Clés pour cultiver la gratitude au quotidien, à la manière de Luis de la Fuente

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Du point de vue de la psychologie, la gratitude n’est pas synonyme d’être heureux tout le temps ni d’accepter ce que l’on a sans réserve. Elle n’implique pas non plus d’ignorer les problèmes ni de penser que « tout passe par une raison ». Selon la psychologue clinicienne Laura Fuster, elle consiste plutôt à diriger délibérément notre attention vers ce qui apporte de la valeur, du bien‑être ou du sens à notre vie, même si des difficultés coexistent.

« C’est reconnaître que, même dans des périodes compliquées, il existe des personnes, des expériences ou de petites circonstances qui méritent d’être appréciées », indique-t-elle.

L’entraîneur de l’équipe nationale espagnole de football, Luis de la Fuente, après la victoire contre la France qui propulsait l’Espagne en finale du Mundial, expliquait que, même s’il « se sentait très heureux » par cet accomplissement, il « remercie chaque jour » depuis son réveil parce qu’il se regarde et voit qu’il va bien, il remercie pour ces détails. Il prie chaque jour, selon ses convictions, mais ce n’est pas pour gagner le Mondial, il demande à Dieu santé et des options pour continuer à se battre. « Si j’ai la santé, je n’ai pas de problème, je suis un guerrier et je me bats pour tout. »

À cet égard, Laura Fuster juge son exemple « très intéressant » car « il ne parle pas de remercier uniquement pour avoir gagné un match ou obtenu un succès professionnel. Il parle de remercier pour quelque chose d’aussi basique que de se réveiller en bonne santé et pouvoir vivre un jour de plus ».

(Foto:Unsplash/Zac Durant)

De la Fuente a également été profondément ému après le match en évoquant ses parents et son frère décédés. « Ils auraient adoré profiter de ce que je vis, tout comme ils ont aimé ma période de footballeur et mes débuts d’entraîneur. Je pense beaucoup à eux tous les jours. »

Ces mots reflètent, selon Laura Fuster, « une gratitude bien plus profonde », liée à la conscience de la fragilité de la vie et non uniquement aux réussites.

L’un des livres les plus lus ces derniers mois est précisément Les gratitudes de Delphine de Vigan (Anagrama), un roman à deux voix qui aborde, entre autres thèmes, l’importance d’être reconnaissant envers ceux qui ont été importants dans nos vies et qui, précisément, constituent les gratitudes qui tissent les liens entre les trois protagonistes du récit.

Conçus pour voir ce qui nous manque

Mais il ne nous est pas toujours facile d’exprimer de la gratitude envers la vie. Notre cerveau est conçu pour repérer ce qui manque ou ce qui peut représenter une menace.

Du point de vue évolutif, cette tendance a favorisé notre survie. Nos ancêtres avaient besoin d’identifier les risques pour se protéger, plutôt que de rester à contempler ce qui fonctionnait déjà bien. Cet mécanisme existe encore aujourd’hui. « C’est pourquoi nous avons tendance à nous acclimater rapidement aux choses agréables et à concentrer notre attention sur ce que nous n’avons pas encore accompli, sur les problèmes en suspens ou sur ce que nous pensons qui nous ferait sentir mieux ».

Cultiver la gratitude pour élargir le champ de vision

De plus, nous vivons dans une société très axée sur la comparaison et la performance. Nous recevons sans cesse le message que nous pouvons toujours avoir plus, faire plus ou être plus. « Il est difficile d’expérimenter la gratitude lorsque la sensation permanente est que nous ne sommes pas encore arrivés là où nous devrions être ».

La gratitude n’élimine pas les problèmes, mais elle modifie la façon dont notre cerveau distribue l’attention, d’où l’importance d’entraîner la gratitude afin d’élargir le champ de vision. « Nous cessons de regarder uniquement ce qui nous préoccupe pour inclure aussi ce qui nous soutient ».

