Ce médecin généraliste de campagne dévoile ce quʼil gagne vraiment après 30 ans de consultations

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Ce médecin généraliste de campagne dévoile ce quʼil gagne vraiment après 30 ans de consultations

Il a pris une grande respiration, puis a ouvert ses cahiers de comptes. Après trente ans au même cabinet, au bout d’une route départementale, ce médecin explique ce que rapporte une année de consultations, une fois tout payé. “Je veux que les gens sachent ce que vaut une consultation à 26,50 €, quand on enlève les charges”, glisse-t-il, mi-souriant, mi-lassé.

Un quotidien compté en actes et en kilomètres

Chaque journée commence tôt, finit tard, et s’étire en visites à domicile, appels de garde, messages de patients. “Je fais environ 22 consultations par jour, cinq jours par semaine, plus quelques urgences”, détaille-t-il, calmement. Sur l’année, cela fait entre 4 500 et 4 800 actes, selon les saisons et les épisodes de grippe.

Le tarif de base est à 26,50 €, avec parfois des majorations, des visites à 36,50 €, et de rares actes plus longs. “La moyenne, sur douze mois, tourne autour de 27 à 28 € par consultation, toutes situations confondues”, estime-t-il, prudemment.

Ce que rapporte vraiment une année complète

Côté recettes, il additionne les actes, les forfaits et quelques gardes. En année “classique”, il annonce environ 150 000 € de recettes brutes, ventilées ainsi, selon ses carnets: 128 000 € d’honoraires d’actes, 12 000 € de forfait patientèle médecin traitant, 7 000 € de ROSP (rémunération sur objectifs), et 3 000 à 5 000 € liés aux astreintes et remplacements ponctuels.

“Ces chiffres bougent un peu chaque année, mais la tendance est stable”, précise-t-il, sans chercher l’effet de manche. L’argent entre, mais la colonne d’en face n’attend que de sortir.

Les charges qu’on ne voit jamais

La partie dépenses ressemble à une liste de rappel qu’on coche machinalement: loyer du cabinet, charges de locaux, électricité et chauffage, assurances pro, matériel et consommables médicaux, logiciels agréés et maintenance, secrétariat et téléphonie, véhicule pour les visites, comptable et cotisations ordinales. “Au total, l’addition frôle les 38 000 € par an, certains postes grimpent avec l’inflation”, souffle-t-il, sans détour.

Après ces frais, il reste un résultat professionnel autour de 112 000 à 115 000 €, avant cotisations sociales. C’est là que commence la descente la plus raide.

Cotisations et impôts, la longue cascade

URSSAF, CARMF, retraite, maladie, CSG-CRDS: “On parle d’environ 30 000 à 35 000 € de cotisations selon l’année”, pose-t-il, posément. Le revenu professionnel net avant impôt, une fois ces charges déduites, tourne alors autour de 78 000 à 82 000 € sur une année moyenne.

Reste l’impôt sur le revenu, très variable selon la situation familiale. “Dans mon cas, après déclaration et acomptes, l’État prend encore entre 12 000 et 18 000 €, selon les tranches et les années plus ou moins chargées”, confie-t-il, lucide.

Au final, il lui reste environ 60 000 à 65 000 € nets par an, soit autour de 5 000 à 5 400 € nets par mois, pour un temps de travail réel de 48 à 55 heures par semaine, selon les pics. “Ce n’est pas misérable, mais ce n’est pas l’eldorado qu’on imagine”, tranche-t-il, calme.

Le temps invisible qui coûte

Derrière chaque acte, il y a des comptes-rendus, des ordonnances longues, des échanges avec les spécialistes, des certificats et des formulaires complexes. “Je passe facilement deux heures par jour en administratif, hors patientèle”, dit-il, presque désabusé. Ce temps n’est ni facturé, ni vraiment reconnu.

Les gardes de nuit coupent les semaines, les visites allongent les journées, les congés se résument à trois ou quatre semaines, rarement plus, car la pénurie de remplaçants verrouille le calendrier.

Pourquoi il tient malgré tout

“Je reste pour les gens, pour les familles que j’ai vues grandir”, lâche-t-il, avec une pudeur de montagnard. Il évoque des naissances, des deuils, des rémissions qui valent plus que des colonnes de chiffres. “Le lien humain compense beaucoup, mais pas tout”, admet-il, la voix basse.

Ce qui rendrait le métier vivable

Il ne rêve pas de miracles, mais de réglages concrets, à portée de main:

  • Un tarif de base mieux indexé sur l’inflation, une simplification des forfaits, et un temps administratif réellement rémunéré.

Ce que dit une consultation à 26,50 €

“Sur 26,50 €, je vois environ 12 à 14 € partir en frais, puis encore une part en cotisations”, explique-t-il, sur sa règle de trois. Sur l’année, tout s’équilibre autour d’un taux de charges global proche de 45 %, en comptant frais et cotisations. “Le symbole, c’est que l’acte médical pur reste sous-évalué par rapport au temps et à la responsabilité”, poursuit-il, sans amertume inutile.

Il ne cherche ni plainte, ni gloriole, juste une photographie fidèle. “Je gagne de quoi vivre, pas de quoi me reposer”, sourit-il, en refermant ses cahiers. Et demain, à 8 h 30, la salle d’attente sera déjà pleine.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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