Hypnose au bloc opératoire : tout ce que vous devez savoir

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Une opération chirurgicale est un évènement stressant pour tous les patients. Une perception de la situation et de la douleur propre à chacun peut entrainer certains débordements émotionnels. Le caractère subjectif de la douleur donne toute sa place à une possibilité de manipulation de cette dernière par des processus extérieurs.

Contrairement à des croyances erronées, les patients bénéficiant de séance d’hypnose dans le cadre du bloc opératoire restent parfaitement maîtres de leurs actes et de leurs gestes. L’hypnose permet simplement de faire abstraction de la réalité environnante du bloc opératoire. C’est une arme dans l’arsenal thérapeutique des équipes d’anesthésie pour contrôler ces instants difficiles.

Patient sous hypnose au bloc opératoire

Intérêt de l'hypnose au bloc opératoire est-il récent ?

Les premières traces d’hypnose médicale remontent au XVIIIe siècle avec le médecin allemand, le Docteur Franz-Anton Mesmer (1734-1815), qui décrit le concept du mesmérisme ou magnétisme animal. Proche de l’hypnose, le mesmérisme repose sur le postulat de guérison possible des hommes par un fluide.

En 1829, le chirurgien français Jules-Germain Cloquet (1790-1883) procède à la première opération sous hypnose avec réalisation d’une mastectomie. L’intérêt de l’hypnose au bloc opératoire est donc ancien et a largement évolué au gré des décennies.

A partir des années 1850, l’avènement de l’anesthésie « chimique » plus fiable et plus reproductible va progressivement remplacer l’hypnose. Ce n’est que dans les années 1990 que l’intérêt pour l’hypnose au bloc opératoire renaît, porté principalement par les équipes belges du Docteur Marie-Elisabeth Faymonville.

Dans quel contexte médical de l'hypnose au bloc opératoire est-elle utilisée ?

L’utilisation de l’hypnose au bloc opératoire peut s’entendre dans deux cadres différents. Tout d’abord, lors de la consultation d’anesthésie, s’il est formé à la réalisation de cette technique, le médecin anesthésiste peut proposer au patient de bénéficier d’hypnose. Il existe une place notamment lors de procédures invasives avec un vécu pouvant être désagréable pour les patients.

Ainsi, lors de la réalisation d’une analgésie par péridurale (en obstétrique ou en pré opératoire de chirurgie thoracique ou viscérale), de la réalisation d’un anesthésie loco régionale écho guidée ou de la pose d’une voie veineuse périphérique, l’hypnose peut aider à détourner la conscience du moment présent en focalisant les pensées sur des événements agréables.

Le plus souvent l’hypnose est pratiquée de manière informelle dès l’arrivée du patient au bloc opératoire. Dans ce cas présent, les équipes médicales et paramédicales s’attachent à créer une relation de confiance avec le patient par le biais d’une hypnose dite conversationnelle.

L’utilisation de cette technique médicale nécessite une formation approfondie grâce à des diplômes universitaires qui pour le moment ne concernent qu’une toute petite proportion des équipes infirmiers/infirmières anesthésistes - médecins anesthésistes.

L'hypnose au bloc opératoire - Vidéo

Qu'est-ce que l'hypnose conversationnelle au bloc opératoire ?

L’hypnose conversationnelle est pratiquée quotidiennement au bloc opératoire par les équipes anesthésistes. Comme nous l’avons vu précédemment, l’hypnose nécessite une relation de confiance entre le patient et les équipes. Pour établir cette relation, des règles basiques doivent être respectées afin de construire le socle de cette alliance.

Ainsi, en plus des règles de politesse habituelles, il est nécessaire de parler doucement, distinctement, lentement d’une voix calme et posée tout en positionnant le patient au centre des discussions d’égal à égal en évitant tout paternalisme.

De plus, tous les mots à connotations négatives comme tous les termes techniques (piqure, garrot, mal) doivent être bannis pour laisser place à des formules moins pourvoyeuses de traumatismes.

L’objectif de cette « manipulation » du langage appelée communication hypnotique associée à la relation de confiance permet d’instaurer une hypnose conversationnelle en amenant le patient à focaliser son attention sur un événement agréable.

Cette focalisation est dirigée par une personne tierce grâce à des suggestions auditives, olfactives, visuelles ou autres. Dans certains cas, lorsque l’hypnose conversationnelle est associée à des techniques de dissociation, il est décrit un état de transe hypnotique procurant un confort extrême.

L'utilité de l'hypnose au bloc opératoire est-elle prouvée ?

