François Peinado, expert en santé sexuelle : l’abstinence sexuelle obligatoire chez les sportifs ne devrait pas être imposée

Le sexe présente de nombreux bénéfices, tant physiques que mentaux, mais il persiste encore des idées reçues sur son lien avec le sport et les performances physiques ultérieures. Nous nous sommes entretenus avec l’expert en chirurgie et santé sexuelle masculine, François Peinado, du Hospital Ruber Juan Bravo, afin qu’il nous explique ce qui est vraiment vrai dans ces affirmations et s’il peut, au contraire, apporter des avantages pour les sportifs.
La première chose à savoir est que « la sexualité fait partie de la santé globale de la personne et ne doit pas être vue uniquement comme une activité plaisante ou reproductrice, mais comme une dimension liée au bien-être physique, émotionnel, relationnel et psychologique ». Lorsque l’on vit de manière libre, sûre, consentie et satisfaisante, « l’activité sexuelle peut être associée à un meilleur état d’esprit, une perception du stress réduite, une intimité de couple accrue, une meilleure estime de soi et une sensation générale de bien‑être », explique l’expert.
Du point de vue physique, le sexe, indique Peinado, « représente une forme d’activité corporelle d’intensité habituellement légère ou modérée ». À la différence de ce que beaucoup pensent, le sexe « ne remplace pas l’exercice physique structuré », mais, ajoute-t-il, « il peut contribuer à activer le système cardiovasculaire, augmenter temporairement la fréquence cardiaque, favoriser la libération d’endorphines et moduler des mécanismes neuro-hormoniaux liés au plaisir, à la relaxation et au lien affectif ».
Sexe et santé mentale
Au-delà du physique, la santé sexuelle revêt aussi une grande importance pour le bien‑être émotionnel et mental. Selon l’expert, « une activité sexuelle satisfaisante peut avoir des effets positifs sur le stress, l’anxiété, la connexion émotionnelle et la qualité de vie ». Les preuves actuelles montrent « une association cohérente entre des indicateurs positifs de santé sexuelle et un plus grand bien‑être psychologique ». Cela, précise-t-il, « ne signifie pas que plus de sexe soit toujours mieux, ni qu’il existe une fréquence idéale applicable à tout le monde », car, insiste-t-il, « l’important est que la sexualité soit saine, désirée, sûre et cohérente avec la situation personnelle et de couple.
Il convient aussi de rappeler que la santé sexuelle est un « indicateur médical ». Chez l’homme, par exemple, « la dysfonction érectile peut être un signe précoce de problèmes vasculaires, métaboliques, hormonaux ou psychologiques ». C’est pourquoi, « parler de sexe n’est pas parler de quelque chose de superficiel mais souvent une porte d’entrée pour détecter des problèmes de santé générale ».
Sexe et rendement sportif
Un mythe très répandu est que si vous pratiquez le sexe avant une compétition ou un entraînement intensif, votre performance sera diminuée. Or, comme l’explique Peinado, « le sexe ne semble pas, en lui‑même, être ni une grande aide ni un obstacle à la performance physique ». « Les preuves disponibles indiquent que l’activité sexuelle préalable à l’exercice n’altère pas de manière significative la capacité aérobique, la force, la puissance ou l’endurance musculaire » dans la plupart des études réalisées. Autrement dit, l’idée que le sexe « affaiblit », « vide » ou « enlève de l’énergie » au sportif n’a pas de fondement scientifique solide.
Alors est‑ce bénéfique ? Selon Peinado, « cela peut l’être de manière indirecte si cela nous aide à réduire l’anxiété, à améliorer notre humeur, à favoriser la relaxation ou à faciliter le sommeil ». Chez certains sportifs, en effet, « une relation sexuelle calme, dans le cadre d’une routine normale et sans altérer le repos, peut même contribuer à aborder la compétition avec une moindre tension émotionnelle ». Dans ce sens, « l’effet positif ne serait pas tant musculaire ou métabolique, mais uniquement psychologique et de bien‑être ».
Mais, avertit‑il : « Le sexe peut aussi être négatif dans certaines circonstances ». Non pas à cause du sexe en soi, mais de ce qui « peut l’accompagner » car, le plus souvent, avoir des relations sexuelles s’associe à « veiller tard, peu de sommeil, consommation d’alcool, modification de l’hydratation, rupture de la routine précédant la compétition ou distraction émotionnelle ». Si une activité sexuelle se produit dans un contexte de « fête, manque de sommeil, stress ou conflit de couple, logiquement cela peut nuire à la performance ». Dans ce cas, souligne-t-il, « le problème ne serait pas l’activité sexuelle mais l’environnement et les comportements qui y sont associés ».
