Apnée du sommeil

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Qu’est-ce que c’est

La apnée obstructive du sommeil est une maladie respiratoire qui se caractérise par des arrêts respiratoires durant le sommeil chez les personnes qui en souffrent. Selon explique Olga Mediano, pneumologue et coordinatrice du Service Sommeil de la Société Espagnole de Pneumologie et de Chirurgie Thoracique (Separ), le symptôme le plus fréquent pendant la nuit chez la personne atteinte d’apnée est le ronflement. Ainsi, la personne souffrant d’apnée obstructive du sommeil cesse de respirer lorsque les parois de la voie aérienne au niveau du cou se referment. « Un grand ronflement se produit lorsque la voie aérienne s’ouvre et que l’on recommence à respirer ».

On considère qu’il s’agit d’apnée lorsque la personne présente plus de 15 arrêts respiratoires par heure ou plus de cinq mais accompagnés d’autres symptômes.

« Ce qui se produit chez les personnes atteintes d’apnée du sommeil, c’est qu’au cours de la nuit il y a un collapsus du pharynx. Ce collapsus est périodique, notamment à certaines phases du sommeil (comme le REM) », explique à CuidatePlus Eusebi Chiner, pneumologue et coordinateur du SeparPacientes du Société Espagnole de Pneumologie et de Chirurgie Thoracique (Separ). « Lorsque le nombre d’apnées dépasse un seuil par heure, on parle du syndrome connu sous le nom d’apnée obstructive du sommeil ».

En conséquence, les patients qui en souffrent ne peuvent pas se reposer correctement pendant les heures de sommeil, même s’ils ne sont pas conscients de leur mauvaise qualité de sommeil.  

Profil du patient

Le prototype du patient souffrant d’apnée obstructive du sommeil est celui d’un homme, d’âge moyen, obèse avec un cou très large.

Conséquences

L’hypoxie—déficit en oxygène dans le sang et les tissus—produit une stresse oxydatif, une dysfonction endothéliale et une fragmentation du sommeil. À long terme, cela se traduit par une mauvaise qualité du sommeil, une somnolence diurne excessive provoquant des accidents de la route, un accroissement du risque cardio-vasculaire —infarctus du myocarde et AVC—, un accroissement du syndrome métabolique — un ensemble de facteurs de risque cardiovasculaire comprenant l’obésité abdominale, le diabète, l’hypertension et le cholestérol— et une dysfonction neurocognitive, expliquent les membres du Service d’Otorhinolaryngologie du Hôpital Universitaire de Fuenlabrada.

Causes

Dans des conditions normales, lorsque les personnes dorment, les voies aériennes restent perméables, c’est‑à‑dire que l’air est inhalé et expulsé naturellement. Cependant, durant certaines phases du sommeil, les tissus se ferment et bloquent la voie respiratoire, provoquant l’apnée.

Outre cette cause principale, d’autres facteurs peuvent augmenter le risque d’apnée :

  • Avoir la mâchoire inférieure plus courte que la mâchoire supérieure.
  • Sexe masculin.
  • Certaines formes du palais ou de la voie aérienne qui provoquent le collapsus de la voie.
  • Avoir un cou de grande circonférence.
  • Posséder une langue qui peut se rétracter jusqu’à bloquer la voie respiratoire.
  • L’obésité.
  • La présence d’amygdales, de luette ou de végétations volumineuses pouvant obstruer la voie respiratoire. Selon les membres du Service d’Otorhinolaryngologie de l’Hôpital Universitaire de Fuenlabrada, l’hypertrophie adénoamygdalienne est plus fréquente chez les enfants, qui peuvent aussi souffrir d’apnée.

On estime qu’entre 30 et 50 % des cas d’apnée obstructive du sommeil peuvent être déterminés par une prédisposition génétique. À ce sujet, l’Hôpital de Fuenlabrada explique qu’il est « difficile de séparer les facteurs purement génétiques, comme le poids, la forme du visage, le contrôle respiratoire et même la facilité à se réveiller, des facteurs environnementaux tels que l’alimentation ou les habitudes de sommeil, qui se transmettent aussi des parents à leurs enfants ». 

