Boulimie : causes, symptômes et traitements

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Qu’est-ce que c’est

La boulimie nerveuse est un trouble du comportement alimentaire (TCA) qui se caractérise par des accès répétés de frénésie alimentaire, durant lesquels la personne consomme de grandes quantités de nourriture en un laps de temps très court. 

La boulimie est une maladie à forte prépondérance féminine, puisqu’elle affecte environ 9 femmes pour 1 homme, et son apparition se situe généralement entre 16 et 20 ans

Au cours de la dernière décennie, la prévalence et l’incidence sont restées relativement stables. On estime que la boulimie nerveuse toucherait environ 2 % de la population. Par ailleurs, autour de 4 % de la population présentent des TCA non spécifiés; certains individus présentent des accès de frénésie ou des conduites de purge, mais ne répondent pas aux critères diagnostiques complets de la boulimie nerveuse, explique Marina Díaz Marsa, responsable de l’Unité des Troubles de la Conduite Alimentaire de l’Hôpital Clínico San Carlos, à Madrid.   

Les personnes atteintes de boulimie tendent à restreindre leur alimentation dans le but de perdre du poids. Cependant, la faim et l’impulsivité, liées à un mal-être psychologique plus profond, les amènent à pratiquer des épisodes d’ingestion excessive. « Cet épisode survient généralement en fin de journée », précise Díaz Marsa. Les aliments qui font typiquement l’objet des frénésies et qu’ils consomment en grande quantité sont souvent ceux qu’ils cherchent à éviter : sucreries, viennoiseries, pâtes, pain… 

L’accès de frénésie s’accompagne d’un fort sentiment de culpabilité, qui les pousse à recourir ensuite soit à des laxatifs, soit à pratiquer une activité physique de manière excessive, ou à adopter des conduites de purge. Ces dernières entraînent une perte d’électrolytes, tels que sodium et potassium, pouvant exposer à des anomalies cardiaques, à une hypotension, et à des altérations physiologiques susceptibles de mettre leur vie en danger ou d’engendrer des séquelles physiques graves. »>

Causes

La boulimie n’est pas un caprice. Les patientes présentent souvent une basse estime de soi, des difficultés relationnelles, une instabilité émotionnelle, des traumatismes, une dysrégulation émotionnelle, un sentiment de vide… Cet ensemble de mal-être les pousse à rechercher leur identité dans la minceur et c’est ainsi que s’inscrit le tableau clinique, explique Díaz Marsa.

Ainsi, même si la société met la minceur en valeur comme signe de réussite, c’est ce mal-être psychologique qui pousse ces patientes à vouloir être minces. « La société n’est pas seule coupable. Dans d’autres époques, le malaise se traduisait par d’autres conduites. Mais aujourd’hui, avec ce message social, le malaise de ces jeunes filles les conduit à développer ces troubles ».

De ce fait, à l’origine de cette maladie interviennent des facteurs biologiques, psychologiques et socioculturels qui déforment la perception qu’a la personne d’elle-même.

La restriction des aliments imposée par la personne elle-même entraîne un fort état d’anxiété et la nécessité pathologique de consommer de grandes quantités d’aliments.

À ce jour, la vulnérabilité biologique impliquée dans le développement de la maladie reste inconnue et certains facteurs déclencheurs liés à l’environnement social, aux régimes et à la peur des moqueries sur le corps sont mieux connus. De nombreux facteurs se recoupent avec ceux de l’Anorexie, tels que des troubles affectifs survenant au sein de la famille, l’abus de drogues, l’obésité, le diabète sucré, certains traits de personnalité et les idées déformées du corps.

Il est important de préciser que les troubles du comportement alimentaire n’apparaissent pas simplement lorsque l’un de ces facteurs se manifeste, mais que c’est la confluence de plusieurs facteurs qui peut conduire à l’apparition de la boulimie.

Symptômes

Les personnes boulimiques cherchent souvent à dissimuler les conduites de purge, ce qui fait que la maladie passe fréquemment inaperçue pendant longtemps, car elle ne s’accompagne pas d’une perte de poids aussi marquée que celle observée dans l’anorexie. Les symptômes typiques d’un épisode boulimique sont les suivants :

  • Crises de frénésie ou suralimentation : la personne ingère une grande quantité de nourriture en très peu de temps et ne parvient pas à maîtriser sa consommation. Les patients ont tendance à éviter les lieux où l’on sert à manger et cherchent à manger seuls, ce qui les amène à adopter un comportement asocial et à faire de la nourriture leur seul sujet de conversation. Le manque de contrôle sur l’alimentation génère en retour de forts sentiments de culpabilité et de honte.
     