Pour cette raison, selon l’expert, « il faut éviter les extrêmes ». Il n’y a pas de base pour interdire systématiquement le sexe avant la compétition, mais « il n’existe pas non plus suffisamment de preuves pour le recommander comme une stratégie ergogénique. Ce n’est pas une aide sportive comparable à l’entraînement, à la nutrition, au repos ou à la préparation mentale ». Il s’agit, dit‑il, « d’une variable supplémentaire, généralement secondaire, qui doit être individualisée ».
¿Hay que esperar para recuperar?
Un autre mythe circulant autour du sexe et du sport est qu’il faut attendre un certain temps (des jours ou des semaines) entre la dernière relation sexuelle et la compétition. Cependant, comme l’indique Peinado, « la recommandation classique d’abstinence pendant plusieurs jours avant de concourir relève davantage de la tradition sportive que de la preuve scientifique ». Pendant des siècles, « on pensait que la continence sexuelle augmentait la force, l’agressivité ou l’énergie du sportif, mais les études modernes n’ont pas confirmé de manière cohérente cette croyance ».
Les revues disponibles suggèrent que « maintenir des relations sexuelles la veille d’une compétition n’aggrave pas la performance. Même les études qui ont évalué l’activité sexuelle dans les heures qui précèdent l’exercice n’ont pas trouvé de détérioration claire de paramètres tels que la force, l’endurance musculaire ou la capacité aérobique ».
Une étude récente chez des hommes entraînés « a observé que la masturbation avec orgasme 30 minutes avant un test d’exercice n’a pas réduit la performance ni n’a augmenté des marqueurs de dommage musculaire ou d’inflammation ».
Dité cela, selon l’expert, « il faut interpréter ces données avec prudence ». Cela est dû au fait que, comme il le rappelle, « de nombreuses études ont de petits échantillons, se sont déroulées principalement chez des jeunes hommes, utilisent des tests en laboratoire et ne reproduisent pas toujours la pression émotionnelle d’une finale, d’un combat, d’une course importante ou d’une compétition professionnelle. Par conséquent, nous ne pouvons pas faire de ces résultats une règle universelle ».
En pratique, et selon son avis, « il ne semble pas nécessaire d’attendre plusieurs jours ». Si l’activité sexuelle « n’altère pas le sommeil, ne provoque pas de fatigue, ne génère pas de stress et fait partie d’une routine normale, il n’y a pas de raison scientifique de l’interdire la veille. En revanche, juste avant de concourir, particulièrement dans les sports qui nécessitent une concentration maximale, une explosivité ou une routine psychologique très précise, il peut être raisonnable d’éviter toute activité qui distrait, modifie le centrage mental ou interfère avec l’échauffement, l’alimentation ou le repos ».
Du point de vue de l’expert, quelle devrait être la recommandation ? La recommandation la plus raisonnable est « l’individualisation ». Pour Peinado, « il ne faut pas imposer une abstinence sexuelle obligatoire à tous les sportifs, parce que les preuves ne démontrent pas qu’elle améliore la performance ». Également, ajoute‑t‑il, « il faudrait recommander le sexe comme outil pour mieux performer, car les données ne sont pas suffisamment solides pour le considérer comme une stratégie sportive ».
En pratique, ce qui compte avant de concourir reste toujours ce qu’il faut suivre habituellement :
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Bien dormir
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Arriver reposé
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S’hydrater correctement
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Maintenir une alimentation adaptée
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Contrôler le stress
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Respecter la routine du sportif
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Éviter les conduites qui pourraient nuire à la récupération
« Si l’activité sexuelle s’inscrit dans ce contexte de normalité, de tranquillité et de bon repos, elle ne devrait probablement pas avoir d’effet négatif significatif », indique‑t-il.
Compte tenu de tout cela, sa recommandation est la suivante : « Si le sportif mène une vie sexuelle habituelle, satisfaisante et non, il ne perçoit pas de repos, il n’y a pas de motif médical pour l’interdire la veille d’une compétition ».
Si, au contraire, « l’activité sexuelle lui génère de l’anxiété, lui fait mal dormir, le distrait ou rompt un rituel psychologique qui lui donne de la sécurité, il peut être raisonnable de l’éviter avant de concourir ». La clé, précise‑t‑il, « n’est pas d’appliquer une règle rigide, mais de connaître la réponse individuelle de chaque personne ».
Ce qui est clair, c’est que tant en médecine du sport que dans la santé sexuelle, « il faut fuir les mythes ». La performance, affirme‑t‑il, « dépend bien plus de l’entraînement, du sommeil, de la nutrition, de la récupération et de la stabilité mentale que d’avoir eu ou non des relations sexuelles la veille ». L’abstinence obligatoire « appartient davantage à la culture traditionnelle du sport qu’à la science actuelle. La recommandation moderne devrait être claire, c’est‑à‑dire moins de superstition, plus de repos, plus de bon sens et plus d’individualisation ».
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