Symptômes

Les ronflements constituent la manifestation la plus visible qui peut alerter le patient sur la possibilité d’avoir une apnée du sommeil. Cependant, de nombreuses personnes souffrant d’apnée ne savent pas qu’elles font ces arrêts respiratoires et ce sont leurs partenaires, ou les personnes qui les observent dormir, qui remarquent l’apparition de l’apnée.

Les personnes atteintes ont tendance à s’endormir très rapidement. Le ronflement est interrompu durant une période de silence pendant laquelle le patient souffre de l’apnée. Cette période de silence est suivie d’un souffle et d’un halètement lorsque le patient tente de recommencer à respirer. 

« Les personnes souffrant d’apnée donnent beaucoup de coups de pied pendant le sommeil car elles souffrent de micro‑réveils après les pauses respiratoires. Elles pensent souvent qu’elles dorment d’un seul coup, car ces micro‑réveils se produisent inconsciemment », explique Mediano. 

De plus, l’apparition ou non des symptômes n’est pas liée à la gravité de l’apnée. « Parfois, un patient ayant une apnée légère présente de nombreux symptômes et vice versa », remarque Mediano.

  • Fatigue diurne.

  • Somnolence excessive. Ils peuvent s’endormir dans des situations où ils ne veulent pas dormir: au volant, en parlant à quelqu’un, devant la télévision…

  • Problèmes professionnels dus à une faible performance.

  • Problèmes de mémoire et de concentration.

  • Problèmes de caractère : irritabilité.

  • Réveils fréquents pour aller aux toilettes.

  • Bouche sèche au réveil.

  • Maux de tête 

« Il s’agit de symptômes liés à un sommeil peu réparateur, parce que ces pauses respiratoires répétées font que le patient, même en dormant, ait un sommeil superficiel, ce qui signifie que le sommeil n’est ni réparateur ni profond. Même s’ils dorment de nombreuses heures et font souvent des siestes, le sommeil n’est pas réparateur et ne repose pas », ajoute la coordinatrice du Service Sommeil de Separ.

À long terme, l’apparition de l’apnée peut entraîner des conséquences sur :

  • La qualité de vie.

  • Problèmes professionnels, personnels et familiaux.

  • Augmentation du risque d’accidents de la route dus à la somnolence au volant : « Ce risque est particulièrement élevé chez les conducteurs professionnels ou chez les personnes qui manipulent des machines dangereuses », explique Mediano.

  • Conséquences cardiovasculaires : « Le système circulatoire du patient pendant la nuit ne se repose pas non plus car il est tendu et activé par ces apnées. Ce sont des patients ayant un risque accru d’hypertension ou d’hypertension mal contrôlée, ce qui peut avoir des conséquences à long terme. »

De plus, les patients souffrant d’apnée peuvent aussi présenter dépression, œdème des jambes ou une hyperactivité.

Prévention

L’apnée du sommeil est associée à certains facteurs tels que l’augmentation du tissu amygdalien chez les enfants et l’obésité chez les adultes. En fait, selon Separ Pacientes, 80 % des patients souffrant d’apnée du sommeil sont obèses. Par conséquent, selon Mediano, la perte de poids, associée à un régime et à l’exercice physique, est fondamentale et « pourrait être la façon de prévenir la grande majorité des cas d’apnée obstructive du sommeil ». 

La prévention peut aussi être influencée par l’adoption de mesures d’hygiène du sommeil, d’exercice physique, d’arrêt du tabac et d’éviter l’alcool. L’alcool est déconseillé dans la population générale, mais chez les personnes avec apnée il est d’autant plus important de « ne pas en consommer après midi car l’alcool détend les muscles de la voie aérienne et favorise l’obstruction ». 