L’utilité de l’hypnose lors d’interventions chirurgicales fait l’objet d’un débat depuis près de trente ans. Dans une étude, le Docteur Faymonville a évalué via imagerie par résonance magnétique (IRM) l’activation des zones cérébrales lors de stimuli douloureux chez des patients hypnotisés ou non.

Dans cette étude [1], lorsque les patients sont hypnotisés, beaucoup moins de zones cérébrales (tronc cérébral, thalamus, cortex pré frontal, cortex cingulaire antérieur…) sont activés. Ce résultat sous-entend qu’il existe une modulation de la perception de la douleur par le système nerveux central.

En parallèle, il existerait une action au niveau du système nerveux périphérique avec inhibition des réflexes douloureux passant par les fibres A delta (fibres nerveuses "nociceptives"). Au bloc opératoire plus précisément, l’utilisation de l’hypnose par des équipes formées, a démontré une diminution de la douleur et de l’anxiété des patients, ainsi qu’une meilleure satisfaction de ces derniers [2].

De plus, il existerait un meilleur confort chirurgical lorsque les patients sont sous hypnose. Ainsi, il existe des preuves tangibles sur l’efficacité de cette technique au bloc opératoire.

Néanmoins, il est important de comprendre que dans la majorité des études publiées sur le sujet, l’hypnose est utilisée en association à des médicaments anxiolytiques ou sédatifs comme les benzodiazépines. Ce concept est appelé hypnosédation.

Pour quels patients l'utilisation de l'hypnose au bloc opératoire est recommandée ?

Bien que facile d’accès et ouverte à tous, la pratique de l’hypnose lors d’interventions chirurgicales nécessite une formation approfondie à la fois théorique et pratique. Ce point représente la principale limite à l’utilisation de cette technique car tous les patients peuvent être concernés par cette thérapeutique adjuvante.

Certains patients trouveront dans l’hypnose la possibilité de s’évader quelques instants le temps de réaliser un acte invasif ou d’induire une anesthésie générale, d’autres patients n’arriveront pas à se focaliser sur des évènements agréables et ne retiendront qu’un accueil empathique de l’équipe anesthésiste, tandis que d’autres atteindront le confort de la transe hypnotique. Ainsi, nombreux sont les avantages de l’hypnose.

A contrario, il n’existe pas d’effets secondaires ou indésirables invalidants décrits. De ce fait, il est probablement légitime de proposer à chaque patient cet accompagnement. Cependant, nous pouvons noter que certains patients peuvent avoir une réponse inappropriée avec une focalisation sur les émotions négatives. Dans ce cas, il est souvent nécessaire de réinstaurer un climat de confiance entre le patient et les équipes.

Est-ce que l'effet de l'hypnose est rapide ?

Du fait des caractéristiques propres à chaque patient et de l’absence d’objectivité des critères de jugement en matière de temporalité, il n’est pas possible de donner un délai moyen ou médian pour atteindre un état d’hypnose.

L’expérience clinique des équipes au bloc opératoire avec un temps réduit pour instaurer un climat de confiance puis débuter une communication hypnotique prouve qu’il est possible en quelques minutes d’atteindre un état d’hypnose compatible avec la réalisation d’actes invasifs désagréables. 

De la même manière, la durée de l’hypnose dépend de chaque patient, de chaque situation et le patient sera amené tout doucement vers un état de conscience éveillé par la personne qui l’aura accompagné pendant la séance.

L’hypnose au bloc opératoire est largement utilisée par les équipes médicales et paramédicales. De plus en plus de professionnels de santé sont formés à la pratique de l’hypnose principalement sur le terrain mais des diplômes universitaires sont désormais accessibles. Plus qu’un simple outil d’évasion pour le patient, l’hypnose permet d’instaurer un climat de calme, de confiance, de bienveillance, de sérénité propice au bon déroulement des interventions chirurgicales.

Sources

  1. Vanhaudenhuyse A, Boly M, Balteau E, Schnakers C, Moonen G, Luxen A, et al. Pain and non-pain processing during hypnosis: a thulium-YAG event-related fMRI study. Neuroimage. sept 2009;47(3):1047‑54. https://www.sciencedirect.com/
  2. Faymonville EM, Mambourg HP, Joris J, Vrijens B, Fissette J, Albert A, et al. Psychological approaches during conscious sedation. Hypnosis versus stress reducing strategies: a prospective randomized study. Pain. déc 1997;73(3):361‑7. https://journals.lww.com/

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