Cancer de la peau : comment repérer les grains de beauté, taches et plaies pouvant signaler une tumeur

Le cancer de la peau est l’une des tumeurs les plus fréquentes dans notre pays. Selon le rapport Les chiffres du cancer en Espagne de 2026, élaboré par la Société Espagnole d’Oncologie Médicale, cette année seront diagnostiqués 8 074 nouveaux cas de mélanome. À cela s’ajoutent près de 78 000 cas de cancers de la peau non mélanome, faisant des tumeurs cutanées l’un des cancers les plus répandus dans notre pays.
Pour tous les cancers, la détection précoce est cruciale pour le traitement, le pronostic et la qualité de vie des patients. Comme l’explique à CuídatePlus Alberto Conde Taboada, chef du service de dermatologie du MD Anderson Cancer Center Madrid-Hospiten, « la détection précoce transforme radicalement le pronostic des cancers de la peau, et c’est dans cette pathologie que l’impact de la prévention secondaire est le plus clairement démontré ».
Ainsi, précise, l’expert, dans le cas du mélanome :
• Un mélanome in situ ou au stade I (Breslow <1 mm, sans ulcération) présente une survie à 10 ans supérieure à 95-98% avec un traitement chirurgical exclusif.
• Un mélanome au stade IV (métastatique) présente une survie sur 5 années qui, malgré les progrès réalisés avec l’immunothérapie et la thérapie ciblée, demeure inférieure à 30-35%.
• La différence entre ces deux scénarios peut être littéralement mesurée en mois dans l’évolution de la lésion.
Dans le cas du carcinome épidermoïde :
• Détecté localement (stade I-II), le taux de guérison par chirurgie dépasse 95%.
• Les CEC à haut risque (périnévral, sur les muqueuses, chez les patients immunodéprimés) ou localement avancés présentent des taux de récidive et de métastases nettement plus élevés.
Dans le cas du carcinome basocellulaire :
• Bien qu’il métastatise rarement, le CBC détecté à un stade précoce se résout par une chirurgie ambulatoire simple.
• Un CBC localement avancé — qui a infiltré des structures profondes (os, appareil orbitaire, base du crâne) — peut nécessiter des chirurgies complexes, une radiothérapie ou un traitement systémique (inhibiteurs de la voie Hedgehog, immunothérapie), avec une morbidité accrue et des résultats esthétiques et fonctionnels plus médiocres.
En définitive : « dans le cancer de la peau, le diagnostic précoce est synonyme de guérison dans la grande majorité des cas ».
Comment pouvons-nous le détecter
La détection précoce du cancer de la peau repose sur une stratégie à plusieurs niveaux :
1. Auto-examen cutané régulier :
Il est recommandé que toute personne réalise une révision systématique de l’ensemble de la surface cutanée tous les 1-3 mois, idéalement avec un bon éclairage et un miroir à main pour les zones difficiles d’accès (cuir chevelu, dos, région ano-rectale). Toute lésion nouvelle ou changeante doit être évaluée par un dermatologue.
2. Examen dermatologique périodique :
• Population générale à faible risque : examen dermatologique recommandable à partir de 30-40 ans.
• Personnes présentant des facteurs de risque (phototype clair, nombreux nævus, antécédents familiaux, immunodépression) : examen annuel ou semestriel.
• En Espagne, l’AEDV promeut activement les campagnes de dépistage précoce du mélanome (Euromelanoma).
3. Dermatoscopie :
Le dermatoscope est un outil fondamental entre les mains du dermatologue qui augmente sensiblement la sensibilité diagnostique par rapport à l’inspection à l’œil nu (amélioration du diagnostic d’environ 30% dans les études comparatives). La télédermatologie avec dermatoscopie numérique facilite en outre l’accès dans les zones où la disponibilité des spécialistes est moindre.
4. Systèmes de suivi numérique et cartographie corporelle :
Chez les patients présentant de multiples nævus atypiques, la cartographie corporelle photographique et le suivi numérique avec dermoscopie comparative permettent de détecter des changements évolutifs subtils avec une grande sensibilité.
Ce qu’il faut rechercher lors de l’auto-examen
Dans le cas du cancer de la peau, on peut dire qu’il existe des signes qui peuvent nous alerter, mais il faut les connaître. Comme le précise l’expert, les manifestations cliniques varient selon le type de tumeur, ainsi il indique :
Carcinome basocellulaire (CBC) :
• Lésion perlée, translucide ou rosée, avec des bords enroulés et des télangiectasies superficielles (forme nodulaire, la plus fréquente).
• Lésion plane, érythémateuse et desquamante (forme superficielle).
• Zone cicatricielle blanchâtre à bords mal définis (forme sclérodermoïde ou morphéiforme).
• Toute lésion qui ne guérit pas ou qui saigne au moindre traumatisme.
Carcinome épidermoïde (CEC) :
• Plaque érythémateuse hyperkératotique ou lésion verruqueuse sur peau endommagée par le soleil, kératose actinique ou cicatrices.
• Ulcère à bords durs qui ne guérit pas.
• Nodule ferme de croissance progressive.
Mélanome Règle ABCDE :
• A (Asymétrie) : une moitié n’est pas le miroir de l’autre.
• B (Bords) : irréguliers, dentés ou mal définis.
• C (Couleur) : variation de couleur au sein de la même lésion (marron, noir, rouge, bleu, blanc).
• D (Diamètre) : supérieur à 6 mm, bien que les mélanomes précoces puissent être plus petits.
• E (Évolution) : changement récent de taille, de forme, de couleur ou tout nouveau symptôme (saignement, démangeaisons, croûtes).
Également, ajoute-t-il, « il faut évaluer le « vilain petit canard », c’est‑à‑dire une lésion qui se démarque visuellement des autres nævus du patient, comme signe d’alerte indépendant ».
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