Il est également conseillé d’éviter les médicaments pour dormir ou d’autres médicaments dépresseurs du système nerveux central et le reflux gastro-œsophagien, qui favorise aussi l’apnée. 

Une autre façon d’essayer de prévenir l’apnée, bien que d’impact moindre, est d’essayer de dormir sur le côté pour éviter l’obstruction de la voie aérienne.

Lorsque des symptômes (ronflements et apnées signalées par le partenaire) apparaissent, le patient doit consulter un médecin pour confirmer le diagnostic.

Types

L’indice d’apnée et d’hypopnée, c’est‑à‑dire combien de fois par heure des arrêts respiratoires d’une durée supérieure à 10 secondes surviennent, détermine les types d’apnée du sommeil qui peuvent être classés comme :

  • Léger: lorsqu’il y a entre 5 et 15 apnées par heure.
     
  • Modéré: le patient présente entre 15 et 30 apnées par heure.
     
  • Grave ou sévère: lorsque cela dépasse 30 apnées par heure.

Perdre du poids, arrêter de fumer et éviter l’alcool peut améliorer le pronostic chez les patients souffrant d’apnée du sommeil.

Diagnostics

Selon Mediano, une fois que la personne souffrant d’apnée consulte le médecin, on réalise une anamnèse détaillée et un examen physique. « Lorsque nous avons le doute, il faut toujours effectuer une étude du sommeil ». Il existe deux types d’études du sommeil :

  • La polygraphie respiratoire : étude relativement simple qui peut être réalisée à domicile. Elle mesure des paramètres respiratoires. « Elle nous aide dans le diagnostic des patients chez lesquels nous sommes certains qu’il existe une apnée du sommeil », explique Mediano. Dans ces cas, cette étude suffit pour établir le diagnostic.

  • La polysomnographie : étude plus complexe et complète qui prend plus de temps. Elle doit être réalisée à l’hôpital et utilise davantage de câbles car elle est accompagnée aussi d’un électroencéphalogramme et d’un électromyogramme. « Nous la réalisons chez les patients qui présentent d’autres troubles qui pourraient compliquer le diagnostic et pour lesquels nous n’avons pas la certitude de la présence d’une apnée », ajoute Mediano.

En mesurant la saturation d’oxygène et le flux d’air entrant et sortant par le nez, ainsi que l’effort de la cage thoracique, « on calcule le nombre d’apnées que subit le patient lors de l’enregistrement. Cela est divisé par le temps de sommeil obtenant ce que l’on appelle l’indice d’apnée/hypopnée par heure de sommeil (IAH). Cet indice aide, de plus, à établir une gamme de gravité de la maladie, qui sera légère, modérée ou grave », précisent les spécialistes de l’Hôpital de Fuenlabrada.

Il existe un groupe de patients dont le diagnostic est plus compliqué car, bien qu’ils présentent de nombreuses apnées et ronflements et qu’ils n’ont pas de somnolence diurne. Ce cas est fréquent chez les jeunes. Leur diagnostic est essentiel pour éviter le développement d’autres maladies telles que l’hypertension ou d’autres pathologies cardiovasculaires. « Ce sont les cas les plus difficiles à diagnostiquer car ils sont signalés par l’accompagnant, et non par les symptômes diurnes. Parfois, ils se manifestent par une pathologie telle qu’une cardiopathie ischémique, un infarctus du myocarde ou même un AVC, et ce que cela révèle, c’est qu’en réalité il y avait une apnée qui n’avait pas été diagnostiquée préalablement », ajoute Chiner.

Traitements

La thérapie pour l’apnée vise à soulager les symptômes et la survenue de maladie cardiovasculaire associée à l’apnée sur le long terme. Il est fondamental d’analyser les causes qui provoquent l’apnée et, selon si elle est traitable, dans certains cas elle peut être inversée.

