Ferran et son cri « s’il vous plaît, que ce soit un but » : les clés psychologiques pour performer sous pression dans le football d’élite

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À quelques minutes près de que l’arbitre siffle la fin du match, Ferran glisse le ballon dans le filet. C’est le 5-0 de l’Espagne contre l’Arabie Saoudite. Avant que la VAR ne détermine une position de hors-jeu et ne l’annule, les caméras se braquent sur le joueur. « S’il te plaît, que ce soit un but », semble-t-il chuchoter. La supplique du sportif émeut. C’est la conséquence de la vague de critiques lors de son débuts au Mondial, lorsque, entre autres erreurs, l’attaquant du Barça a manqué une occasion à portée vide. Les reproches se traduisent désormais par de la pression et le « s’il te plaît, que ce soit un but » devient un désir angoissé de sortir de la scène.

L’anxiété et le stress que subissent les athlètes d’élite font que ce type de scènes, où ils se parlent à eux-mêmes ou adoptent certains gestes, soient habituelles. « Pour obtenir la meilleure performance possible, le joueur doit être dans ce qu’on appelle un « niveau d’activation optimal ». C’est un état d’activation émotionnelle qui favorise la fluidité de son fonctionnement mental ainsi que ses actions sur le terrain », explique à CuídatePlus le psychologue sportif Chema Buceta.

Si le sportif se situe en dessous de ce niveau d’activation, ses performances seront moins bonnes. « Par exemple, il arrivera tard sur les ballons divisés, n’anticipera pas bien les actions dangereuses, mobilisera moins d’énergie que nécessaire ou sa concentration ne sera pas celle qu’il faut. » précise l’expert, qui ajoute que, à l’inverse, si son activation dépasse son niveau optimal, ses performances se dégradent également. Dans ces cas, il peut agir de façon impulsive, se figer, présenter une tension musculaire excessive qui entrave ses gestes ou réduire son champ d’attention.

Concernant le fait de se parler à soi-même, « cela peut aider à s’autoréguler le niveau d’activation pour le ramener à un niveau optimal », affirme Buceta. À ce titre, il précise que le meilleur moment pour le faire est lorsque le jeu s’arrête, surtout si une erreur a été commise auparavant; ou dans les situations les plus critiques par le score, le temps restant ou n’importe quelle situation du match.

Pour sa part, Mercedes Rubio Luis, membre de l’équipe de psychologie sportive de Clínica Cemtro, détaille que les fonctions des autos-affirmations dans le sport sont multiples : améliorer la concentration, aider à augmenter la motivation et à maîtriser l’anxiété. « L’important est de les travailler à l’avance. Ce qui peut sembler un geste spontané peut en réalité cacher un travail psychologique derrière (auto-discours dirigé). À ce stade, elle distingue plusieurs types d’autodialogue :

  • Psych-up : « Donne 100% ». 
     
  • Instrucción : « Concentre-toi sur ce qu’il faut faire ». 
     
  • Confiance : « Je crois en moi ». 
     
  • Contrôle de l’anxiété : « Détends-toi ». 
     
  • Préoccupation : « Je vais perdre ». 
     
  • Abandon : « Je veux arrêter ». 
     
  • Fatigue : « Je suis fatigué ». 
     
  • Pensées hors sujet : « Qu’est-ce que je vais faire ce soir ? ». 

Ainsi, ce genre d’expressions peut être utilisé pour atteindre différents objectifs. « Quand elles sont utilisées dans des situations de tension, elles visent à diminuer l’anxiété du moment ou à améliorer la concentration », illustre la spécialiste. En cas de déconnexion ou de pause du jeu, en revanche, « elles peuvent servir à l’inverse, pour atteindre un niveau d’activation optimal pour ce qui va suivre ».

À ce stade, l’autocontrôle attentionnel est fondamental. Rubio l’illustre ainsi : « Pensons à un sportif qui vient de manquer une action. S’il se focalise sur l’erreur, sur ce qu’il a mal fait ou sur ce qu’il aurait pu faire, il n’a sûrement pas les ressources mentales nécessaires pour se concentrer sur les prochaines actions ».

(Photo : Cordon Creative)

Comment travaillent les psychologues du sport la gestion de l’anxiété ?

Comme le précise Buceta, le travail des psychologues du sport consiste à entraîner et à conseiller les athlètes afin qu’ils apprennent à détecter quel est leur niveau d’activation optimal ; quelles situations critiques peuvent le modifier (en dessous ou au-dessus) et ce qu’ils peuvent faire pour augmenter ou diminuer leur activation lorsque cela est nécessaire. Par exemple, « s’ils sont suractivés, ils doivent apprendre à éviter une action impulsive qui pourrait leur coûter un carton », peut‑on lire, « peut-être en se parlant à soi-même, en appliquant une technique de respiration ou en se concentrant sur une conduite précise », affirme-t-il.

Enfin, Rubio fait référence à la théorie du contrôle de l’anxiété, qui, selon elle, montre que l’augmentation de l’anxiété se manifeste par un contrôle attentionnel défaillant. « Si nous l’améliorons, nous améliorons aussi, au moins partiellement, notre concentration », souligne l’experte, précisant que le travail dépendra du type de sport et du problème spécifique du sportif. « En psychologie du sport, nous utilisons fortement la théorie des styles attentionnels de Nideffer, qui identifie quatre styles » :

  • Élargi-externe : sert à évaluer la situation globale. 
     
  • Élargi-interne : analyse et planifie la situation sportive. 
     
  • Réduit-externe : focalise l’attention sur un objet ou une situation externe.  
     
  • Réduit-interne : contrôle l’état émotionnel et mental. 

« Chaque sportif et chaque moment aura un style qui sera optimal », conclut la spécialiste de la Clinique Cemtro.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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