Impact sur notre bien-être

Cela a un impact très positif sur le bien-être émotionnel, car cela réduit le sentiment de rareté permanente et favorise des émotions comme le calme, la connexion avec autrui et la satisfaction de vie.

Selon la clinique Laura Fuster, les personnes qui pratiquent la gratitude de manière réaliste ont généralement tendance à :

  • Tolerer mieux l’incertitude.
  • Se remettre plus rapidement des périodes difficiles.
  • Se connecter plus facilement aux ressources qu’ils possèdent déjà.

« Cela ne signifie pas souffrir moins, mais se sentir plus accompagné par ce qui fonctionne aussi. »

Des moments propices à la gratitude

Beaucoup pensent qu’ils ne peuvent éprouver de la gratitude que lorsque quelque chose d’exceptionnel se produit. Or, la gratitude se construit précisément dans le quotidien. Voici quelques aspects sur lesquels nous pouvons porter attention pour entraîner la gratitude :

  • Se réveiller en bonne santé.
  • Échanger une conversation avec une personne qui compte pour nous.
  • Recevoir du soutien à un moment difficile.
  • Apprécier un repas.
  • Avoir un travail qui nous permet de vivre.
  • Se promener, se reposer ou disposer de temps pour soi.
  • Se souvenir avec affection des personnes qui ne sont plus là.

« En fait, beaucoup de personnes découvrent la valeur de ces choses précisément lorsqu’elles les perdent », indique Laura Fuster. La gratitude consiste justement à apprendre à les reconnaître avant.

La gratitude coexiste aussi avec la tristesse

Les mots de Luis de la Fuente et son émotion en se remémorant ses proches décédés prennent aussi une signification particulière, car ils introduisent une idée importante : la gratitude peut aussi coexister avec la tristesse. « Se souvenir de parents ou d’un frère décédé n’implique pas d’arrêter de les manquer », explique Fuster. Cela signifie reconnaître tout ce que ces personnes ont apporté à notre vie et comment elles continuent de faire partie de nous.

En fait, la gratitude ne génère pas forcément la joie. Parfois, elle suscite aussi la nostalgie, l’émotion ou même les larmes. « Et toutes ces émotions peuvent coexister de manière saine ».

Et en ce qui concerne l’entraînement à la gratitude, la psychologue attire l’attention sur l’importance de ne pas faire croire que « il faut tout rendre grâce ». La gratitude ne peut pas être imposée, souligne-t-elle. « Il n’a aucun sens dire à quelqu’un qui traverse un deuil ou une épreuve importante d’être simplement reconnaissant », précise-t-elle.

« Ce que nous pouvons faire, en revanche, est d’entraîner notre attention pour qu’elle puisse, en plus de la douleur, identifier ce qui demeure encore précieux ». Il ne s’agit pas de nier une partie de la réalité, mais d’élargir le regard, précise-t-elle.

Pistes pour entraîner la gratitude

Quelques pistes pour cultiver une gratitude plus authentique :

  • Commencer par le quotidien. Il n’est pas nécessaire d’attendre des événements majeurs. Souvent, ce qui est le plus important se trouve dans ce que nous tenons pour acquis.
  • Faire une pause consciente chaque jour. Consacrer quelques minutes à se demander ce qui s’est passé aujourd’hui et mérite d’être reconnu, même si c’est minuscule.
  • Exprimer la gratitude. Il ne suffit pas de la ressentir. Dire merci, reconnaître un geste ou dire à quelqu’un ce que cela a représenté pour nous renforce les liens et augmente le bien‑être des deux personnes.
  • Éviter de nous comparer constamment. La comparaison déporte notre attention vers ce qui nous manque. La gratitude nous ramène à ce qui fait déjà partie de notre vie.
  • Se souvenir que des émotions différentes peuvent coexister. Nous pouvons être inquiets face à un problème et, en même temps, éprouver de la gratitude pour le soutien de notre famille ou pour préserver la santé. Les émotions ne sont pas excluantes.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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