Ébola et la Coupe du Monde de football : risque de contagion pour les sélections nationales ?

L’épidémie d’Ébola qui a émergé en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda a été qualifiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’émergence de santé publique de portée internationale. “Mais pas une urgence pandémique. Le risque d’épidémie est élevé au niveau national et régional dans ces zones, mais faible à l’échelle mondiale”, affirme ainsi Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.
Selon le dirigeant de l’OMS, on s’attend à ce que le nombre de cas d’Ébola continue d’augmenter compte tenu du moment où le virus circule avant d’être détecté et du fait que l’épidémie s’est propagée dans des zones urbaines. Par ailleurs, plusieurs soignants ont déjà été touchés et la zone est marquée par une forte mobilité des populations.
« Le risque global est considéré comme faible s’il demeure une réponse rapide : diagnostic, isolement, traçage des contacts et maîtrise des infections », précise à CuídatePlus Antonio Ramos, spécialiste en médecine interne et membre du groupe de travail sur les maladies infectieuses de la Société Espagnole de Médecine Interne (SEMI).
Bien que ce risque soit faible, Justo Menéndez, responsable de l’Unité de Médecine du Voyage et des Maladies Tropicales à l’Hôpital Universitaire HM Sanchinarro, avertit que “cette situation peut changer rapidement, si certains patients contournent les mesures de contrôle et voyagent vers les villes. L’OMS met déjà en œuvre des mesures de contrôle afin d’éviter ce risque”.
Quel type d’Ébola a provoqué l’épidémie ?
L’épidémie d’Ébola dans ces deux pays africains est due au virus Bundibugyo. Selon Médecins Sans Frontières, le virus en circulation est plus rare et il n’existe ni vaccin ni traitement approuvé pour ce variant. Les deux vaccins disponibles contre l’Ébola s’adressent “au virus de l’Ébola connu, autrefois nommé virus du Zaïre, qui a déclenché la dévastatrice flambée en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016”, indique John Johnson, responsable médical de la vaccination et de la réponse aux épidémies pour MSF.
Pour les deux épidémies antérieures attribuées au virus Bundibugyo, le taux de létalité était inférieur à celui des flambées provoquées par le virus d’Ébola, le plus répandu et le plus létal, rapportent MSF.
Quel risque au niveau mondial avec le Mondial qui se profile ?
C’était la première participation de l’équipe de RDC à la Coupe du Monde qui débute le 11 juin aux États‑Unis, au Mexique et au Canada. Existe-t-il un risque que l’Ébola se transmette durant cette période de mobilité et d’affrontements entre sélections ? Pour répondre, Ramos indique que “le risque serait faible s’ils n’ont pas séjourné dans des zones touchées et s’ils n’ont eu aucun contact étroit avec des cas ou des personnes symptomatiques. L’Ébola ne se transmet pas par l’air comme la grippe ou le SARS‑CoV‑2 (Covid), ni par des contacts occasionnels. Le risque réel dépendra de la situation épidémiologique dans les semaines qui précèdent, et des contrôles sanitaires”.
Menéndez ajoute qu’il est raisonnable de supposer que tant l’équipe que le personnel technique de la RDC subiront les contrôles adéquats, et qu’aucune personne malade ne voyagera. « Selon les données épidémiologiques et les preuves accumulées, il n’y a pas de preuve claire d’une transmission pendant la période asymptomatique. Le risque de contagion augmente au fur et à mesure de la progression de la maladie et de l’augmentation de la charge virale. Par conséquent, cela ne semble pas constituer une forme de dissémination préoccupante ».
Risque de transmission de l’Ébola lors du Mondial
Le monde dans lequel nous évoluons est sans conteste un terrain fertile pour la propagation des maladies. Cependant, les experts affichent leur tranquillité quant à la tenue d’un événement aussi planétaire et à la détection de cas importés. “Dans les pays où les systèmes de santé sont prêts, le risque de transmission secondaire est faible si les cas sont identifiés précocement, isolés et si les contacts sont suivis pendant 21 jours”, explique Ramos.
Menéndez ajoute qu’un tel événement pourrait agir comme multiplyur s’il survient un foyer pendant les festivités. “Souvenons-nous qu’un match de football (Atalanta-Valence) dans le nord de l’Italie en 2020 a été l’un des catalyseurs de la diffusion du Covid-19 en Europe. De même, les JO de Rio en 2016 se sont déroulés en parallèle d’un foyer de virus Zika touchant des centaines de milliers de personnes. Dans un tel scénario, le risque serait sans doute plus élevé pour les spectateurs (dont les déplacements et les activités ne peuvent être contrôlés), que pour les équipes, qui peuvent rester isolées dans leurs hôtels et dont les déplacements sont assez restreints.
Néanmoins, Menéndez souligne que, puisque le Mondial 2026 se dispute au Canada, aux États‑Unis et au Mexique, les risques d’éclosion dans ces pays sont faibles. Leurs systèmes de santé, notamment dans les environnements urbains où se jouent les matches, et leurs systèmes de surveillance épidémiologique, sont également solides. Il n’est pas attendu de risque de ce type, même s’il demeure impossible de garantir à 100% qu’aucun foyer n’apparaîtra.
Mesures préventives en cas d’épidémie d’Ébola
Dans l’éventualité d’une suspicion ou d’une confirmation d’un cas d’Ébola, Ramos préconise d’appliquer les mesures classiques et essentielles suivantes :
- Surveillance épidémiologique actualisée.
- Évaluation préalable des voyageurs en provenance des zones touchées.
- Protocoles de détection de fièvre chez les personnes ayant un antécédent épidémiologique.
- Isolement immédiat des cas suspects.
- Traçage des contacts.
- Formation du personnel sanitaire.
- Équipements de protection appropriés.
- Communication claire afin d’éviter une alarme injustifiée.
Menéndez renchérit que “les pays qui accueillent cet événement et l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS) disposent, sans aucun doute, de plans actualisés de préparation et de réponse”.
Il convient toutefois de rappeler que les participants doivent adopter une conduite responsable et se conformer aux recommandations de leurs pays d’origine ainsi qu’à celles qui seront proposées dans les pays hôtes pour la santé publique.
Traitement de l’Ébola
Selon des données de Médecins Sans Frontières, puisqu’il n’existe pas de traitement spécifique pour l’Ébola, les soins dispensés aux personnes touchées se concentrent sur le contrôle des symptômes (fièvre, maux de tête, vomissements, diarrhée, etc.).
De plus, on assure un traitement de soutien, qui contribue à améliorer les chances de survie : réhydratation, soutien en oxygène et suivi étroit des paramètres sanguins et cardiaques. “Au cours des deux flambées précédentes dues au virus Bundibugyo, le taux de létalité estimé oscillait entre 25 % et 40 %”
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
