffrant d’un manque de sommeil de revenir à des cycles veille-sommeil normaux.

Quand faut-il contacter un professionnel de santé

La SEN recommande de consulter un spécialiste dès l’apparition des premiers symptômes d’insomnie, car ils peuvent guider le patient vers une bonne hygiène du sommeil et éviter que le manque de sommeil n’engendre des conséquences durables.

Conséquences de l’insomnie à long terme

Plusieurs études ont démontré que le manque de sommeil est associé à un risque accru de développer diverses maladies, telles que :

  • Obésité
     
  • Alzheimer
     
  • Cancer
     
  • Maladies cardiovasculaires
     
  • Dépression et anxiété

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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