  • Usage de laxatifs : pour prévenir la prise de poids et compenser l’épisode ou l’excès alimentaire, la personne se induce des vomissements, utilise des laxatifs, des diurétiques, des médicaments, ou recourt à d’autres moyens afin de maîtriser son poids, comme la pratique excessive d’activités physiques.
     
  • Répétition : les cycles de frénésies et de vomissements se manifestent au moins deux fois par semaine.
     
  • Faible estime de soi.

En dehors de ces manifestations générales, on peut distinguer :

Troubles psychologiques

Les personnes atteintes de boulimie présentent une forte impulsivité et un faible contrôle de soi. Cela peut conduire, en plus des crises, à des situations dangereuses ou à des disputes faciles, avec des changements d’humeur importants.

De plus, la fréquence d’une faible estime de soi favorise l’apparition de symptômes de dépression et d’anxiété ainsi que l’abus d’alcool et de drogues ou d’autres dépendances.

Symptômes physiques

Concernant les signes physiques révélateurs de la maladie, on compte la faiblesse, des maux de tête, un gonflement du visage dû à l’élévation des glandes salivaires, surtout les parotides, des problèmes dentaires, des étourdissements, une perte de cheveux, des irrégularités menstruelles et des fluctuations rapides de poids, bien que l’amplitude de la variation ne soit généralement pas aussi marquée que dans l’anorexie. La boulimie peut s’accompagner d’autres troubles, comme une promiscuité sexuelle.

Les conséquences cliniques comprennent :

  • Rythmes cardiaques perturbés pouvant conduire à des ischémies ou des infarctus.
     
  • Déshydratation.
     
  • Irritable bowel et mégacôlon.
     
  • Reflux gastro-œsophagien.
     
  • Hernie hiatale.
     
  • Caries dentaires.
     
  • Perte de masse osseuse.
     
  • Péricéphie œsophagienne.
  • Ruptures gastriques.
     
  • Pancréatite.

Signes d’alerte pour les familles

Selon la responsable de l’Unité des Troubles de la Conduite Alimentaire de l’Hôpital Clínico de Madrid, certaines conduites peuvent faire suspecter aux parents qu’un problème de boulimie touche leur enfant. Voici ces signes : 

  • Se rendre aux toilettes immédiatement après les repas.

  • La disparition de nourriture au domicile.

  • Éviter de s’asseoir pour manger en famille mais manger plus tard en cachette et de manière impulsive.

  • Éviter les contacts sociaux lorsque cela implique de la nourriture.

  • Altérations de l’émail dentaire. Dans bien des cas, ce sont les dentistes qui tirent la sonnette d’alarme en constatant une détérioration de l’émail dentaire due aux conduites de purge lors d’une visite de routine ou pour d’autres motifs.

  • Des changements de caractère.

« Les patientes sont inconstantes émotionnellement. Elles peuvent exhiber d’autres conduites impulsives, telles que les automutilations ou une consommation excessive, ce qui se manifeste fréquemment par une instabilité émotionnelle et du caractère irrité, décelables par leurs proches », souligne Díaz Marsa.

Prévention

La prévention de la boulimie doit s’appuyer sur une démarche multidisciplinaire. Les spécialistes soulignent l’importance de la prévention sociale et de la collaboration de divers professionnels tels que modèles, stylistes, animateurs télé, publicitaires et sportifs afin de réduire les messages qui poussent à une perte de poids non responsable et les standards de taille.

Ainsi, au niveau familial, il convient de rappeler que les familles doivent adopter une alimentation équilibrée, telle que le régime méditerranéen, et éviter l’obsession pour les régimes, le poids ou l’image corporelle.

Par ailleurs, il est conseillé de ne pas protéger excessivement les enfants, car cela favoriserait leur autonomie et leur capacité à résoudre des problèmes et à prendre leurs propres décisions.

Enfin, au niveau scolaire, on peut éduquer les enfants sur l’alimentation et la nutrition, tout en encourageant l’estime de soi, les compétences sociales et les aptitudes à la communication.

Types

Dans cette maladie, on peut distinguer deux sous-types :

Purgatif

Pendant l’épisode de boulimie nerveuse, la personne recourt à des vomissements ou à d’autres méthodes purgatives, comme les laxatifs et les diurétiques, afin d’éviter la prise de poids.

Non purgatif

Dans ce cas, la personne boulimique adopte d’autres conduites compensatoires comme le jeûne ou l’exercice physique compulsif, mais elle n’a pas recours aux vomissements, aux diurétiques ou aux laxatifs dans le but de ne pas grossir.

Diagnostics

Selon Díaz Marsá, l’intervention précoce est essentielle pour que la rémission se produise et le fasse aussi tôt que possible. Il s’agit d’une maladie traitable par des approches psychiatriques et psychothérapeutiques. Derrière ce trouble se cache une souffrance qu’il faut identifier de manière individuelle pour pouvoir l’aborder. Le manque de contrôle autour de l’alimentation est une façon de masquer ce mal-être profond.

