Épictète : La chose la plus difficile est de se connaître soi-même

Une réunion se termine mal et tu pars convaincu que l’autre personne a été injuste. Des heures plus tard, en réexaminant la conversation, tu te rappelles que tu as interrompu plusieurs fois, tu as répondu sur la défensive et tu as à peine écouté ce qu’ils essayaient de dire. Ce moment d’inconfort révèle quelque chose d’important : nous n’agissons pas toujours comme nous le pensons.
La distance entre l’image que nous avons de nous-mêmes et nos réactions réelles est souvent plus grande que ce que nous imaginons. C’est pourquoi la phrase attribuée à Épictète, « La chose la plus difficile est de nous connaître nous-mêmes », demeure aussi actuelle. Le véritable défi de la connaissance de soi ne consiste pas seulement à identifier nos forces ou à définir qui nous croyons être, mais à observer avec honnêteté comment nous agissons lorsque surviennent la fatigue, la pression, la peur ou la frustration.
Ce que nos réactions disent lorsque nous cessons de les justifier
Une part importante de la connaissance de soi émerge dans des situations que nous préférerions oublier. Non pas lorsque tout va bien, mais lorsque quelque chose nous met mal à l’aise. Le stress, l’incertitude ou l’épuisement ont tendance à mettre au jour des schémas qui passent inaperçus durant les moments calmes.
L’auto-tromperie quotidienne apparaît de manières très subtiles. Nous disons que nous n’avons pas le temps de faire de l’exercice, même si nous trouvons de l’espace pour des activités moins prioritaires. Nous assurons que nous pourrions abandonner une mauvaise habitude lorsque nous le voudrions, malgré des mois ou des années à remettre le changement. Il est aussi facile de penser que les conflits au travail reviennent toujours à autrui sans nous demander quel rôle nous y jouons.
Reconnaître ces contradictions n’implique pas de se juger avec dureté. Cela signifie accepter que nos actions offrent généralement des informations plus précieuses que les explications que nous leur donnons habituellement.
Pourquoi la connaissance de soi consiste rarement uniquement à regarder à l’intérieur
Quand nous pensons à ce qu’est la connaissance de soi, nous imaginons généralement un processus d’introspection tranquille. Or, une grande partie de l’apprentissage sur soi se produit au contact de la réalité quotidienne.
Dans le domaine professionnel, une critique inattendue peut révéler des insécurités que nous ne soupçonnions pas. Dans les relations personnelles, une discussion peut mettre en lumière des difficultés à écouter, à reconnaître ses erreurs ou à exprimer ses besoins avec clarté. Même l’envie peut apparaître déguisée en indifférence ou en des remarques apparemment innocentes sur les réussites d’autrui.
Les habitudes domestiques offrent aussi des indices importants. La façon dont nous gérons le temps, respectons nos engagements ou faisons face à des tâches répétitives peut révéler des forces et des limites qui apparaissent rarement dans les descriptions idéalisées que nous faisons de nous-mêmes.
Comprendre nos propres réactions exige d’observer ce que nous faisons lorsque les circonstances nous mettent à l’épreuve, pas uniquement ce que nous pensons faire.
Petites pratiques pour mieux se connaître
La philosophie stoïque ne proposait pas d’exercices complexes pour développer la connaissance de soi. En réalité, certaines des outils les plus utiles demeurent étonnamment simples.
Après une discussion, il peut être utile de se demander quelle émotion a guidé la conversation. Après une décision impulsive, il convient d’examiner quel besoin nous cherchions à satisfaire à ce moment-là. Il aide aussi à prêter attention aux excuses qui apparaissent de manière récurrente, car elles signalent souvent des domaines où existe une différence entre nos intentions et nos actions.
L’auto-observation consciente peut aussi se renforcer par des notes brèves en fin de journée. Consigner les situations importantes, les émotions dominantes ou les réactions récurrentes permet d’identifier les schémas avec plus de clarté.
Écouter les observations de personnes de confiance constitue une autre voie précieuse de croissance personnelle à travers la réflexion. Ceux qui nous entourent détectent souvent des comportements que nous passons sous silence, en particulier ceux qui se sont transformés en habitudes automatiques.
Épictète comprenait que se connaître soi-même était une tâche exigeante car elle nécessite de renoncer aux versions les plus confortables de notre identité. La connaissance de soi utile ne fonctionne pas comme une étiquette agréable sur qui nous croyons être, mais comme une pratique continue d’observation honnête qui permet de mieux corriger, de présenter des excuses plus tôt et de prendre des décisions plus sages avec le temps.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
