Antonio Machado : Doucement et avec une belle écriture — ce qui compte, c’est de bien faire les choses

Il arrive qu’il y ait des jours où terminer parece devenir l’objectif principal. On répond à un message pendant qu’on fait autre chose, on remet une tâche juste pour qu’elle soit accomplie ou on passe rapidement à la prochaine obligation afin de rayer une liste qui semble interminable. Face à cette urgence quotidienne, une phrase écrite il y a plus d’un siècle conserve une étonnante actualité.
« Despacito y buena letra: bien faire les choses compte plus que les faire », écrivait Antonio Machado. L’idée invite à s’arrêter sur une différence apparemment minime : achever quelque chose ne signifie pas nécessairement le faire bien. Cependant, apprendre à faire les choses bien sans rechercher la perfection exige aussi de reconnaître quand une tâche a reçu assez d’attention et qu’il est temps de passer à autre chose.
Une phrase de Machado qui part de la sagesse populaire
La citation apparaît comme le poème XXIV des Proverbes et Chants, inclus dans Nuevas canciones, publié en 1924. Machado n’a pas créé ex nihilo l’expression « despacio » ou « despacito y buena letra ». La formule faisait déjà partie du répertoire populaire espagnol et était liée à une recommandation simple : agir sans précipitation pour obtenir un meilleur résultat.
Le poète, toutefois, pousse cette idée un peu plus loin. En affirmant que « bien faire les choses compte plus que les faire », il déplace l’attention de la vitesse d’exécution vers la qualité de ce qui est réalisé. Il ne suffit pas de pouvoir dire que quelque chose est terminé si les précipitations obligeront ensuite à corriger, à répéter ou à faire face aux conséquences d’un manque d’attention.
Faire les choses avec calme ne signifie pas tout faire lentement
Cette réflexion résonne particulièrement dans un contexte où de nombreuses activités rivalisent pour notre attention. Répondre rapidement à un courriel sans le relire peut provoquer des malentendus. Remettre un travail sur le seul critère d’être cochée a pour effet possible de provoquer des erreurs qui demandent ensuite plus de temps. Même en apprenant quelque chose de nouveau, vouloir progresser trop vite peut faire passer à côté des notions nécessaires à la compréhension de la suite.
Faire les choses avec calme, donc, n’implique pas de transformer chaque petite tâche en un projet sans fin. Il s’agit d’identifier celles qui exigent une concentration et de leur accorder le temps nécessaire. Parfois ce seront vingt minutes; d’autres fois seulement quelques secondes supplémentaires pour vérifier avant d’envoyer.
Comment faire les choses bien sans perfectionnisme
Ici apparaît une nuance importante. La quête d’un travail bien fait peut se muer facilement en exigence impossible : réviser sans cesse, retarder les décisions ou avoir l’impression qu’il manque toujours un détail avant de considérer quelque chose terminé.
Éviter le perfectionnisme nécessite de distinguer entre améliorer une tâche et poursuivre une version idéale qui peut ne jamais arriver. Une question pratique peut aider : continuer à travailler va-t-il réellement changer le résultat de manière significative ? Si la réponse est non, il est probablement déjà suffisamment bien.
Travailler avec attention suppose de prendre soin de ce qui compte, pas de contrôler chaque détail de la même manière. Cette différence permet de maintenir la qualité du travail sans transformer l’exigence personnelle en un obstacle à l’avancement.
Machado savait aussi qu’il faut parfois accélérer
Curieusement, la réflexion de Machado ne s’arrête pas à louer la pause. Dans le poème qui suit, il introduit un contrepoint avec un « pourtant » et rappelle aussi la nécessité de « raviver les rames ».
lus ensemble, ces deux sentiments offrent une interprétation bien plus riche. Il y a des moments pour travailler avec calme et d’autres où il faut avancer. La qualité par rapport à la quantité n’a pas besoin de devenir un choix absolu, tout comme agir avec prudence n’implique pas de rejeter toute forme de rapidité.
Trouver le rythme dont chaque tâche a besoin
Une manière de cesser de tout faire à la hâte consiste à abandonner l’idée que toutes les obligations méritent exactement le même niveau d’attention. L’objectif n’est pas d’avancer toujours lentement, mais de choisir consciemment son rythme de travail. Porter une attention particulière à ce qui compte vraiment et accepter aussi quand le résultat suffit.
Plus d’un siècle après, la phrase de Machado se lit comme quelque chose de plus flexible qu’une défense de la lenteur. Bien faire les choses signifie leur accorder le soin nécessaire, mais aussi savoir arrêter la relecture quand elles sont déjà suffisamment bien faites. Despacito lorsque c’est nécessaire; ramer avec plus de force lorsque vient le moment de continuer.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