Au niveau des soins primaires, les médecins peuvent suspecter un épisode de boulimie nerveuse si une personne présente une inquiétude excessive concernant sa prise de poids et des fluctuations importantes, surtout s’il existe des signes évidents d’utilisation excessive de laxatifs.

Autres indices : gonflement des glandes salivaires des joues, traces sur les doigts provoquées par l’induction volontaire du vomi, érosion de l’émail dentaire due à l’acide gastrique et taux faible de potassium dans le sang.

Cependant, le diagnostic est complexe car les épisodes d’avidité et vomissements» se cachent facilement. De plus, certains symptômes peuvent être confondus avec ceux d’autres pathologies.

Pour établir un diagnostic correct, il faut réaliser une entrevue psychiatrique qui révélera la perception du patient de son propre corps et la relation qu’il entretient avec la nourriture. Par ailleurs, un examen physique complet est nécessaire pour déceler les perturbations liées à son comportement alimentaire.

Traitements

Dans le traitement de la boulimie, la première étape consiste en l’évaluation du patient par le psychiatre. Après cela, deux volets s’ouvrent : pharmacologique et psychothérapeutique, bien que l’idéal soit une prise en charge qui combine les deux.

L’usage de médicaments permet d’améliorer les accès de frénésie, l’impulsivité et les conduites de purge. De plus, ils facilitent la mise en œuvre et l’efficacité de la psychothérapie. Par le biais de cet accompagnement psychologique, les patientes acquièrent des outils pour contrôler leur impulsivité, l’instabilité émotionnelle, et pour améliorer leur estime de soi et leurs relations interpersonnelles, précise Díaz Marsa.

Une autre partie du traitement doit se concentrer sur l’approche nutritionnelle, en étroite collaboration avec des endocrinologues et des nutritionnistes, afin d’assurer la santé physique et organique des patientes. Il s’agit, en somme, d’instaurer des habitudes de vie saines et l’auto-soin pour que les patientes puissent reprendre le contrôle de leur santé. « Souvent, les patientes associent le traitement à une prise de poids, ce qui peut freiner l’adhésion au traitement. Il faut leur faire comprendre que personne ne cherche à les faire grossir, mais à ce qu’elles soient en bonne santé dans des paramètres de poids sains, et que l’objectif est qu’elles cessent de souffrir ».

Autres données

Comment les proches peuvent-ils agir face à une personne atteinte ?

La meilleure manière d’aider une personne boulimique est de prendre conscience qu’elle souffre d’un trouble du comportement alimentaire. Quelques recommandations pour l’entourage sont les suivantes :

  • Éviter les commentaires critiques sur le poids, l’alimentation, etc.
     
  • Comprendre que la boulimie est un problème sérieux, et non des frivolités de la personne qui en souffre.
     
  • Essayer de ne pas la surveiller en permanence et parler uniquement du problème. Ainsi, on évite de la sentir oppressée et on renforce le sentiment de soutien et de compréhension.
  • Écarter les formes de chantage comme « si tu manges, je t’achèterai quelque chose que tu veux ». Ces méthodes ne servent à rien et aggravent la situation.

Comorbidité des troubles de la conduite alimentaire

Les troubles du comportement alimentaire apparaissent souvent concomitamment avec d’autres conditions psychiatriques et médicales qui compliquent le traitement. Les troubles psychologiques « s’associent presque dans les trois quarts des cas à des troubles de la conduite alimentaire », selon les auteurs de l’étude Caracterización, epidemiología y tendencias de los trastornos de la conducta alimentaria, publiée dans la revue Nutrición Hospitalaria.

Si l’on observe parmi les troubles comorbides les plus fréquents l’anxiété et la dépression, on note également une association significative avec le trouble obsessionnel-compulsif, l’existence d’automutilations, la conduite suicidaire et, à partir de l’adolescence, les troubles de la personnalité et la consommation de substances toxiques.

Les études européennes montrent que la dépression majeure est associée à environ 33 % des TCA, l’anxiété généralisée à 31 %, et certaines phobies spécifiques à environ 17 %, sans différence statistiquement significative entre les genres.

En Espagne, on observe un taux de comorbidité psychiatrique de 62,9 %. L’anxiété est le principal problème mental, mais l’association avec le trouble du déficit de l’attention et l’hyperactivité (TDAH) est également notable (31,4 %) ainsi que le trouble oppositionnel avec provocation (11,4 %).

Le suicide est une cause importante de mortalité chez les personnes atteintes de troubles de l’alimentation.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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