Il existe plusieurs types de traitements qui s’appliquent en fonction de la gravité :

  • Conservateur : le médecin recommandera une perte de poids – par régime, activité physique, médicaments si nécessaire, ou l’utilisation d’une chirurgie bariatrique dans les cas où cela est nécessaire, l’abstinence du tabac, de l’alcool, l’hygiène du sommeil, pratiquer du sport, une bonne alimentation, etc.
  • Traitement habituel : le plus accepté et de choix est la CPAP, recommandé dans presque tous les patients. « Si la cause de l’apnée du sommeil est multifactorielle, c’est‑à‑dire qu’elle ne sera pas résolue par une seule intervention ou s’il n’y a pas de cause connue, il faut prescrire l’utilisation de la CPAP », indique Mediano. La CPAP (pression positive continue des voies aériennes) est un générateur de pression qui transmet, via un masque nasal, une pression continue à la voie aérienne supérieure afin d’empêcher qu’elle se referme. Selon les spécialistes, ce masque a généralement un effet rapide en faisant disparaître le ronflement nocturne et la somnolence diurne. « La CPAP doit être utilisée pendant toutes les heures où le patient dort – de nuit ou en sieste – », dit Mediano. L’utilisation de cet appareil pendant le sommeil améliore la qualité de vie des personnes atteintes d’apnée, car elles se sentent moins fatiguées, ont envie de pratiquer d’autres activités et voient leur libido augmenter.
  • Traitement chirurgical : il est recommandé lorsqu’il existe certaines lésions comme polypes ou hypertrophie des amygdales, ou lorsque le masque n’est pas bien toléré en raison d’un dommage sur les voies aériennes supérieures. À cet égard, l’Hôpital de Fuenlabrada explique qu’au cours des dernières années un large éventail de chirurgies a été développé selon les besoins des patients souffrant d’apnée. Ainsi, à l’aide d’une somnoscopie — examen diagnostique — on peut évaluer les voies aériennes supérieures d’un patient chez lequel on a induit le sommeil. On peut alors choisir le traitement le plus adapté parmi les différentes natures de faryngoplasties, les chirurgies de réduction de la base de la langue et la résection partielle de l’épiglotte.

Autres données

Épidémiologie

Globalement, elle est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes. Cependant, Chiner indique qu’à partir d’un certain âge, en particulier pendant la ménopause, la fréquence de cette pathologie chez les femmes tend à s’égaliser avec celle des hommes.

Chez les adultes, la fréquence se situe autour de 25 % chez les personnes âgées (60 à 80 ans). Chez les adultes d’âge moyen, la tranche la plus fréquente chez les hommes est d’environ 10 % de personnes susceptibles de souffrir d’apnée du sommeil.

L’apnée obstructive du sommeil est également fréquente chez les enfants. En fait, selon SeparPacientes, environ 3 % des enfants souffrent d’apnée du sommeil. Dans ces cas, la plupart du temps elle est liée à une hypertrophie des amygdales, c’est‑à‑dire une augmentation des tonsilles.

Chez les enfants, certains facteurs peuvent prédisposer à l’apnée du sommeil : des anomalies des maxillaires, certaines maladies, l’hypertrophie amygdalienne, les végétations et l’obésité infantile.

Enfin, cette pathologie peut aussi affecter les nourrissons, bien que ce soit moins fréquent que chez les nouveau-nés ayant des amygdales hypertrophiées. Dans ces bébés, le tableau clinique se manifeste par une atresie des choanes, qui peut être très étroite à la naissance et causer l’apnée du sommeil.

Complications

Le syndrome d’apnée obstructive du sommeil peut entraîner diverses complications. L’hypertension artérielle est présente chez environ 50 % des patients et des arythmies pendant le sommeil sont fréquentes. Le risque de survenue d’accidents cardiaques et cérébrovasculaires, tels que l’AVC et l’infarctus du myocarde, est également accru. De plus, la somnolence diurne est impliquée dans un risque accru d’accidents de la route ou au travail, et l’impuissance et la diminution de la libido sont également courantes chez ces patients.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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