Alberto Conde, dermatologue, sur le mélanome : les coups de soleil constituent le facteur de risque le plus important, indépendamment de l’exposition solaire chronique totale

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Le cancer de la peau est “une néoplasie maligne prenant naissance dans les cellules de la peau, et constitue le type de cancer le plus fréquent à l’échelle mondiale”, explique à CuídatePlus Alberto Conde Taboada, Chef du Service de Dermatologie du Anderson Cancer Center Madrid-Hospiten. En Espagne, informe-t-il, “présente l’une des taux d’incidence du cancer de la peau les plus élevés d’Europe, en accord avec son exposition au soleil élevée”. Selon les données de la AEDV (Académie espagnole de Dermatologie et Vénéréologie) et du Registre National des Tumeurs :

• On diagnostique annuellement plus de 75 000 nouveaux cas de carcinome basocellulaire en Espagne, bien que les estimations réelles puissent être supérieures en raison de l’infranotification.

• Le carcinome épidermo-cellulaire présente une incidence d’environ 20 à 25 cas pour 100 000 habitants par an, avec une prévalence plus élevée chez les hommes âgés.

• Le mélanome cutané a une incidence d’environ 14 à 16 cas pour 100 000 habitants par an en Espagne, avec une tendance à la hausse au cours des deux dernières décennies.

• La mortalité par mélanome en Espagne est d’environ 2 à 3 décès pour 100 000 habitants par an.

• À l’échelle mondiale, on estime plus de 1,5 million de cas de NMSC et plus de 300 000 cas de mélanome diagnostiqués annuellement (données GLOBOCAN 2022).

Types de cancer de la peau

Il est important d’expliquer qu’il n’existe pas qu’un seul type de cancer de la peau. Bien que le mélanome soit le plus connu en raison de sa agressivité, il n’est pas le plus fréquent. Il existe trois grands groupes “en fonction de leur cellule d’origine”, précise Conde Taboada :

  1. Carcinome basocellulaire (CBC) : le cancer malignant le plus fréquent chez l’humain, représentant environ 70-75 % des cancers de la peau non melanocytaires. Il dérive des cellules basales de l’épiderme.

  2. Carcinome épidermo-cellulaire (CEC) ou carcinome des cellules squameuses : deuxième en fréquence, il constitue environ 20-25 % des cancers de la peau non mélanocytaires. Il présente un potentiel métastatique plus élevé que le CBC.

  3. Mélanome : bien qu’il ne représente que 4-5 % des cancers de la peau, il est responsable de 80 % des décès liés aux tumeurs cutanées, en raison de sa grande capacité de dissémination.

En Espagne, selon le spécialiste, “le carcinome basocellulaire est de loin la tumeur cutanée la plus diagnostiquée, suivi du carcinome épidermo-cellulaire”.

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Qu’est-ce qui cause ce type de cancer ?

Le cancer de la peau est d’étiologie multifactorielle. Les principaux facteurs de risque établis par les preuves scientifiques sont :

Facteurs environnementaux:

• Radiations ultraviolettes (UV) : principal agent causal, à la fois UVB (brûlures, dommages directs à l’ADN par formation de dímers de pyrimidine) et UVA (dommages oxydatifs indirects).

• Radiations ionisantes : exposition antérieure à une radiothérapie.

• Carcinogènes chimiques : arsenic, hydrocarbures aromatiques polycycliques, goudron.

Facteurs individuels (constitutionnels):

• Phototype cutané I-II (peau claire, cheveux blonds ou roux, yeux clairs, tendance à brûler).

• Antécédents personnels ou familiaux de cancer de la peau.

• Présence de plusieurs nævus mélanocytaires ou nævus atypiques (facteur de risque spécifique pour le mélanome).

• Immunosuppression (patients transplantés d’organes, VIH, traitements immunosuppresseurs).

• Génodermatoses à haut risque : xérodermie pigmentaire, syndrome des nævus basocellulaires (Gorlin-Goltz), syndrome de Lynch.

• Infection par le VPH (surtout pour le CEC dans les localisations muqueuses et acrales).

Facteurs comportementaux:

• Exposition solaire excessive sans protection.

• Utilisation de cabines de bronzage (classées comme carcinogènes du groupe 1 par l’IARC depuis 2009).

Coup de soleil et cancer

La désinformation répandue sur les réseaux sociaux a conduit de nombreuses personnes à remettre en cause les effets d’une exposition prolongée au soleil et du cancer de la peau. Toutefois, comme le rappelle l’expert, « la relation entre l’exposition solaire et le cancer de la peau est solidement établie par des décennies de recherches épidémiologiques et moléculaires ».

Ainsi, précise-t-il, « pour le carcinome basocellulaire et le carcinome épidermo-cellulaire, l’exposition UV chronique et cumulative constitue le principal facteur étiologique. La dose totale d’UV reçue au cours de la vie est directement corrélée au risque. Les mutations caractéristiques dans le gène suppressor of tumor TP53 — présentes dans la grande majorité des carcinomes épidermo-cellulaires — sont précisément du type signature UV (transitions C→T dans les dinucléotides CC ou TC), ce qui démontre la causalité directe de l’exposition solaire ».

Dans le cas du , la relation est plus complexe :

• Les coups de soleil intermittents et intenses, particulièrement durant l’enfance et l’adolescence, constituent le facteur de risque le plus important, indépendamment de l’exposition chronique totale.

• Des études épidémiologiques robustes montrent que deux ou plusieurs épisodes de coup de soleil avec vésicules pendant l’enfance doublent le risque de développer un mélanome au cours de la vie.

• La localisation du mélanome dans des zones non habituellement exposées au soleil (dos chez les hommes, jambes chez les femmes) soutient le rôle de l’exposition intermittente et intense.

En conclusion, comme le rappelle l’expert, « les coups de soleil, même ceux subis il y a des décennies, constituent un dommage que l’ADN cellulaire n’oublie pas ». La prévention dès l’enfance « est l’intervention ayant le plus grand impact sur l’incidence future ».

 

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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